Papa-mon-bon-papa

Papus, papa, papum (c'est du latin)

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 02/06/2022 par Boxer

Papa des fois il est rigolo et des fois il est pas rigolo. Des fois il est sympa et pis des fois il est pas sympa du tout. Papa des fois c'est un sacré con et pis des fois c'est la petite lumière du soir qu'on allume pour faire de jolis rêves. Petit tour de Papa-mon-bon-papa dans la création littéraire et artistique.

Donald Walton Lynch et son fils David
Donald Walton Lynch et son fils David

Sénèque a dit que c’était compliqué de vivre une vie simple. Tout Romain à toge qu’il était il avait sacrément raison. C’est vrai quoi.

Tenez par exemple , quand on a un papa-mon-bon-papa qui s’appelle Frank, Hans Frank. Je dis ça comme ça. Oulala, que ça doit être compliqué d’être le fils d’un papa qui s’appelle Hans Frank. Hans Frank eut la riche idée de vivre la plus grande partie de sa vie dans l’Allemagne hitlérienne et de s’afficher fièrement en  nazi convaincu. Permettez qu’on ajoute quelques tirets de circonstance pour se convaincre qu’il était convaincu de l’être (nazi) : convaincu. Voilà. Vous pouvez maintenant convoquer Lacan, merci.

Et Hans eut donc un fils. Niklas. Niklas, c’est un joli prénom allemand. Et il se trouve que Niklas Frank est devenu un écrivain talentueux qui déteste beaucoup son papounet nazi. Quand on déteste beaucoup, n’est-ce pas déjà un peu de la haine ? Le père un règlement de comptes pourrait donner lieu à un récit retors et gauche. Pas du tout. C’est au contraire un sacré travail de remise des pendules à l’heure, une introspection  furieuse et sans filets et qui donne à ces 379 pages une force absolument remarquable.

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Régis Jauffret a beaucoup écrit sur les affreux qui peuplent ce bas monde. Mais il est peut-être encore plus intéressant quand il décide d’écrire sur son papa-mon-bon-papa.

Le récit est publié en 2020 aux éditions du Seuil. Son titre : Papa. Il y sera très peu question de sa mère, c’est promis.

Un jour qu’il regarde par hasard (je répète : par hasard) un documentaire à la télévision, Jauffret tombe sur des images d’archives où il croit apercevoir son père, malmené par deux sbires de la Gestapo. La croyance devient vite un fait avéré. Stupéfait, Régis décide d’enquêter sur ce père impénétrable mais que son récit échevelé et lucide va nous rendre un peu plus proche. Extrait en guise de confession :

Je n’ai peut-être écrit tout au long de ma vie que le livre sans fin de tout ce que nous ne nous sommes jamais dit (…) Je n’étais que fictions, imaginaire, refus de puiser dans ma biographie, tant j’avais peur qu’on puisse apercevoir cette partie de moi-même dont j’avais honte comme d’un chancre.  Je suis dur avec toi mais tu as l’avantage d’être mort depuis trente ans, dans le néant les outrages glissent comme un seau d’eau sur les plumes d’un canard“.

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Hervé le Tellier a obtenu le Goncourt en 2020. Son roman s’est vendu à un million d’exemplaires. Enorme Anomalie. Mais avant ça, il avait écrit des textes cocasses, plein de malice et des récits moins drôles inspirés par sa (très curieuse) famille.

On ne saurait trop vous conseiller la lecture de ce livre au titre particulièrement savoureux : Toutes les familles heureuses.

C’est l’histoire d’une enfance désastreuse à partir de laquelle Hervé Le Tellier compose un  récit plein de dérision et de provocation mais tenu par un pacte autobiographique pétri d’émotions. Pas facile en effet quand papa-mon bon-papa prend la poudre d’escampette un peu trop tôt et qu’un beau-père le remplace. Tous les chapitres de ce récit s’ouvrent avec une citation. En voici deux :

Commencé aujourd’hui ce journal : désireux de noter mes toutes premières impressions. Désagréables“. (Raymond Queneau, Dormi pleuré).

Amour. A proscrire complètement. Il ne va jamais sans émotions. Les émotions nuisent à la régularité“. (Alexandre Vialatte, Chroniques de la Montagne).

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Pierric Bailly, jeune père de famille, est écrivain et publie chez POL.

Un jour son père est mort.

Il raconte qu’il a eu besoin de raconter l’histoire de son père, ses derniers jours,  et que le livre s’est imposé à lui presque à son insu.

Pierric Bailly est un écrivain modeste mais fort talentueux. Dans L’homme des bois, il parle ainsi de son père par bribes et évoque l’ordinaire d’un homme distant qui se laisse peu approcher. Esquisse de portrait:

Depuis sa mort , à ceux qui me parlent de cette si grande délicatesse qui était la sienne, de son calme, de sa retenue, j’ai envie de répondre  en évoquant ses sautes d’humeur. Mais, de même, à ceux qui ne me parlent que de ses colères et de ses coups de sang, j’ai envie de répondre en évoquant sa douceur“.

C’est un texte d’une grande pudeur et qui laisse entrevoir une constellation de “vérités partielles” ainsi que les appelait un autre guetteur de l’âme humaine, Pasolini.

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Et maintenant c’est la récré, voici d’autres barbes à papas :

un papa névroses-à-vie-garanties

un papa poule (ex-tailleur pour dames)

un papa pompidolien

un papa équatorial

un papa flippant

un papa très flippant

un papa don’t preach

un papa et pourquoi pas deux ?

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