10 poèmes d’amour originaux pour un mariage

- temps de lecture approximatif de 7 minutes 7 min - Modifié le 06/05/2021 par Léa G

Insérer un poème dans ses vœux de mariage peut être un bon moyen de ponctuer un discours plus personnel et lui insuffler ainsi une verve poétique qui ne manquera pas de charmer toute l’assemblée réunie à l’occasion de la cérémonie.

© FelixMittermeier sur Pixabay

Faut-il encore trouver poème à son goût pour y parvenir, et force est de constater que cela peut s’avérer difficile : en effet, les anthologies poétiques sur l’amour ont tendance à recenser plus volontiers des amours malheureuses (issues de la grande tradition de l’amour courtois, puis du genre romantique) et celles sur le mariage ne seront pas tout à fait adaptées non plus, ces dernières évoquant souvent le mariage sous une forme réaliste sombre (avec des textes de Zola, Flaubert ou Maupassant qui dépeignent plutôt des mariages de raison que de passion, il va s’en dire).

Les sites web dédiés à la préparation d’un mariage s’avèrent être de meilleurs atouts pour ainsi trouver poème à son doigt ; mariages.net, zankyou.fr et tant d’autres pages dédiées proposent ainsi une sélection de poèmes et textes littéraires à insérer dans son discours : mais les mêmes poèmes reviennent toujours, qu’il s’agisse des Amours de Ronsard, des Sonnets de Shakespeare ou encore des magnifiques poèmes d’Éluard et d’Aragon ; des textes de qualité certes, mais qui manquent toutefois d’une certaine originalité. 

 

 

Voilà pourquoi à l’influx, nous avons décidé de vous concocter une petite sélection de 10 poèmes récoltés par nos soins, issus de la poésie classique comme contemporaine, française comme étrangère, qui, nous l’espérons, viendront compléter vos vœux de mariage avec élégance et originalité.

 


 

1 : Sans titre, de Sappho (environ 630-580 av. J.C.)

 

Rien n’est plus beau, dit l’un qu’une imposante armée.

L’autre : rien n’est plus beau qu’une escadre en plein vent.

Pour moi rien n’est plus beau que le cœur de l’aimée (…)

Le doux bruit de tes pas, ton beau visage tendre,

J’aimerais mieux le voir, j’aimerais mieux l’entendre

Que le char du Grand Roi et sa garde d’honneur.

 


 

2 : L’escapade des Saisons, d’Andrée Chedid (1920-2011)

 

Je t’aimais

Dans l’orage des sèves

Je t’aime

Sous l’ombrage des ans

 

Je t’aimais

Aux jardins de l’aube

Je t’aime

Au déclin des jours

 

Je t’aimais

Dans l’impatience solaire

Je t’aime

Dans la clémence du soir

 

Je t’aimais

Dans l’éclair du verbe

Je t’aime

Dans l’estuaire des mots

 

Je t’aimais

Dans les foucades du printemps

Je t’aime

Dans l’escapade des saisons

 

Je t’aimais

Aux entrailles de la vie

Je t’aime

Aux portails du temps.

 


 

3 – XVII, de Pablo Neruda (1904-1973)

 

Je ne t’aime pas telle une rose de sel,

topaze, œillets en flèche et propageant le feu :

comme on aime de certaines choses obscures,

c’est entre l’ombre et l’âme, en secret, que je t’aime.

 

Je t’aime comme la plante qui ne fleurit,

qui porte en soi, cachée, la clarté de ses fleurs,

et grâce à ton amour vit obscur en mon corps

le parfum rassemblé qui monta de la terre.

 

Je t’aime sans savoir comment, ni quand, ni d’où,

je t’aime sans détour, sans orgueil, sans problèmes :

je t’aime ainsi, je ne sais aimer autrement,

 

bouquet de roses

© Anastation999 sur Pixabay

je t’aime ainsi, sans que je sois, sans que tu sois,

si près que ta main sur ma poitrine est à moi,

et si près que tes yeux se ferment quand je dors.

 


 

4 – Élégie, de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

 

J’étais à toi peut-être avant de t’avoir vu.

Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne ;

Ton nom m’en avertit par un trouble imprévu ; 

Ton âme s’y cachait pour éveiller la mienne.

Je l’entendis un jour, et je perdis la voix ;

Je l’écoutai longtemps, j’oubliai de répondre ; 

Mon être avec le tien venait de se confondre : 

Je crus qu’on m’appelait pour la première fois.

 


 

5 – Les premiers instants, de René Char (1907-1988)

 

Nous regardions couler devant nous l’eau grandissante. Elle effaçait d’un coup la montagne, se chassant de ses flancs maternels. Ce n’était pas un torrent qui s’offrait à son destin mais une bête ineffable dont nous devenions la parole et la substance. Elle nous tenait amoureux sur l’arc tout-puissant de son imagination. Quelle intervention eût pu nous contraindre ? La modicité quotidienne avait fui, le sang jeté était rendu à sa chaleur. Adoptés par l’ouvert, poncés jusqu’à l’invisible, nous étions une victoire qui ne prendrait jamais fin.

alliances de mariage sur une page blanche

© Jean-Marc Viglino sur Pixabay

 


 

6 – Élégie, de Paul Valéry (1871-1945)

 

[…]

Que nous ornions ou fassions le silence

Que nous marchions ou que la nonchalance

Tienne à l’envie nos membres allongés

Que nos soupirs soient seulement songés

L’un après l’autre, en même rêverie,

Ou que l’un l’autre un baiser les marie,

Soudain créé d’un mouvement commun,

Nous sommes deux qui nous sentons comme UN

Plus merveilleusement soi-même, que nous-mêmes,

Et se redit : Je t’aime avec Tu m’aimes

Et c’est un seul qui se dégage d’eux

Sans plus savoir qui parle de ces deux.

 


 

7 – Tout le Whisky du Paradis, de Charles Bernstein (1950-…)

 

Pas pour tout le whisky du paradis

Pas pour toutes les mouches du Vermont

Pas pour toutes les larmes au sous-sol

Pas pour un million de voyages sur Mars

 

Pas même si tu me payais en diamants

Pas même si tu me payais en perles

Pas même pour l’anneau à ton petit doigt

Pas même si tu m’offrais tes boucles

Pas pour tout le feu de l’enfer

Pas pour tout le bleu du ciel

Pas pour un empire à moi tout seul

Pas même pour la paix de l’âme

 

Non jamais je ne cesserai de t’aimer

Tant que mon cœur continuera de battre

Et même après dans mes mots et mes chansons

Je recommencerai une nouvelle fois à t’aimer

 


 

8 – Le vol de ma volonté, d’Elvira Sastre (1992-…)

 

[…]

Et je crois que je t’aime réellement :

parce que je n’ai pas besoin de toi,

pourtant je ne veux pas que tu partes,

car tu es la vérité sur toute ma vie

et ton visage ressemble à une victoire sur la

dalle qui m’entraîne,

un baiser sur la fleur fanée de ma pierre

tombale,

parce que tu as bercé ma main pour écrire

mes frayeurs

de manière si douce qu’on aurait dit

une caresse

et au-delà de moi-même je n’ai plus peur,

car tu m’as fait aimer

ce en quoi j’avais cessé de croire

et, alors que tu mérites un ciel et un nom

de déesse, tu restes sur mes terres.

 

Tu restes sur mes terres,

avec moi,

elles s’apparentent à un paradis

quand tu es là,

une étoile en attente à la tombée du soir

et un seul corps enlacé à lui-même

quand tu me regardes,

et ce n’est pas moi que tu vois,

mais un continent à l’état de lave,

un feu d’artifice

et des rêves à réaliser chaque nuit.

bouquet de fleurs sauvages

© MiVargof sur Pixabay

[…]

 


 

9 –  Sans titre, Brigitte Giraud (1966-…)

 

Nos yeux parlent une autre langue

qui ne s’apprend ni entre les gestes et la surface des choses,

ni contre tous les murs où la peur se retient.

Parfois on ne voit rien,

mais cependant

quelque chose rayonne dans la nuit.

 

 

Il faudrait atteindre au silence passé

par les claires-voies de la fenêtre.

Venir à toi.

Couler mécaniquement ma tête

dans l’anse de ton coude.

Ce serait commencer cet instant minuscule

qui caresse nos visages,

la voix entre les mots.

 

Rien, alors, ne pourrait demeurer

absolument perdu

au milieu de la nuit.

 


 

10 – Tu ne m’as jamais rien dit… , d’Eugène Guillevic (1907-1997)

 

Tu ne m’as jamais dit ce que contient ton cœur,

Tu ne m’as jamais dit ce que contient ton âme

Tu ne m’as jamais dit ta soif de vrai bonheur

Et pourtant je connais ton âme.

[ …]

Tu ne m’as rien conté, je te suis inconnu,

Je ne te connais pas et j’ignore ta vie

Et pourtant devant moi ton être est comme à nu

Et je connais toute ta vie.

[…]

Aussi si je te dis ce que contient mon cœur,

Aussi si je te dis ce que contient mon âme,

Aussi si je te dis ma soif de vrai bonheur,

Ce sera la voix de ton âme.

 

 

bouquet de rhododendrons

© ArtTower sur Pixabay

 

 

Liste des recueils consultés pour cet article :

 

Anthologie de l’éternel Amour, les plus beaux textes et poèmes sur le mariage de Pierre Haïat

Quand les femmes parlent d’amour de Françoise Chandernagor

Rythmes d’Andrée Chedid

Les vers du capitaine suivi de la centaine d’amour de Pablo Neruda

Commune présence de René Char

Corona & Coronilla, poèmes à Jean Voilier de Paul Valéry

Renflouer la poésie de Charles Bernstein

Tu es la plus belle chose que j’aie faite pour moi, d’Elvira Sastre

Aime-moi, de Brigitte Giraud

Fables pour le cœur offertes à Pierre Caizergues, une anthologie de textes réunis par Serge Bourjea

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