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Symphonies / Arthur Honegger

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 17/06/2022 par GLITCH

Les 5 symphonies d’Arthur Honegger (1892-1955) forment un corpus aussi riche qu’homogène, dans leur force expressive comme dans leur écriture concentrée. L'intégrale livrée par Fabio Luisi en 2000 en restitue la sève lyrique autant que la rigoureuse clarté.

Créer au siècle des guerres

Ecrites de 1930 à 1951, ces pièces comportent toutes 3 mouvements, et sont de durée assez courte pour le genre. Leur expansivité ramassée, leur sensibilité au cordeau les tiennent toujours au plus vif du sujet.
Cette densité se ressent sur le plan musical de l’influence de Stravinsky. Elle témoigne aussi de l’humanisme écorché qui hante la vie de Honegger, contemporain des guerres de son siècle. L’élan créateur et le poids de l’Histoire font dans sa musique symphonique deux pôles en contact étroit et permanent.

Timbre allemand figurant A. Honegger, édité en 1992


La symphonie n°2 illustre idéalement cette tension vitale. Ecrite en 1942, elle est bien une symphonie de guerre, tendue, inquiète et sombre.
L’humeur élégiaque du premier mouvement est traversée de sautes d’angoisse, fouettée par des bourrasques de cordes. L’Adagio qui suit est une déploration sourde et lasse, un pathos sans larmes, auquel l’inquiétude refuse le plein épanchement. Puis les forces se raniment pour le Vivace final. Un mouvement agité, où perce enfin le chant de victoire d’une trompette qui semble promettre la Libération.

Cette coexistence des affects transpire autant dans les sonorités que dans la construction des symphonies. Jamais empesé ni didactique, le contrepoint chez Honegger est un tissage aussi fouillé que direct, une image des courants mêlés de la vie humaine.


La symphonie n°3  (1946) est peut-être l’exemple le plus abouti de la manière du compositeur.
Grinçant, tourmenté, le 1er mouvement fait entendre croassements de cuivres et pistons de cordes. Puis c’est une prière, qui se charge peu à peu d’une tension insoutenable, avant qu’une flûte ne se fraie un chant lumineux. Mais il faut encore marcher à travers les tempêtes de boue et de feu de l’Andante final pour connaître un apaisement, dont on ne sait s’il est fatigue ou espoir.

Un moderne bien trempé

Les symphonies n°1 et 4 offrent des nuances plus sereines, plus éloignées des temps de guerre.
La première (1930) s’élance toute de fougue virtuose puis se gonfle d’un Adagio majestueux, au geste mahlerien. Elle plonge alors de ce sommet dans un Presto allègre, plein d’ivresse et d’appels, pour s’endormir enfin sur une onde sereine.

Quant à la 4è (1947), avec ses airs de pastorale, elle célèbre le souvenir de vacances heureuses en Suisse, pays natal du musicien. Son Larghetto central fait une clairière lumineuse dans l’oeuvre symphonique, où les danses répondent au concert d’oiseaux.

La Symphonie n°5 renoue avec l’expression tragique. Elle s’ouvre sur de grands accords d’orchestre, qui seront une marque d’un célèbre élève de Honegger, Olivier Messiaen. L’Allegretto central s’essaie à une danse flûtée au soleil, parfois obscurcie par de longs nuages et grondements lointains.
L’œuvre s’achève par une procession infernale, brutalement interrompue sur quelques mesures pianissimo… un dernier souffle d’une résignation déchirante.

Le coffret complète cette intégrale symphonique avec 4 oeuvres pour orchestre. On y retrouve notamment la pièce la plus célèbre de Honegger, Pacific 231. Du nom d’une locomotive, l’oeuvre est un puissant tableau motorique. Lancé sur rails, l’orchestre accélère et ralentit, se fait machine et rouages, vapeur et pistons.

L’Orchestre de la Suisse Romande épouse la vitalité de ces oeuvres avec une âpre précision. La lecture de Fabio Luisi en souligne la rigueur architecturale et met chaque pupitre en clarté. La prise de son, ample et aérée, achève de donner un sens aigu de la perspective sonore.
Toute la modernité symphonique de Honegger, cette audace trempée dans la tradition, ce mordant tanné par les épreuves, trouve ici un ardent témoignage.

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