Joutes nautiques en Rhône-Alpes

- temps de lecture approximatif de 25 minutes 25 min - Modifié le 11/03/2019 par Département Lyon et région

A Lyon, liées à la Saône, puis au Rhône, les joutes étaient d'abord organisées pour distraire les rois et leur cour mais elles deviennent assez vite aussi des fêtes populaires qui attirent de très nombreux spectateurs. Aujourd'hui, la joute nautique reste gravée dans la mémoire et la culture des Rhodaniens ; il s'agit d'ailleurs souvent d'une véritable passion qui se transmet de père en fils. La saison des joutes et de leurs compétitions se déroule chaque année de juin à septembre : démonstrations de force et d'équilibre uniques pour les riverains et toute la population qui peut prendre la mesure de cette pratique assez spectaculaire.

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Sommaire

1. Une tradition très ancienne

2. Les différentes méthodes de joutes pratiquées aujourd’hui en France

3. Déroulement d’une joute (méthode lyonnaise givordine)

4. Une discipline ouverte à tous

5. Compétitions, démonstrations, initiations dans la région lyonnaise

21. Une tradition très ancienne2
L’origine des joutes est très lointaine puisqu’on a découvert des représentations de joutes sur des bas-reliefs datant de l’ancien Empire égyptien (IIIe à VIe dynasties, soit 2780 à 2380 avant J.-C.). On a retrouvé également quelques traces de joutes nautiques datant de la Grèce antique qui aurait alors introduit la pratique en Sicile. Grands amateurs de spectacles, les Latins adoptent vite cette pratique et, sous l’Empire romain, de nombreuses naumachies (spectacles nautiques) se déroulent dans des arènes conçues pour être mises en eau. A Strasbourg, par exemple, en juin 303, des tournois de joutes ont lieu lors de fêtes organisées en l’honneur de l’empereur Dioclétien.
Après l’époque romaine, on ne trouve pas de témoignage de joutes durant une longue période. Le plus ancien document de l’époque post-latine fait état d’un tournoi de joutes à Lyon, le 2 juin 1177. On commémore le millénaire des martyrs chrétiens de Lyon et de Vienne. D’autres sources signalent qu’en 1175 on joute pour la Fête des Merveilles en face du rocher qu’on nommait Pierre-Bénite. Les documents sont rares et permettent seulement de dire que la joute était pratiquée. On lit qu’en 1270, à Aigue-Mortes, les Croisés (soldats et marins) joutent, avec le roi Louis IX (futur Saint Louis), en attendant l’embarquement pour la Terre Sainte.

A partir du XVIe siècle la joute nautique prend ses « lettres de noblesse » et les conserve jusqu’à la fin du XVIIIe. Les tournois sont donnés à l’occasion de grandes manifestations et aussi, plus particulièrement, lorsqu’il s’agit d’organiser une “fête-spectacle” en l’honneur du roi, de la reine ou d’un membre de la cour.

[actu] La Saône associée de longue date aux joutes lyonnaises[actu]

Emmanuel Vingtrinier écrit dans la Vie lyonnaise : l’histoire nous apprend que, le 13 avril 1507, les pêcheurs de Saint-Vincent « tirèrent l’oye et joustèrent sur Saonne à Sainct-Jehan pour faire passer le temps à la royne (Anne de Bretagne) et à ses gens »

A Saint-Just-Saint-Rambert (Loire) en 1536, un spectacle de joutes est donné par les mariniers en l’honneur de François 1er.

En 1548, c’est à Henri II et Catherine de Médicis qu’est offert un tournoi sur la Saône. « Les souverains et toute la cour placés sur des gondoles vis-à-vis du couvent des Célestins prirent plaisir aux combats navals et aux joutes ». Des joutes sont d’ailleurs représentées sur le plan scénographique de 1550.

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Plan scénographique

Le 29 juillet 1666, c’est l’inauguration du port de Sète qui donne lieu à un tournoi de joutes. Elles deviendront dans cette ville une véritable institution.

La Revue du Lyonnais relate qu’à l’occasion du passage à Lyon de Philippe d’Anjou et de ses frères, les ducs de Bourgogne et du Berry (en 1700) « les princes allèrent au couvent des Pères de Saint-Antoine pour y voir tirer l’oie. On avait préparé quatre bateaux qu’on appelle « bêche » à Lyon. Il y avait dans chacun treize hommes vêtus de toile blanche, savoir douze qui ramaient et un qui devait tirer l’oie. L’on vit aller ces petits bateaux sur la Saône avec la vitesse d’une hirondelle. On tira deux oies qui avant d’être déchirées, firent culbuter les assaillants plusieurs fois dans l’eau ».
Mais, ce jeu barbare pratiqué par les bateliers de la décapitation de l’oie vivante, attachée par un pied à un câble tendu d’une rive à l’autre devient heureusement plus rare à partir de la loi du 2 juillet 1850 qui condamne cette pratique.

La population tout entière courait aux fêtes nautiques. Toujours dans « La vie lyonnaise », on peut lire :
« Près de cent mille personnes, au dire d’un contemporain, assistaient à une joute que les bateliers donnèrent vis à vis de l’Ile-Barbe, le 13 septembre 1782, en l’honneur de l’archevêque. » « L’Ile était garnie de monde ; les arbres en étaient pleins et toute la montagne de l’autre côté »
(…) « De nouvelles équipes se sont formées à Vaise, à Serin, à la Quarantaine, et, chaque année, au 14 juillet, après le défilé des bleus et des rouges, de vigoureux champions, inébranlables sur la siaupe (plateau incliné situé à l’avant du bateau), viennent briser des lances, aux applaudissements de la foule pressée le long des quais et des bas-ports de la Saône ».

[actu]Le XIXe siècle[actu] marque un tournant dans l’histoire des joutes nautiques cette fois-ci sur le Rhône. Des sociétés se forment. Il s’agit d’abord de mariniers qui se groupent pour porter secours aux riverains lors des fréquentes crues du fleuve.
A Lyon, en 1807, se crée, sous l’égide du maire Nicolas Fay de Sathonay, la fameuse Société des Trente-Trois. Le sentiment d’appartenance à leur groupe était si fort pour eux qu’ils décidèrent de se faire enterrer ensemble au cimetière de Loyasse. Peu à peu les sociétés de joutes se multiplient dans la cité comme dans d’autres villes du bas-Rhône. A Givors en 1886 (une des plus titrées), à Vernaison en 1887, à la Mulatière en 1891, à Serrières en 1896. A Lyon, lors de l’exposition de 1894, les joutes sur le lac de la Tête d’or remportent un grand succès.

Les sociétés de sauvetage et de joutes extrêmement nombreuses, en particulier dans la vallée du Rhône, jouissent d’un prestige justifié car elles interviennent immédiatement lors des fréquentes inondations et noyades qui marquent les quartiers de Vaise, Serin, La Mulatière, Oullins, Givors… La Compagnie maritime de sauvetage, fondée en 1864, tout comme les sociétés de joutes (par exemple La Renaissance de St-Georges) est composée de mariniers, de maîtres de platte, de journaliers et d’ouvriers qui donnent l’exemple de la force et du courage mis au service de l’entraide et de la solidarité. L’attachement au fleuve a été suffisamment fort pour que l’on ne compte pas moins de 32 créations de sociétés de sauvetage sur le seul département du Rhône avant 1914. Les concours de joutes (méthode de Lyon ou de Givors) rassemblent toujours un public nombreux et s’inscrivent dans les fêtes. Jusqu’à la fin du XIXe, on joute principalement à l’occasion des vogues qui rassemblent toute la population locale.

Dans la région :
Longtemps Le Pertuiset (Loire) reste dans la mémoire collective stéphanoise comme étant le lieu où on vient manger la petite friture au Moulin Riffat, tout en regardant les joutes. A Saint-Just (Loire), les traditionnelles joutes du 14 juillet créent l’animation. Autour du bassin de Rive-de-Gier, de début juillet à la fin du mois d’août c’est l’âme des ripagériens qui vibre pour saluer les jouteurs. A partir du 10 juillet, une flottille de barques remontait le canal de Givors à Rive-de-Gier. On alignait les embarcations sur le bord du bassin, face à l’Hôtel de ville. On les nettoyait, on les lustrait pour en faire des outils performants qui allaient accueillir les champions.
Les Lyonnais eux allaient voir les joutes quai Tilsitt, à Vaise, à Serin, à la gare d’eau, et le long des quais de la Mulatière.

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Lyon sport 1898
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Le Progrès illustré 7 juin 1903

[actu]Le XXe siècle[actu]

Peu à peu, ce qui n’était qu’un divertissement populaire commence à s’organiser. Une Union Fédérale des Sociétés de Natation et de Sauvetage est créée le 27 mars 1899. Le 30 juin 1901 a lieu le premier Championnat de joute lyonnaise, sur le lac de la Tête d’Or à Lyon. Dans la région lyonnaise, le 21 novembre 1908, la Fédération des sociétés de sauvetage natation joute et sport nautique du Sud-Est appelée communément Fédération du Sud-Est voit le jour.
On joutait aussi à Paris, au début du vingtième siècle, en méthode lyonnaise. Au début des années 50, les dirigeants du Comité Nord proposèrent l’organisation d’un seul championnat. Visant une valorisation du championnat de France, cette proposition fut adoptée, et la première finale commune eut lieu à Tournon en 1953.
En mars 1960, la joute est reconnue en tant que sport et l’organisation de sa pratique est entièrement dévolue à des associations sportives.
Après plusieurs années de dialogue difficile, le 22 novembre 1964, les comités Nord et du Lyonnais sont rassemblés à la Brasserie Provençale, 4 rue de Lyon à Paris, et décident la création d’une Fédération dénommée : Fédération française de joute et sauvetage nautique.
En avril 1971, le secrétariat chargé de la Jeunesse et des Sports donne son agrément à la FFJSN.

Actuellement, près de quarante sociétés situées le long du Rhône adhèrent à la Fédération.
La joute nautique exista ou existe pratiquement dans toutes les contrées traversées par une rivière ou bordant la mer : Allemagne, Angleterre, Italie, Hollande, etc.

Voir : Les cartes des joutes

22. Les différentes méthodes de joutes pratiquées aujourd’hui en France2

En France, la joute a évolué différemment selon les régions donnant ainsi naissance aux 5 méthodes officielles de la Fédération française. Chaque méthode a sa propre technique, son folklore, ses traditions, ses règles, son vocabulaire. Le matériel est différent d’une joute à l’autre (témoin, bourron, plastron, pavois, trinquet, tintaine, etc.).

- [actu]La lyonnaise et givordine[actu]
Les deux méthodes se pratiquent sur du matériel et avec un règlement identiques, seul change le côté de croisement des bateaux : en lyonnaise, ils se croisent à gauche, en givordine, ils se croisent à droite. Les lances mesurent de 4,6 m à 6 m et sont les plus lourdes de toutes les méthodes de joute. Le jouteur peut adopter sur le tabagnon deux positions. Soit l’une, dite « jambe cassée », la plus ancienne, la jambe gauche est légèrement pliée à l’avant. Soit l’autre, dite jambe tendue où le jouteur est alors pratiquement au grand écart. Cette position abaisse énormément le centre de gravité rendant ainsi le jouteur plus dur à battre. Elle nécessite un entraînement très soutenu aussi bien en souplesse qu’en musculation. Généralement, les jouteurs débutants adoptent une position jambe pliée avant d’adopter une posture plus basse au bout de quelques années.
Ces deux méthodes sont celles que l’on pratique en région Rhône-Alpes, mais aussi sur la Loire, le Lot et en région parisienne.

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Un dur combat
© MDFR

- [actu]La provençale[actu]
Cette méthode est scindée en deux comités : celui de Provence et celui de Côte d’azur.
La « targue », jeu de la joute en provençal est pratiquée de Nice à Arles. C’est une joute d’équilibre qui fait appel à la stabilité mais aussi à la force. Dans la joute provençale, la lance du jouteur est ferrée et vise le plastron, ou bouclier, de l’adversaire. Le jouteur (targaire) se tient debout sur le plateau (la teinteine), son plastron est en bois, il tient dans la main gauche un témoin qui doit l’empêcher d’attraper la lance de son adversaire. Parmi les 5 méthodes de joutes françaises, elle est considérée comme la plus violente, le jouteur n’attend pas le contact mais va le chercher en se jetant sur son adversaire. Une présentation sur ce site

- [actu]La languedocienne[actu]
C’est la plus riche en couleur, celle qui a su le mieux conserver ses traditions et son public.
Les barques sont lourdes, équipées de 8 à 10 rameurs, d’un barreur, le timonier-patron et de deux musiciens, un tambour et un hautboïste. Le jouteur se tient debout sur la tintaine à une hauteur de 2,50 m à 3 m ; la lance sous le bras, le pavois (sorte de bouclier) en guise de protection, il attend l’affrontement.
L’épreuve reine est le fameux grand prix de la Saint-Louis à Sète. Il a lieu autour du 25 août (depuis 1743). Les fanfares logées dans les tribunes assurent l’ambiance sonore et saluent à coups de grosses caisses les passes spectaculaires et les jouteurs victorieux.
Le littoral héraultais accueille durant la saison une bonne centaine de tournois, notamment à Agde, Balaruc, Frontignan, Mèze, Le Grau-du-Roi.

Voir : Le site de l’office de tourisme de Sète
Les joutes languedociennes

- [actu]L’alsacienne[actu]
Elle est pratiquée par la majorité des sociétés du nord et du nord-est de la France, mais aussi par un grand nombre de sociétés allemandes, autrichiennes, belges et suisses.
Le jouteur ne porte aucune protection du style pavois ou plastron, c’est « poitrine nue » qu’il affronte le coup de lance de son adversaire. La lance est tenue des deux mains, longue de 2,50 m de la traverse à l’extrémité, elle est terminée par un tampon en cuir. Après avoir mis à l’eau son adversaire, le jouteur doit faire tourner sa lance deux fois au-dessus de sa tête.
Voir : Les joutes alsaciennes sur le site des Dauphins d’Ostwald, cet historique

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Méthode alsacienne
© Club de Melun

- [actu]La parisienne[actu]
Elle est pratiquée quant à elle sur la Loire, la Seine, leurs affluents et tout le réseau des canaux qui les rejoignent.
La barque assez légère est soit à moteur, soit à quatre rameurs. Elle est équipée d’une plateforme appelée “trinquet” montée à l’arrière du bateau surélevée d’environ 50 à 70 cm et débordant de 1 m.

Le plastron du jouteur ressemble à un gilet de sauvetage mais c’est en fait un gilet de grosse toile garnie de crin destiné à amortir le choc. La lance d’une longueur maximale de 4 m, est « emboulée » c’est-à-dire munie d’un tampon en cuir à son extrémité, comme dans la méthode alsacienne.

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Méthode parisienne
© Club de Melun

Voir : les règles de la joute parisienne et le Calendrier 2010 des compétitions : méthode parisienne et alsacienne

La carte des villes et méthodes de joutes en France

23. Déroulement d’une joute (méthode lyonnaise/givordine)2

Les manifestations importantes de joutes sont toujours précédées d’un défilé. A Rive-de-Gier, il avait lieu chaque 15 août. En tête, les fanfares puis les drapeaux des sociétés, entourés des dirigeants des groupes présents. Derrière, en pantalons blancs et vestes identiques, les rameurs avec la pagaie sur l’épaule, puis le groupe de jouteurs portant eux les lances de bois.

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Le défilé des jouteurs, place Bellecour, début XXe
Fonds Sylvestre BML

M. Rocher membre de l’Union marinière de Vernaison nous rappelle que la joute est avant tout une fête.
“Fête du soleil et de l’eau, de la lumière et du mouvement. Fête aussi de la musique. Il n’y a pas de joutes réussies sans les musiciens qui les accompagnent. Selon les méthodes, tambour, hautbois, cuivres, suivent chaque étape de la joute. Dans notre région la célèbre barquette (petit orchestre) : sans elle la joute ne serait pas ce qu’elle est !”

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Partitions 1957
Fonds Orgeret BML

A Givors, chaque année, une chanson était composée pour la vogue et nombreuses sont celles écrites pour rendre hommage aux exploits des jouteurs de la région, comme dans ce couplet de “La voix du Rhône” :

Aux jours joyeux, quand un luron jouteur,
Fier descendant de nos joueurs antiques,
La lance au poing et la vaillance au cœur,
Fait sans broncher quelques coups magnifiques,
De tous les quais partent de longs bravos,
Givors entier trépigne d’allégresse,
Heureux de voir qu’en force et qu’en adresse
Les Givordins sont toujours sans rivaux.

Cependant, la dimension rituelle (fanfares, défilés…) a tendance à s’effacer lentement mais progressivement au profit des formes sportives du combat.

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Une bonne position
© T. Combaluzier

[actu]La joute[actu] :
avant le départ des compétitions, les arbitres surveillent la pesée des jouteurs.
Sur chaque bateau, l’un de couleur rouge l’autre de couleur bleue est montée une plate-forme appelée tabagnon sur lequel se tient le jouteur.
Pour éviter le tangage, les bateaux sont chargés chacun d’un lest de 500 kg
minimum et doivent peser avec leur équipement au moins 1500 à 1800 kg.
Au moins quatre hommes assurent la sécurité dans chaque embarcation qui est dirigée par un barreur, appelé “patron”. Il commande le moteur et/ou l’équipage de rameurs, et doit donc arrêter les rameurs ou couper les moteurs lorsque les bateaux sont sur
le point de se croiser.
Les jouteurs et jouteuses prennent des lances relatives à leur catégorie, par exemple : 4,67 m, pour les cadets légers et les féminines fines, poignée rouge ou 6,00 m, pour les seniors mi-lourds et lourds, poignée rouge.
La lance est taillée dans une pièce massive de sapin ou de mélèze, assouplie par un séjour dans l’eau. Le jouteur se présente dans une tenue propre et correcte :
pantalon blanc, sans artifice, jambes au minimum au niveau du genou, maillot blanc ou aux couleurs de sa société.
Le bourron, bourrelet de tissu d’un diamètre maximum de 8 cm, est mis dans la poche ou fixé autour de la cuisse. Il sert au calage de la main droite qui tient la lance et est en contact direct avec la cuisse.

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© MDFR

Au signal, les deux barques s’élancent pour se placer bord à bord. Les jouteurs sont fendus, se saluent avec la lance et visent le carré central du plastron de l’adversaire nommé « neuf ». Puis c’est le choc. Le moins solide est projeté hors de l’embarcation et exécute un magnifique plongeon. Parfois les lances se brisent. Le vainqueur est bien sûr celui qui a réussi à se maintenir debout et a respecté les règles.
Après concertation des deux patrons, le patron du bateau rouge
signale au jury les fautes de barre ayant pu gêner le bon déroulement de la passe (par exemple : toucher ou trop large).

L’organisation et le déroulement des joutes se font en respectant les règlements administratifs et technique de la Fédération française de joutes.

Voir : la présentation des différentes méthodes sur le site du club de joutes de Saint-Mammès

Même « sportivisées », les joutes restent malgré tout, aujourd’hui, un temps fort de l’expression des cultures locales traditionnelles dans la vallée du Rhône. Elles sont l’occasion pour la population (qui a encore ce souhait) de renouer avec les rites anciens et les symboles qui constituent l’imaginaire lié au fleuve.

24. Une discipline ouverte à tous2

La pratique des joutes nautiques, comme celle de la barque de sauvetage, n’est plus réservée à la gent masculine adulte.
Les critériums (âgés de 11 à 13 ans) féminins et masculins ont leur propres compétitions ce qui nécessite la fabrication d’un matériel en corrélation avec leur morphologie. Ils bénéficient d’entrainements spécifiques qui sont proposés dans la plupart des clubs de la région. C’est le cas à Ampuis, Chasse-sur-Rhône, Chavanay, Cluny, Condrieu, Digoin, Givors, Grigny, La Roche de Glun, Loire sur Rhône, Serrières, Tain Tournon, Ternay, l’Union marinière de Vernaison, Vienne. Ces clubs sont en contact avec les élèves du primaire qui montrent un vif intérêt pour cette discipline.

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Méthode parisienne
© Club de Melun
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Concentration
© T. Combaluzier

L’enseignement de la joute commence pour les plus jeunes à terre, les barques étant remplacées par des chariots à quatre roues. D’autres clubs utilisent des petites barques.
Les écoles de joutes assurent une continuité, un renouveau et une accessibilité. Elles contribuent aussi à développer un esprit de compétition.

En 1976, Vincent Stento décide de créer à Sète une école qui serait indépendante des sociétés traditionnelles et qui pourrait à terme fournir de nouvelles générations de jouteurs. Il s’agit de : L’Ecole de joutes de la marine. Son objectif est d’initier les enfants de 3 à 17 ans aux joutes languedociennes dans le plus grand respect des traditions, certains deviendront de grands champions.

Pour les femmes, tout commence le 30 août 1891 lorsque les soeurs Anna et Elyse Sellier joutent pendant la Saint-Louis à Sète. Certes, elles n’ont pas gagné le tournoi mais elles ont marqué les esprits.

Les femmes ne concourent pas en catégorie « légère » ou « lourde, mais en « fine ou en « élégance ». Leurs lances sont longues de 5 m et pèsent 6 kg. C’est en juillet 2004 qu’a été organisée la toute première Coupe de France de joute féminine selon les méthodes lyonnaises et givordines. Elle s’est déroulée sur les quais du Rhône, à hauteur de Gerland. Un jour important car auparavant, les féminines faisaient seulement des démonstrations en ouverture des challenges masculins.

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Méthode parisienne (filles)
© club de Melun

Clubs de la région possédant des jouteuses féminines : Chasse-sur-Rhône, l’Isle-sur-Sorgue, La Roche de Glun, Loire-sur Rhône, Saint-Just-sur-Loire, Saint-Pierre-de-Boeuf, Ternay.

25. Compétitions, démonstrations, initiations dans la région lyonnaise2

[actu]Les compétitions de joutes[actu] sont organisées, chaque année, pour notre région, par la ligue Rhône-Alpes. En 2010, elles débutent le 5 juin à Ternay. Toutes les équipes sont actuellement en pleine préparation physique à base d’exercices d’étirements et de musculation afin de réussir mais aussi pour éviter les blessures.
La FFJSN met en compétition entre les clubs de joutes affiliés de la Ligue Nord de Loire et de la Ligue Rhône Alpes la Coupe de France qui est disputée dans les deux
méthodes (lyonnaise et givordine) et est dotée de deux coupes. En 2010, la finale de la coupe de France a lieu à Vienne, le 25 juillet.

Autre compétition : le Championnat de France.
Les épreuves débutent les années paires par la méthode givordine, et les années impaires par la méthode lyonnaise. Sauf cas exceptionnels fixés par la Fédération, les finales ont lieu le dernier dimanche d’août.

Toutes les rencontres se disputent sur trois passes sauf pour les phases finales du
championnat de France en cinq passes.

Voir :
- le calendrier 2010 des compétitions de la ligue Rhône-Alpes

- une vidéo de la coupe de France 2008 à Grigny

Les compétitions de barque de sauvetage quant à elles s’intercalent en se déclinant en deux temps : de début mars à fin mai et de mi-septembre à novembre.

Ainsi, la Compagnie marinière de sauvetage de La Mouche fondée en 1907 continue d’organiser, chaque année, pour l’Ascension, une course de barques sur le Rhône. Les nombreuses compagnies de sauvetage établies le long du fleuve se réunissent à cette occasion. En 2010, l’équipe de Chasse-sur-Rhône est le grand gagnant du challenge. Chez les plus jeunes, la course s’est terminée sur la victoire de la Société de sauvetage de Grigny. La barque de sauvetage servait autrefois aux secours ; aujourd’hui, c’est un sport spécifique à la région Rhône-Alpes.

[actu]Les démonstrations[actu]
Si le 15 août était traditionnellement fêté par des joutes sur la Saône, il semble que ces manifestations se soient déplacées au sud de Lyon : sur l’ancienne écluse de la Mulatière, à Givors…
Des démonstrations ont lieu dans le cadre de la semaine de l’environnement (fin mai-début juin) pour l’opération annuelle “ Rhône, fleuve à suivre ”, organisée en collaboration par la Frapna Région et la Maison du fleuve Rhône ainsi qu’au moment de la Fête du Nautisme qui a eu lieu le 16 et le 17 mai 2010.

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Méthode givordine
© T. Combaluzier

Ainsi, au programme de 2010 : à Tournon (Ardèche) : démonstrations, essais et initiation à la joute nautique en méthodes rhodaniennes pour les plus sportifs, et méthode parisienne pour l’aspect ludique. Le club de ST FONS a aussi organisé une démonstration de joute lyonnaise, quai Rambaud

Le 22 mai 2010, la commune de Jons a, elle, organisé, la Fête de l’eau sur les deux rives du Rhône. L’initiation aux joutes nautiques faisait partie des activités proposées. Le même jour Grigny proposait une journée portes ouvertes : découverte et essai de la joute et de la barque.
Démonstrations le 29 mai à Chavanay. A Samognat (Ain) les joutes de Ternay animent la fête sur le lac, le 17 juillet. Le 7 et 8 juin, grande fête des joutes à Vernaison. En septembre, à La Mulatière a lieu le championnat du Confluent (tournoi de joutes intersociétaire), etc. .

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Une belle passe
© T. Combaluzier

Les compétitions organisées chaque année, l’existence des nombreux clubs avec leurs écoles et les diverses démonstrations proposées prouvent que même si elle n’a pas l’ampleur de celles du Languedoc, la vitalité des joutes nautiques a été réellement conservée dans notre région.

En 2010, c’est le 29 mai, quai Rambaud, à Lyon qu’a lieu le Pardon des mariniers. Il se déroule autour du bateau-chapelle « Le Lien » Au programme : messe du pardon, grand bal, présentation de bateaux, démonstration de sauvetage.

Aujourd’hui, les berges du Rhône sont envahies avec bonheur par les piétons. Leur mise en valeur est un vrai succès. Et bientôt, du Confluent à l’Ile Barbe les Lyonnais pourront s’approprier également les rives de la Saône.

Toutes ces manifestations et les importants aménagements récents des rives à Lyon concrétisent une volonté de (ré)identification et de réappropriation des fleuves qui reprennent ainsi toute leur place au centre de la vie urbaine.

Dans ce cadre de la reconquête des cours d’eau et de leurs abords, les joutes, « sport traditionnel » entre spectacle et rituel, font partie des loisirs de proximité qui peuvent séduire les visiteurs et les habitants au même titre que, par exemple, la pêche, les courses marinières, le waterpolo ou les parcours sur les sentiers le long des berges. Ces activités permettent une découverte à la fois du patrimoine et de la nature.
Voir : cette synthèse du groupe de travail « Fleuves » du Grand Lyon.

A Lyon, une fête des fleuves devrait avoir lieu en 2011.

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© MDFR

Pour en savoir plus

Sources :

Ouvrages
- Les joutes nautiques en France des origines à nos jours par Patrick Bertonèche, Editions Le Chasse Marée/ArMen, 1998

- Les joutes en France : l’âge d’or, 1880-1920 par Jérôme Sagnard, Jean-Claude Caira, Editions Alan Sutton, 2008

- Le chapitre sur les joutes dans : Les vieilleries lyonnaises de Nizier du Puitspelu, éd. 1927

- Patron sur le Rhône : conte marinier par Georges de Lys, 1904

- La Mémoire du Rhône, de Guy Durrenmatt, Ed. La Mirandole, 1993

- Pratiques sportives et identités locales, sous la direction de B. Michon et T. Terret, Ed. L’Harmattan, 2004

- Les joutes languedociennes : ethnologie d’un « sport traditionnel, Jérôme Pruneau, L’Harmattan, 2003
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Articles

- « Tirer l’oison » : une tradition batelière par Christian Chenault in : La Loire et ses terroirs, n° 66, automne 2008

- Aux temps des joutes, in : Mémoire des Pays du Gier, n° 7 décembre 1996

Voir aussi :
- Les articles de la base Dossiers de presse Rhône-Alpes

- et ceux d’ Europresse (disponible uniquement depuis la BML, comprend Le Monde depuis 1990 et Le Progrès depuis 1997)

Vidéo

- Deux fois neuf (les joutes à Givors) réalisée par Gilbert François, 1984

- Fête et fleuves (DVD) : 7e rendez-vous fleuve : conférence du samedi 16 janvier 2010 / François Léger, Cécile Leoen, Jacques Rossiaud, 2010

Sites internet

- Le site de la FFJSN

- Joutes en 1709 à Lyon l’hors du passage de Philippe d’Anjou in : La Revue du Lyonnais en ligne sur le site de la BM.

- Interview d’un jouteur

- La joute nautique (Wikipedia)

- Regards critiques sur les rites et rituels dans la joute languedocienne, in n° 4, 1999 de la revue Corps et Culture, numéro intitulé : Corps, sport et rites

- Les différentes méthodes de joutes en France

- Une agglomération en bleu sur le site de la Maison du fleuve Rhône

Documentation régionale, 2010

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2 thoughts on “Joutes nautiques en Rhône-Alpes”

  1. Carmen dit :

    Bonjour, le bon liens pour les joutes languedociennes
    http://www.joutes-languedociennes.com

  2. Documentation régionale dit :

    Bonjour,
    Nous avons fait le changement, merci pour votre contribution.

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