Le Rhône et la Saône dans les fêtes lyonnaises

- temps de lecture approximatif de 10 minutes 10 min - Modifié le 04/07/2022 par Shuy

La Ville de Lyon souhaite mettre à l’honneur ses cours d’eau en inscrivant dans le calendrier des festivités lyonnaises un nouvel événement annuel : le festival Entre Rhône et Saône. De l’Île Barbe pour la Saône ou du parc du Brétillod pour le Rhône jusqu’à la darse de la Confluence, ces deux cours d’eau vont être célébrés par des conférences retraçant leur aménagement et leur rôle dans l’histoire de Lyon, par des spectacles musicaux, des balades thématiques, des initiations aux sports nautiques... Mais tout est mis en œuvre pour que l’on prenne pleinement conscience de l’urgence de les protéger en nous invitant à de nombreux ateliers et visites et en nous proposant de découvrir ce qui en fait leur richesse, notamment leur faune et flore.

CKLOM-2016 juillet -Vieux-Lyon-Quai-Tilsitt-Passerelle-Paul-Couturier-ex-Saint-Georges
CKLOM-2016 juillet -Vieux-Lyon-Quai-Tilsitt-Passerelle-Paul-Couturier-ex-Saint-Georges

Voulant rendre ce nouveau rendez-vous festif, de nombreuses animations culturelles, artistiques et sportives invitent tous les Lyonnais à prendre part, durant 3 jours les 1er, 2 et 3 juillet, à cet évènement le long des rives des deux cours d’eau jusqu’à la Darse. Deux guinguettes vont nous replonger dans l’ambiance d’autrefois et nous inciter à danser au bord de l’eau. Une gigantesque parade, aux couleurs des 9 arrondissements de Lyon, part de la place des Terreaux jusqu’au pont de la Guillotière souhaitant réveiller la Mâchecroute, monstre légendaire du Rhône. Un spectacle nocturne est réalisé par la Compagnie Ilotopie, Dérives parade flottante composée de 150 silhouettes lumineuses glissant lentement sur la Saône. Le programme complet est consultable sur le site du festival Entre Rhône et Saône.

Entre Rhône et Saône – Ville de Lyon, 2022

Mais le Rhône et la Saône sont avant tout un bien inestimable qu’il faut à tout prix préserver. C’est pourquoi Yann Arthus-Bertrand, photographe, réalisateur et militant écologiste est le parrain de cette 1ère édition. Sa présence entend sensibiliser le plus grand nombre de Lyonnais à la nécessité de protéger l’eau afin de préserver l’écosystème ainsi que sa grande biodiversité. Une projection de son film “Legacy, notre héritage” est prévue. Des associations naturalistes sont aussi présentes pour animer des conférences et des actions de sensibilisation et de dépollution organisées sur place comme entre autres une collecte de déchets sur les berges et dans les cours d’eau.

Le Rhône et la Saône : une histoire ancienne 

Jules César a tout de suite vu l’intérêt de fonder une cité près de deux cours d’eau : l’Arar et Rhodanus. Rapidement la Saône et le Rhône permettent d’échanger des denrées grâce à des bateaux rejoignant Rome par la Méditerranée. Cependant être une ville établie au bord de cours d’eau possède un inconvénient majeur : à partir du début du Moyen-Âge et jusqu’ au 19ème siècle une part importante des finances de la ville est utilisée pour reconstruire les ponts, les berges mais aussi les quartiers dévastés par les nombreuses crues. Malgré l’amélioration de la maitrise des fleuves et la possibilité d’informer rapidement la population en cas de danger, l’utilisation pérenne des berges du Rhône et de la Saône est difficile, les crues pouvant détériorer ce qui y est construit ou installé.

La Mâchecroute, monstre légendaire – Le besoin de trouver une origine aux crues du Rhône dévastant tout sur leur passage est à l’origine de la Mâchecroute. Dès le Moyen-Âge, ce monstre fait son apparition et est décrit par Rabelais en 1548 dans son Quart Livre : Les yeux plus gros que le ventre, la tête plus grosse que tout le reste du corps, avec d’amples et larges et effrayantes mâchoires bien dentelées, tant au-dessus, comme en dessous. A l’instar du Tarasque à Tarascon, la Mâchecroute peut se réveiller brusquement et déverser sa colère en dévorant tout ce qui vit sur les rives du fleuve et en détuisant habitations, ponts…  Elle se trouve sous le pont de la Guillotière et engendre la peur chez les Lyonnais. Pour exorciser ce dragon sans pitié, des effigies sont alors brandies lors de carnavals à travers la ville. Rien n’y fait, seuls les travaux d’endiguement du Rhône avec la création des quais hauts à la fin du 19ème siècle vont permettre de la maitriser et de la laisser endormie au fond du fleuve.

La Mâchecroute, le dragon du Rhône / scénario Tam Jouvray, dessin Océane Sandon, L’épicerie séquentielle, 2021

La Mâchecroute près du pont de la Guillotière – S.B-R, 2 juillet 2022

Les rivières ont toujours attiré sur leurs bords une nombreuse population. Ainsi le Rhône et la Saône font partie de la vie des Lyonnais depuis toujours et ont été le théâtre de nombreuses manifestations ou activités institutionnelles ou individuelles.  La Saône, ayant un débit plus faible que le Rhône, va devenir le lieu privilégié pour bon nombre d’activités festives. Le rôle de ces dernières est d’aider à supporter la dureté de la vie quotidienne de l’époque. Dès la fin du Moyen-Âge, certaines se déroulent dans un contexte institutionnel, en relation avec des évènements à caractère d’ordre politique ou religieux. Bien qu’étroitement codifiées et réglementées certaines manifestations connaissent très fréquemment des débordements allant parfois jusqu’à la suppression de certaines d’entre elles.

Voici un bref aperçu de ces manifestations qui n’ont plus cours à Lyon :

La Fête des Merveilles L’origine de cette fête remonte aux Romains. Il existait une fête au moment du solstice d’été (24 juin) en l’honneur de la déesse Fortune avec une procession sur l’eau et des combats navals. Puis au Moyen-Âge, ce sont les martyrs lyonnais de 177 qui sont honorés lors d’une descente sur la Saône accompagnée de cantiques. A cette fête religieuse va se joindre une fête populaire, avec notamment des taureaux vivants précipités dans la Saône, rattrapés et abattus par des mariniers, fournissant ainsi un immense festin à la foule présente. De plus en plus profane à partir du début du 14ème siècle, la Fête des Merveilles est abolie définitivement en 1394, par le Conseil de la ville, à la suite des excès populaires auxquels elle donne lieu.

Entrées royales – Dès l’époque médiévale, la Saône va aussi être le théâtre de processions, organisées lors d’entrées royales ou princières. En effet il est de tradition pour les rois au début de leur règne, de faire une entrée dans les villes importantes du royaume afin d’affirmer leur pouvoir. C’est alors que les monarques reçoivent les compliments de tous les corps : gouverneur de Lyon, Archevêque… et des habitants, Ce sont alors de véritables fêtes populaires. Les entrées se font habituellement par la Porte de Vaise. La plus ancienne (dont on conserve des éléments) est celle de Charles VI en 1389. Parmi les plus remarquables, notons celle, le 12 juillet 1515, de François 1er saluée par de nombreux feux d’artifices et celle du 27 mai 1533 accueillant la reine Eléonore de Habsbourg et le Dauphin. C’est aussi le cas le 23 septembre 1548 pour Henri Il et la reine Catherine de Médicis. A l’annonce de leur visite, la municipalité décide de leur offrir un triomphe à l’antique. Les festivités, entre autres, promenades sur l’eau, batailles navales et feux d’artifice vont durer près d’une semaine.

Les joutes – A Lyon les joutes, à l’origine sur la Saône puis sur le Rhône, sont d’abord organisées pour distraire les rois et leur cour mais deviennent rapidement des fêtes populaires attirant de très nombreux spectateurs. Très fréquentes sous le Premier Empire et sous la Restauration, les joutes nautiques ne se pratiquent plus à Lyon. Actuellement, des tournois de joutes ont lieu régulièrement sur le Rhône plus au sud de Lyon  (Givors,  Vernaison, Condrieu, Serrières… ).

Fête nautique nocturne – Le 17 juin 1970 a eu lieu une fête nautique nocturne organisée sur le Rhône par le comité d’intérêt local Rhône-Guillotière. Des fanfares avaient précédé des exhibitions de ski nautique et une démonstration de bateaux à moteur. Cette manifestation a été clôturée par un feu d’artifice accompagnant un défilé de barques illuminées.

Fête nautique sur le Rhône / Vermard, Georges, 1970, BmL

La descente du Rhône en baignoires L’Ascul (Association sportive communauté urbaine de Lyon), nommée depuis janvier 2014 Lyon Sport Métropole, est à l’origine de la descente du Rhône en baignoire. Désirant rapprocher les Lyonnais de leur fleuve et de ses berges,  elle crée en 1984 une descente du fleuve à bord d’embarcations appelées alors OPEN (Œuvres pouvant évoluer en navigant) telles que baignoires, bidets, éviers, bacs à douche… reliant Saint Clair (Caluire) à La Confluence soit 8 kilomètres. Plusieurs éditions ont lieu avant une interruption d’une dizaine d’années puis une reprise avec l’Eurhône 2016  mettant à l’honneur avec 250 embarcations le Rhône et les 22 nations qui participent à l’Euro 2016.

Actuellement plusieurs manifestations sportives annuelles remettent la Saône et le Rhône à l’honneur valorisant ainsi les valeurs de convivialité, de cohésion sociale et du vivre ensemble. Ces descentes sportives mais aussi festives permettent  par ailleurs à leurs participants de découvrir le patrimoine urbain, historique et naturel de Lyon sous un autre angle.

La Lyon Kayak Autrefois nommée “Traversée de Lyon Canoë-Kayak”, elle date de 1955 pour sa première édition moderne. La Lyon Kayak rassemble les meilleurs pagayeurs régionaux, nationaux et internationaux sur un parcours de 21 kms comme Etienne Hubert,  Cyrille Carré…. Elle est devenue l’un des plus importants rassemblements de sport de pagaies français. Cette manifestation propose des baptêmes de canoë, de kayak ou de paddle pour les enfants, véritable moment de convivialité.  Toujours d’actualité, cette descente de la Saône rassemble de nombreux participants chaque année. Le départ est donné à Rochetaillée-sur-Saône pour les parcours de 14 kms et 21 kms, ce dernier incluant, en plus du chrono, un aller-retour sur le Rhône jusqu’au pont Raymond Barre.  Pour les familles, un trajet de 6 kms est proposé débutant passerelle Masaryk jusqu’à la Darse.

CKLOM-2016-juillet-2016-Île-Barbe

Traversée de Lyon à la rame – Seul en 1999 à organiser la traditionnelle Traversée de Lyon en aviron, l’Aviron union nautique de Lyon (Aunl), a été rejoint par les deux autres clubs du Val de Saône ( l’Aviron Club Lyon-Caluire et le Cercle d’Aviron de Lyon) permettant ainsi d’accueillir de très nombreux sportifs. Ainsi chaque 1er mai depuis 1999, plus de 450 rameurs venus de toute la France et même de pays voisins (Autriche, Allemagne, Italie, Espagne …) vont durant deux heures et demie parcourir une trentaine de kilomètres, passant sous 16 ponts de la ville découvrant ainsi Lyon, ses quartiers et ses monuments historiques à partir de ses fleuves. Partant de l’Ile Barbe, ils descendent la Saône jusqu’à la Confluence avant de remonter le Rhône jusqu’au pont de l’Université puis de faire demi-tour pour retourner au siège de l’aviron union nautique à Caluire.

 La Traversée de Lyon à la nage avec palmes – Chaque année en janvier le Club Thalassa organise la traversée de Lyon à la nage avec palmes. En 2022, pour la 41ème Traversée de Lyon, une centaine de nageurs licenciés des fédérations “d’eau” (plongée, natation triathlon…) ont traversé Lyon à la nage sur une durée de 8 kms entre la Cité Internationale de Lyon et le pont Raymond Barre, l’arrivée ayant lieu sur les berges du lycée international de Gerland. Très réglementée, cette manifestation propose deux catégories : nage avec palmes et nage avec support (type hydrospeed).

Le Pardon des mariniers Il a lieu chaque année fin mai ou début juin, quai Rambaud à l’initiative de la mairie du 2e arrondissement de Lyon. Le premier rendez-vous de cette manifestation est la traditionnelle messe sur le bateau-chapelleLe Lien” sur lequel on peut admirer une magnifique croix de bateliers. Celle-ci fut probablement sculptée par un maître d’équipage et est décorée des instruments de la passion du Christ : tenaille, lance, marteau, clous, fouet, coq et des emblèmes de la profession marinière : lanterne, soleil, lune, pichet, …. Puis se succèdent autour de la darse de la Confluence, la bénédiction de bateaux, la possibilité de visiter le bateau-chapelle et de nombreuses animations aquatiques et souvent un concours de péniches décorées. Cette fête religieuse et populaire rappelle les fêtes qui, autrefois, célébraient le fleuve en mêlant les gens « d’à bord » avec « ceux d’à terre »

Bateau participant au concours – S.B-R, mai 2011

Mais il existe d’autres activités ayant une pratique beaucoup plus individuelle notamment la pêche, la baignade et pourquoi pas la promenade ……

La Pêche La 1ère activité au bord des cours d’eau à avoir été démocratisée est la pêche à la ligne flottante tenue à la main. Elle offre aux pêcheurs la possibilité de se nourrir.  Elle devient légale à la suite de la loi du 15 avril 1829 entrainant la création des sociétés de pêches. Toujours d’actualité la pêche de loisir dans la ville est pratiquée à partir des berges et à la ligne. Par ailleurs les adeptes du street-fishing, de plus en plus nombreux à Lyon, ne tuent pas le poisson et lui évite même toute souffrance.

Pêcheur au bord de la Saône – S.B-R, juin 2022

La baignade Actuellement formellement interdite pour des raisons de sécurité, la baignade était autrefois autorisée à partir des berges des deux cours d’eau. Tout le monde profitait de l’eau pour se rafraichir dès les premières chaleurs  entrainant parfois des discordes et malheureusement des noyades. La baignade sauvage est beaucoup plus dangereuse sur le Rhône d’où l’apparition dès 1840  de deux barques de sauveteurs basées près des ponts Morand et de la Guillotière, celles-ci veillaient sur les baigneurs. Puis c’est la mise en service de quelques bateaux de bains qualifiés de bêches destinés aux plus aisés tels les Bains Marmet ou les Bains Maderni.

L’Ancien pont Morand et les bains Marmet sur le Rhône / Sylvestre, Jules, 1880, BmL

L’aménagement des berges Depuis leur inauguration, les berges du Rhône se sont imposées comme un nouveau lieu de promenade, leur aménagement a permis aux Lyonnais de retrouver une douceur de vie. Elles jouent également un rôle important en matière d’essor touristique, notamment à travers l’engouement pour les croisières fluviales.  Dès l’apparition des premiers beaux jours, de nombreux Lyonnais en profitent pour descendre la Saône en kayak ou plus fréquemment à bord d’embarcations de location.

Berges du Rhône – S.B-R, juin 2022

Références bibliographiques et autres sources :

Promenade sur la Saône – S.B-R, avril 2014

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