Puissance subjective

Hermann Amann

La peinture est mouvement et réflexion, tout le reste n'est qu'imagerie

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 01/08/2018 par Tori

« Il y a des seuils qu’il faut dépasser et la réflexion des pigments dans la peinture artistique est un de ces seuils. La Nouvelle Pigmentation est une réflexion de synthèse technique qui unifie supports, pigments et liant à une molécule vivante. L’intensité de ces moyens est associée au fluor et à un liant qui fait tourner les corpuscules des pigments et les particules de la réflexion des couleurs. Par une longue expérience, j’ai réalisé des œuvres résistantes dans leurs réflexions et traduisant ma réalité picturale, haute en couleur. » Hermann Amann

Hermann Amann
Hermann Amann Puissance subjective, sérigraphie 7 couleurs, 70 exemplaires, 65 x 50 cm, ©Lionel Spiess

Né en 1934 à Bad-Bellingen en Allemagne, Hermann Amann s’initie très tôt à la Pensée en côtoyant malgré son jeune âge le cercle de Bâle et en se liant d’amitié avec le philosophe Karl Jaspers.

Dès 1954, en arrivant à Paris, il se consacre entièrement à la peinture et déjà se manifeste dans ses travaux le refus des mouvements dominants et des arts médiatisés. Amann s’engage alors dans une voie qu’il ne quittera plus, une pratique qui se veut à la fois dialogue permanent avec la philosophie et étude d’un art encore préservé des effets appauvrissants de la mode, à savoir la peinture.

Sachant qu’un tel art ne pouvait faire l’économie de la poésie, du théâtre, de la musique et de la sculpture, il crée en 1971 le groupe “Jacob ou la persuasion” après que Louis Aragon lui eut prêté le titre d’un de ses poèmes.

Il crée en 1986 la “Nouvelle Pigmentation”. Il s’agissait au départ de montrer que la couleur ne se satisfaisait pas des moyens classiques de présentation (gouache, aquarelle, huile etc.) pour manifester sa puissance réelle. Hermann Amann prend alors conscience que la peinture poursuivait une route qui l’avait mené à représenter des formes de plus en plus uniques en ce sens que, les lignes de Kandinsky, les triangles d’Herbin ou même les drippings de Pollock tirent leur existence d’eux-mêmes et non plus de formes préexistantes qu’il s’agirait de représenter. Si de tels hommes avaient libéré la forme de toutes déterminations représentatives, il devait donc être possible d’en faire autant avec la couleur et de créer une peinture où les couleurs n’auraient d’autres références qu’elles-mêmes: des couleurs qui ne pourraient exister ailleurs que sur la toile. Il dût redéfinir la peinture, l’envisager comme un nouvel espace, absolument autre, où formes et couleurs seraient étrangères à l’expérience humaine avec l’idée que seul une nouvelle peinture pourrait nous suggérer de nouveaux modes de vie. Il s’agissait d’opérer “une nouvelle rupture pigmentaire”.

Ce n’est qu’au début des années quatre-vingt-dix, avec la découverte, auprès du groupe new-yorkais “New New Painting“, du gel polymère (un liant pouvant conserver sans l’altérer la propriété réfléchissante des pigments fluorescents) et l’invention de la particule (une forme ayant la capacité de contenir le fluo en imposant au regard une vision indirecte des couleurs qu’elle recouvre) qu’Amann expose pour la première fois à la Städtische galerie à Göppingen (Allemagne) l’accomplissement de ses recherches.

Dès lors, ayant enfin trouvé un langage unique et neuf, il s’emploie aujourd’hui à visiter différents thèmes de la pensée avec cette technique sans précédent. Parmi ses œuvres majeures participant de la “Nouvelle Pigmentation” on peut énumérer entre autres: Architectones, Habitables, Autour de la terre, Fécondité, Les Quatre Saisons, Les particules, Glas I et Glas II (d’après les livres de Jacques Derrida), Des millions de mondes qui voyagent pour nous, Amour, Ultra pigmentation et La Montagne Sainte Victoire. (Alexis Dahan. 2002)

 

La Bibliothèque de Lyon a acheté en 2016 une première sérigraphie Yeux à ce monde aveugle, je viens de Hermann Amann,   en prêt à l’artothèque ainsi qu’un livre de bibliophilie Amann, Rouge absolu nouvelle pigmentation consultable sur demande. Ce livre est accompagné d’une oeuvre originale : Rouge absolu. Aujourd’hui, avec cette nouvelle acquisition, une pièce ancienne de Amann (éditée en 1979), nous donnons au public la possiblité d’embrasser plus finemment l’oeuvre de ce peintre.

La collection de l’artothèque se veut la plus représentative possible des tendances et courants qui traversent la production artistique depuis 1945. Son jumelage avec les collections de photographies et de livres d’artistes offre au public une collection de pièces peu répandues, et une vision plus large sur le travail des artistes.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *