Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration

"La photographie n’est pas le réel, et beaucoup plus loin que le réel". Alix Cléo Roubaud

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par Tori

Alix Cléo Roubaud (1952-1983) appartient à une famille d’auteurs qui interrogent la photographie et ses possibilités au tournant des années 70. La recherche expérimentale est au cœur de sa démarche.

Sans titre. Série : "Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration"
Sans titre. Série : "Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration" Saint Felix, 1980 (prise de vue) ; Paris, 1981 (tirage). Epreuve argentique, coll. BmL

Cette image fantomatique aux rythmes saccadés, aux motifs flous et vibrants nous plonge dans un moment de vie imaginée, resserrée, allongée et mouvementée. Une étrange inquiétude règne. Où sommes-nous ?  A l’intérieur : une radiographie ?  A l’extérieur : un paysage tourmenté… ?  Est-ce une photographie imprimée en négatif ?

En observant plus longuement, l’œil distingue, de cette partition sismique de l’ombre à la lumière, une bande horizontale noire grisée qui se dessine sur le bas de la photographie. Une zone plus sombre et plus profonde se déchire sur le blanc du ciel. Des flammes et de la fumée semblent s’agiter.

Dans son Journal, le 20 novembre 1980, Alix Cléo Roubaud écrit : « tiré épreuve des cyprès de St-Felix. Prise la nuit avec ouverture de 01-15 minutes. Légère oscillation de bas en haut de l’appareil due sans doute à ma respiration ». Nous comprenons alors qu’il s’agit d’un paysage familier, celui de son jardin, et des mouvements de son souffle difficile, irrégulier, haletant. La photographie est l’alliance d’un corps souffrant et d’un lieu réconfortant.

Cette image ne fige pas un instant précis mais une durée. Elle n’est pas le reflet du réel tel qu’on le voit mais du réel intime de l’artiste, son intériorité, ses émotions, ses ressentis, ses instants de doutes, de peurs, ou de rêveries…


Quinze minutes la nuit au rythme de la respiration est un autoportrait par le souffle

dira Jacques Roubaud, son époux.

Je ne sais pas si la mort est l’écran sur lequel je projette et rejoue le film de ma vie, ou alors l’image qui me cache le fait que je suis en vie.

Alix Cléo Roubaud

 

Ses textes littéraires, philosophiques, ses lettres et ses tirages nous révèlent une femme intime, sensible, désespérée et en quête de vie. Alix Cléo Roubaud décéde 3 ans plus tard, à 31 ans, d’une embolie pulmonaire…

 

En 2013, Jacques Roubaud, avec l’aide précieuse d’Hélène Giannecchini, fait don d’un ensemble de 83 photographies d’Alix Cléo Roubaud à la Bibliothèque municipale de Lyon qui possède déjà plusieurs milliers de photographies, en majeure partie de la période 1930-1980 : André Kertész, Robert Doisneau, Brassaï, William Klein…

Les dons des photographies de Alix Cléo Roubaud ont été répartis entre différentes institutions : la Bibliothèque nationale de France, le Centre Pompidou, la Maison européenne de la photographie, à Paris ; la  Bibliothèque municipale de Lyon et le Musée de Montréal.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.