Retour d'aléthosphère

Le Manolo, permis de chausser 975628

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 15/06/2020 par Dalli

Pour fuir les scénarios dystopiques actuels et parce que n’est pas Cendrillon qui veut (conte où tout chausse pieds eut été inutile voire malvenu), l’examen du Manolo nous égare entre les objets surréalistes mous et le branding nerveux d’un distributeur de design célèbre. Accessoires de princes et princesses contemporain(e)s, sa superbe l’élève à minima, à la sculpture contée ! Objet d’initiés ou de fashionistas, il dessine la cambrure de l’escarpin inaccessible, un « objet a » lacanien. Définitivement glamourisé, il fut hissé hors des chaussures pour exposition. Post confinement, les pieds se remettent en lice en quête de souliers qui ne sont pas de vair. De nouveau, Manolo est missionné.

Chausse-pieds Manolo Blahnik
Chausse-pieds Manolo Blahnik

· Escarpin spectral, accents bondiens  numéro atomique 13, de symbole Al

 

Au toucher : froid et doux, à l’œil : brillant alangui, souple et courbe. Sa langue métallique s’étire, fond dans une irrévérence classieuse. Il dit l’équilibre  recherché par les avant-gardes  surréalistes, le Bauhaus et l’Art total. Créé en 2004, bien moulé L.30 x l.5 x H.20 cm, Il incarne l’idée platonicienne de lier avec justesse le beau et le bien.

Aluminium au chrome adouci avec  patine naturelle, l’aluminium c’était enfant déjà où Manolo Blahnik confectionnait de toutes petites chaussures  pour les chats.  « ce sera toujours à partir de l’épreuve sensible que les objets nous proposent leur présence et leur utilisation »

L’art (Velasquez, El Greco,…), le cinéma (Cocteau, Visconti,…), la mode sont le paysage de son éducation qui le mènera aux lettres, au dessin compulsif, ininterrompu …si, par une histoire de muses. Sa rencontre avec Diana Vreeland en 1970 (Vogue américain), puis Bianca Jagger et Carrie Bradshaw (Sex and the City) le conforte dans ses « histoires et succès de pieds ».

·  Le  Manolo, objet à fonction symbolique, 

« objet a »

2004 : Manolo Blahnik dessine un objet à la mouité visuelle, aux racines dalinienne et lacanienne. La Métaphysique du mou réfléchie par Baptiste Botul « De part son instabilité, il nous faut penser une énergie intrinsèque au mou, contenue, qui génère et dissout, qui éveille et englue. Dans sa matière même ou dans ses formes, dans ses analogies ou dans ses imaginaires, la mollesse nous happe et nous échappe, questionne les limites, leur porosité, leur fluidité, leur flaccidité et oeuvre sans cesse dans une dynamique oscillatoire. » fait écho à la la morbidezza tant recherchée par les artistes de la Renaissance.

L’objet mou se fige là…

entre DALI (qui en 1929 invente les objets à fonctionnement symbolique et concrétise la  » paranoïa-critique  » cette « méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l’objectivation critique et systématique des associations et des interprétations délirantes ». Les recherches surréalistes s’en inspirent et se réactivent au vu de cette quête et  exploration de l’inconscient. Elle se construit sur l’analyse, par son auteur, de sa propre paranoïa et le contrôle de ses obsessions et  hallucinations à des fins créatives)

et LACAN (inspiré par Dali en 1932. Lors de son séminaire XVII en 1970) il engendre la  lathouse, l’objet a , objet banal de consommation : « des menus objets petit a que vous allez rencontrer en sortant sur le pavé à tous les coins de rue, derrière toutes les vitrines, dans ce foisonnement de ces objets faits pour causer votre désir, pour autant que c’est la science qui nous gouverne »).

Manolo Blahnik le décrit « agréable à toucher, à utiliser ou tout simplement à regarder »

  • Double VIP, passeport pour la réédition, entrée en POP CULTURE

Lorsque de very important person travaillent pour de very important product, la stratégie collector triomphe. Tom Dixon lorsqu’il prend la direction artistique d’Habitat  lance pour les 40 ans de la marque la collection VIP, l’occasion de convier des célébrités (une vingtaine « possédant un talent précis et reconnu dans son domaine d’expertise » ) à imaginer des objets appartenant ou non à leur univers. Certains vont devenir cultes (la table des Daft Punk notamment ) au point d’intégrer la capsule de la marque Habitat vintage. Vendu à 7000 exemplaires, le succès commercial  du Manolo amorce une réédition. Il  intégre alors le monde des ventes aux enchères , consécration suprême de sa valeur artistique. Walter Benjamin, lorsqu’il se penchait sur  la reproductibilité soulignait la question de l’authenticité et de l’aura d’une oeuvre parfaitement reproduite…

Rémy Poirson insiste sur sa nature artistique : « nous avons souhaité le rééditer car c’est un modèle qui va au-delà de sa fonction initiale, un objet de décoration sculptural qui possède encore aujourd’hui une grande force esthétique« 

Demain comme Véronique Lorelle , privilégions « la voie de l’imaginaire désirable ». « Il faut », dit-elle « dessiner un futur enviable pour tous. J’ai l’audace de penser que, aux côtés des chercheurs, des scientifiques, des ingénieurs, des sociologues ou des entrepreneurs, les designers sont déterminants pour penser et rendre intelligibles, utiles et agréables, ces alternatives qu’il ne faut plus, à présent, tarder de proposer. Tout cela est très sérieux et pas utopiste. »

 Synapses :

« Vous n’avez pas été fabriqués en série, alors soyez unique ! » Manolo Blahnik

Michel Leiris poète surréaliste : « les chercheurs de métal sont ramenés à la lumière des capitaux illimités: phases, vos plus beaux rêves. » Trombes dociles.

 

 

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *