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BERNHARD GÜNTER « Un peu de neige salie » (1993)

- temps de lecture approximatif de 1 minutes 1 min - Modifié le 19/02/2020 par GLITCH

C’était avant Alva Noto, ou Ryoji Ikeda. C’était quelque chose qu’on appelait pas encore "glitch" ou "clicks and cuts". Un manifeste minimaliste radical, une provocation sonore. Une expérience-limite de l’écoute, aussi belle qu’inquiétante, parce qu’elle dérange le plein incessant où nos oreilles ont pris l’habitude de s’oublier. C’était le premier album de Bernhard Günter, "Un peu de neige salie".

Un peu. Si peu, tant le son ne fait qu’affleurer. L’oreille perd pied dans cet entre-deux, ce seuil perpétuel où émerge le silence, ou s’éteignent les sons. Il n’y a pas tout a fait rien, il y a un peu. Des souffles, sinusoïdes, ou griffures dont on ne sait parfois si on les entend ou si on les imagine, si notre corps les produit ou si l’oreille les reçoit. Et de longs silences qui se distinguent à peine de l’objet sonore.

De neige. Pas tout à fait un plan uniforme, ni un blanc pur. Mais une étendue cotonneuse, presque vierge. Une dynamique sonore très basse, très étroite, quasi imperturbable. Une matière faite de riens minuscules. Un paysage d’abord uniforme, mais où l’oreille, requise par le vide, dilatée par la rareté sonore, s’émeut de reliefs imperceptibles, de micro-accidents, de cristaux acoustiques fragiles, éphémères.

Salie. Dans ce paysage si raréfié, le moindre frémissement devient événement. Parfois le silence se gonfle, devient rumeur. Quelques battements ou frémissements franchissent l’étendue audible. Un accroc se fait, une tache de son dans le blanc de l’écoute. Et puis l’écoute ici ne peut pas être pure. Quel que soit le volume, la musique laisse filtrer la rumeur du dehors, ou celle du corps qui écoute.

Après Un peu de neige salie, Bernhard Günter  poursuit sa recherche d’une musique liminale, au sein du label Trente oiseaux, qu’il fonde en 1995. Au fil des années la matière sonore de son travail s’étoffe subtilement, sans jamais cesser de tourner autour du silence.

En 1998, le magazine Wire signale Un peu de neige salie dans la liste des 100 disques qui ont révolutionné le monde (alors que personne n’écoutait). Peut-être parce que peu d’oeuvres posent aussi radicalement la nuance entre entendre et écouter. Ni n’amènent aussi près de cette zone incertaine, fascinante, entre quelque chose et rien.

→Les CD de Bernhard Günter disponibles au catalogue de la BML

→Plus de silence dans la musique, dans cet article de L’Influx

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