La santé et la bande dessinée

De la fiction à la prophylaxie, en passant par les représentations du réel.

- temps de lecture approximatif de 12 minutes 12 min - Modifié le 29/11/2022 par S&T

La santé et le 9è art font route ensemble depuis très longtemps. Nous vous proposons un survol du sujet par une sélection de titres plus ou moins récents issus des trois principaux pôles de la création artistique de la bande dessinée : l'Europe, les Amériques et l'Asie.

vesale
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Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Will Eisner, un des plus grands auteurs américains de bande dessinée, définit ce média  – avant l’émergence d’Internet- comme « la principale application de l’art séquentiel au support papier »1.

Ceci posé, qu’est-ce qui relie ces deux concepts ? Tout simplement que la santé est une des thématiques les plus présentes en bande dessinée, ce, depuis son apparition à la fin du XIXème siècle.

Médecins ou savants plus ou moins en décalage avec la norme, malades plus ou moins sages, prévention, soins, hôpitaux, institutions et autres cabinets médicaux… toutes les déclinaisons de la santé sont présentes, figurées, mises en scène depuis le création de la bande dessinée. Ainsi, les auteur.e.s des trois grands archipels de la BD – des Amériques et anglo-saxon, européen et asiatique –  ont mis en scène la santé sous toutes ses formes.

Historiquement, on peut distinguer deux grands types de représentation : la fiction et le réel.

La fiction est le genre fondateur de la bande dessinée. Elle est son essence et son carburant.

La représentation du réel sous les formes, entre autre, de documentaires, reportages ou biographies, tranches de vies, autofictions arrive plus tard à partir des années 70.

En parallèle, les institutions publiques finiront par s’emparer de la bande dessinée afin de communiquer autour de mesures de prévention et d’éducation à la santé.

Balayons rapidement ces trois thématiques à travers d’une sélection nécessairement incomplète et arbitraire de quelques titres représentatifs de la production passée et actuelle.

 

Dans la Fiction :

    • Archipel européen :

La santé apparait sous divers aspects, du médecin au savant fou en passant par le malade sous toutes ses formes.

   

« Doc Justice », de Jean Ollivier et Marcello, narre les aventures d’un médecin-karatéka aux quatre coins du monde pour l’OMS, publiée dans Pif Gadget.

« Lucky-Luke et l’élixir du docteur Doxey », d’Uderzo et Morris, où Lucky-Luke, le cow boy qui tire plus vite que son ombre se retrouve en but au charlatanisme.  Le charlatan est d’ailleurs un personnage récurrent dans la série.

«  Les femmes en blanc », de Cauvin et Bercovicci, série humoristique au long cours sur le quotidien des infirmières à l’hôpital.

     

« Parapléjack » de Fabcaro qui narre les aventures d’un paraplégique qui ose tout !

« Humour noir et hommes en blanc » de Claude Serre,  où l’humour noir tient la part belle.

« Boule à zéro » de Zidrou et Ernst, chronique d’un service d’oncologie pédiatrique. Le regard tendre et l’humour omniprésent arrivent à dédramatiser des situations souvent difficiles.

   

« La licorne », de Gabella et Antony Jean et « Vésale », de Bollé et Fawzi,  mettent toutes deux en scène Ambroise Paré, chirurgien, en butte aux forces religieuses pour la première et  à André Vésale, anatomiste pour la seconde.

« Taïga rouge », de Malherbe et Perriot, qui raconte les débuts d’un jeune médecin moscovite envoyé en Transbaïkalie dans les années 20.

    • Archipel des Amériques et anglo-saxon :

   

« Les cauchemars de l’amateur de Fondue au Chester » de Windsor Mac Kay est une proposition des conséquences de la consommation de substances douteuses… Honni soit qui mal y pense !

Il est à noter que l’édition de Pierre Horay de 1979 donne la recette de la dite fondue.

Toute la vague psychédélique des années 70 sont la continuation de ces mêmes représentations à l’image des « Freaks Brother » de Shelton.

« C’est grave docteur ? » et   « Quino-Thérapie » de Quino, dessinateur argentin, père de Mafalda, nous propose sa vision acérée et poétique de la relation entre patient.e et médecin.

 

« Star Trek – Leonard McCoy » de John Byrne, nous propose les aventures en solo du docteur McCoy.

Dans le monde des super-héros, ce sont plutôt les conséquences d’expériences diverses qui sont représentées. Mais intéressons-nous plutôt au névrosé le plus célèbre de la BD US que reste Batman avec tous ses ennemis récurrents dont la meilleure représentation reste « l’asile d’Arkham » de Grant Morrison et Dave McKean.

  • Archipel asiatique :

La représentation de la santé est très ancienne, des figures tutélaires du genre ayant utilisé très tôt la figure du médecin comme ressort fictionnel :

   

« Black Jack », de Tezuka est un sommet du genre et a donné lieu à de nombreuses suites. Cette série profondément humaniste est à l’image de l’œuvre du maître.

« Monster » d’Urasawa, montre une autre face du la médecine, plus sombre de l’humanité.

« Dr Ashura » de Ryo Koshino, qui raconte le quotidien d’une médecin urgentiste.

Dans la représentation du réel :

    • Archipel européen :

Les représentions de la santé se déclinent sous diverses formes similaires à la production écrite.

Des témoignages sur la santé et son impact au quotidien :

     

« Les pilules bleues » de Frederik Peeters qui relate sa relation avec sa femme atteinte du sida.

« A cœur ouvert » de Keramidas qui va devoir être de nouveau opéré du cœur après l’avoir été une première fois dans sa prime jeunesse.

« Parole de sourds » recueil de témoignages sur la surdité au quotidien.

« Rides » de Paco Roca relatant l’incidence de la maladie sur un vieil homme atteint d’Alzheimer.

Des reportages :

   

« Hôpital public » au travers divers points de vue recueillis entre 2013 et 2016, c’est un portait de l’hôpital de Nantes qui nous est présenté.

« L’incroyable histoire de la médecine », de Fabiani et Bercovicci, propose une série de faits historiques significatifs qui permettent d’appréhender l’évolution de la médecine.

« Sous la blouse » Marion Mousse d’après une enquête d’Emmanuelle Zolesio met en image le parcours de femmes dans le monde  médical.

Des biographies parfois romancées :

     

« Bonne santé » de Charles Masson, médecin ORL, relate des moments plus ou moins douloureux dans la carrière de médecin.

« HP », de Lisa Mandel compile différentes souvenir du travail en hôpital psychiatriques dans les années 70/80.

« Une sardine à la mer », où Guillaume Long se souvient de ses années d’études aux Beaux-arts de St Etienne mais aussi de son cancer des testicules.

« La route du bloc » de Lisa Sanchis, décrit de manière très didactique mais jamais ennuyeuse le parcours du combattant pour devenir chirurgien en pédiatrie.

    • Archipel des Amériques et anglo-saxon :

La représentation du réel aux Amériques prend son essor avec les publications de Crumb.

Il faudra attendre les années 2000 pour que la santé en BD soit plus présente :

Témoignages :

     

« Ma vie en lo-fi » de Simon Labelle nous fait part de l’impact sur la vie quotidienne de problèmes auditifs

« Super sourde », de Cece Bell ou quand l’enfance est transformée par la surdité appareillée et les super pouvoirs qui en découlent.

« Je m’appelle David, je suis dépendant », de David Heatley qui nous présente en 12 stations sa dépendance, ses tentatives plus ou moins réussie pour en sortir et les conséquences que cela a eu sur sa vie personnelle.

« Ma vie en TOC : comment les troubles obsessionnels compulsifs ont façonné ma vie », de Jason Adam Katzenstein. Si les TOC, vue de l’extérieur, peuvent sembler amusants, ils ont un vrai impact sur le quotidien de ceux qui en sont affectés.

Biographies plus ou moins fictionnées :

   

« La vie mystérieuse, insolente et héroïque du Docteur James Barry », est la biographie d’un(e) médecin anglais dans les colonies

« London Venus : la vie d’Allison Lapper », de Chareyre et Bertrand, raconte la vie extraordinaire d’Allisson Lapper anglaise née sans bras et avec des jambes atrophiées. Elle deviendra une garde artiste et sera mère

« Annie Sullivan et Helen Keller » de Joseph Lambert, qui relate la relation entre Helen Keller , jeune fille sourde et muette et Annie Sullivan, qui va la sortir de son isolement.

    • Archipel asiatique :

Paradoxalement, la santé est très réaliste dans la fiction, mais la représentation du réel semble un peu moins développée.

Témoignages sur la santé :

          

 

« Le parfum des hommes », de Kim, Su-Bak, en Corée  la quête d’un père pour comprendre la maladie de sa fille. Sa leucémie ne serait-elle pas liée à son travail dans une usine de Samsung ?

« Adieu mon utérus », de Yuki Okada, témoignage de l’autrice sur son cancer de l’utérus et des choix qu’elle a du faire.

« Mon cancer couillon » de Kazuyoshi Takeda est atteint d’un cancer des testicules, le traitement fut long, douloureux et oblige à des solutions radicales mais permit aussi à de belles rencontres.

 

Adaptation de textes fondateurs :

« Sigmund Freud : l’interprétation des rêves », adaptation en manga d’un des textes fondateur de la psychanalyse. L’mage rend accessibles des concepts pas toujours évidents à aborder.

Dans la prophylaxie :

C’est un pan de la production du 9e  art assez méconnu car ne relevant pas de l’édition traditionnelle. C’est ce que l’on appelle communément de la « littérature grise ».

En effet, ces documents à but informatif sont destinés à être distribués à des publics cibles et sont rarement conservés.

Ils sont principalement produits par des organisations  gouvernementales ou non avec l’appui de professionnels de la communication :

  • Ink-link ou Santé BD sont spécialisés dans la communication à l’intention des publics éloignés de la santé.
  • Dr Toons est un médecin qui a décidé communiquer sur la maladie au travers de BD et animations pédagogiques
  • le Centre hospitalier Henri-Guérin de Pierrefeu dans le Var a produit une bande dessinée expliquant la douleur dentaire suites aux travaux de son atelier d’art.

Un autre pan très important de cette production est tourné vers la Prévention sida et la Prévention des IST. Elle se concrétise régulièrement par des brochures à destination des publics à risques ou éloignés de la santé.

C’est aussi dans ce genre d’édition que l’on retrouve les thèses analysant les liens entre la santé et la BD ou à l’image de celle de Serge Tisseron une thèse « écrite » en bande dessinée

Internet nous permet maintenant d’avoir accès à certains documents.

 

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