Manga historique

L’Occident vu par les mangakas

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 18/07/2016 par AudreyB

On se souvient tous de Princesse Sarah, Candy ou La Rose de Versailles. Depuis les années 80, on ne compte plus les mangas qui surfent sur des faits historiques occidentaux comme toile de fond et proposent une vision différente de l’Europe et de l’Amérique. Il s’agit de plaire au public européen, de se réinventer mais aussi d’attiser la curiosité du public japonais. Classiques du genre mais aussi oeuvres plus récentes, c'est l'occasion de (re)plonger dans l'aventure.


emmaEmma de Kaoru Mori (2002-2006, série en 7 tomes)
William Jones est un jeune homme appartenant à la bourgeoisie anglaise du XIXème siècle. Un jour, il décide de rendre visite à son ancienne gouvernante. Chez elle, il rencontre une jeune domestique : Emma. Il en tombe éperdument amoureux mais cet amour peut-il survivre à la différence de leurs milieux sociaux ?
Ce manga est un formidable documentaire sur le quotidien des bourgeois, nobles et domestiques de l’époque victorienne. Le titre évoque à tout amoureux de la littérature anglaise le roman Emma de Jane Austen. Référence assumée ou non, ce livre s’attache à retracer le destin d’une héroïne romantique dont l’histoire d’amour transcende les classes sociales.


billy-batBilly Bat de Naoki Urasawa (2008, série en cours, 17 tomes parus)
Kevin Yagamata est le fils d’immigrés japonais vivants aux Etats-Unis en 1949. Dessinateur d’un comic très populaire racontant les enquêtes de la chauve-souris détective Billy Bat, il découvre un jour que son personnage est la copie conforme de celui d’un manga. Il décide alors de retourner au Japon afin de demander au dessinateur s’il peut continuer à utiliser son personnage et se retrouve pris malgré lui dans des histoires de meurtres et de complots, tous liés à Billy Bat.
Formidable plongée dans le Japon de l’après-guerre, Billy Bat se pose comme une métaréflexion sur l’art de la bande dessinée, avec comme toile de fond des meurtres et enquêtes. D’un trait simple mais efficace, Naoki Urasawa se met au service de son histoire tout en adoptant les codes du comic américain.


monsterMonster de Naoki Urasawa (1994-2001, série en 18 tomes)
1986, Allemagne de l’Ouest, Düsseldorf. Kenzô Tenma est un brillant neurochirurgien japonais promis à un bel avenir. Un jour, il se retrouve confronté à un choix crucial : sauver le maire de la ville ou sauver un enfant touché par balle à la tête. Il décide d’opérer ce dernier sans savoir qu’il vient de sceller son destin : neuf ans plus tard, le garçon se révèle être un serial killer se faisant appeler Monster.
Cette saga haletante et sombre est sans aucun doute l’une des œuvres majeures dans la culture manga de la fin des années 90. L’enquête menée rappelle l’écriture scénaristique filmique des meilleurs thrillers. La mise en scène et le dessin sont sobres et impeccables afin de mieux servir la tension dramatique et le suspense de l’histoire. Les amateurs de polars noirs et psychologiques sauront s’y retrouver.


innocentInnocent de Shin’Ichi Sakamoto (2015, série en cours, 6 tomes parus)
En pleine Révolution française, Charles-Henri Sanson prend la succession de son père convalescent : il devient bourreau royal. Pendant près de quarante ans, il sera le témoin neutre des heures les plus sombres et mouvementées de la France.
Pour écrire sur une famille aussi célèbre que celle des Sanson, Sakamoto prend un angle d’attaque alléchant : celui d’un bourreau qui déteste sa profession. Cela donne une histoire fascinante qui nous plonge au cœur de la personnalité tourmentée entre morale et devoir de Charles-Henri. Le dessin use d’un esthétisme marquant et pointu, afin de mieux happer le lecteur dans le récit.


seven shakespeareSeven Shakespeares de Harold Sakuishi (2009-2012, série en 6 tomes)
Être Shakespeare ou ne pas être Shakespeare, telle est la question.
À Londres, en 1600, la police intervient pour interrompre une représentation d’Hamlet. Un homme s’y oppose et prétend être l’auteur de la pièce : William Shakespeare. Au même moment, un escroc essaye de vendre un exemplaire du manuscrit d’Hamlet. Il affirme avoir connu le vrai Shakespeare et que celui qui prétend l’être n’est qu’un imposteur.
Ce manga se base sur une théorie connue en littérature qui attribue à un autre que Shakespeare la paternité de ses œuvres. De cette idée, Sakuishi en tire un scénario dense, bien construit et servi par un trait efficace.


3-adolfL’histoire des 3 Adolf de Osamu Tezuka (1983-1985, série en 4 tomes)
Juste avant la seconde guerre mondiale, le journaliste Sohei Tôge est chargé de couvrir les Jeux olympiques de Berlin de 1936. Il se retrouve à enquêter sur la disparition de son frère étudiant en Allemagne et découvre un document qui prouve la lignée juive d’Adolf Hitler. Se superpose à cette histoire celle d’Adolf Kamil et Adolf Kaufman, deux meilleurs amis vivants au Japon.
Osamu Tezuka propose un récit entre Orient et Occident, sur fond de deuxième guerre mondiale. A travers une enquête et une amitié quasi inébranlable entre deux hommes, il interroge les fondements de l’antisémitisme sous le 3ème Reich. En résulte un roman graphique fort, prenant et touchant, élu Prix Kôdansha du manga en 1986.


vinland-sagaVinland saga de Makoto Yukimura (2005, série en cours, 16 tomes parus)
Vinland Saga suit les aventures de Thorfinn Thorsson, un jeune guerrier Viking islandais qui veut venger la mort de son père assassiné par des pirates et leur chef Askeladd.
Grand Prix 2009 du Japan Media Arts, ce manga d’aventure dépeint avec brio l’univers et le quotidien des Viking en Islande en s’attachant à des faits historiques, comme la découverte de l’Amérique du Nord par les Nordiques. Le trait détaillé est agréable, le scénario recherché et il en résulte une magnifique fresque fictionnelle qui pourrait rivaliser avec les séries Vikings et Game of Thrones.


gardiens-du-louvreLes gardiens du Louvre de Jirô Taniguchi (one shot, 2014)
Un dessinateur japonais se retrouve cloué au lit par la fièvre pendant un voyage à Paris. Dans sa solitude et sur la voie de la guérison, il décide de se rendre au Louvre et au fur et à mesure de ses pérégrinations dans le musée, il lui découvre un nouveau visage, loin de l’agitation touristique qui y règne.
Taniguchi s’attèle à un sacré morceau dans ce one shot : raconter l’histoire du musée-monde qu’est le Louvre. Il en ressort un livre un brin didactique mais agréable à lire et enrichissant. Le dessin y est aussi pour beaucoup avec vingt premières pages en couleur qui plongent le lecteur dans le récit fantasmagorique du protagoniste. Si vous voulez redécouvrir le Louvre sans ses touristes, cet ouvrage est fait pour vous.


Bonnes découvertes ! 🙂

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