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Le big data à votre écoute

- par Département Musique

A l’heure où la musique se consomme essentiellement sur Internet, l’industrie du disque investit de plus en plus les données des utilisateurs en ligne (big data), pour suivre le succès de ses productions, profiler son public et anticiper les succès de demain.

Brain Data
Brain Data

Le marché a des oreilles

Ainsi sont nées des entreprises dédiées au data musical comme Next Big Sound,  ou Soundcharts. Celle-ci analyse en permanence les charts dans plus de 80 pays, mais aussi les plate-formes de streaming, plusieurs centaines de webradios, les principaux réseaux sociaux et environ 1 million de playlists en ligne.

Cette veille ultrasensible en temps réel permet à ses clients (majors, producteurs, labels…) de suivre la courbe d’impact d’un artiste ou d’un titre par pays ou région, la durée moyenne d’écoute par tranche horaire, par canal de diffusion, repérer le frémissement d’une nouvelle star en devenir… bref scanner l’activité du marché.

Mais un marché de la musique qui rapporte, c’est un marché qui colle à ses consommateurs. Proposer à chacun des titres qui lui ressemblent, en fonction de son âge, son profil social, ses activités, son emploi du temps, l’endroit où il se trouve ou la météo … c’est le pari des plateforme d’écoute en ligne afin de gagner le plus d’auditeurs et offrir des espaces publicitaires très ciblés aux annonceurs.

fonction "data saver" activée sur une appli

 

Les oreilles sont un marché

Et pour attirer ces annonceurs, quoi de plus profitable que la masse gigantesque de données collectée par les grandes plate-forme de streaming ? Spotify, par exemple, qui revendique « 100 milliards d’évènements par jour depuis 10 ans » pour plus de 100 millions d’utilisateurs actifs. Le site vise à élaborer une connaissance « des habitudes musicales au niveau individuel », afin de « créer un niveau de personnalisation publicitaire sans précédent ». Et de fait, le logiciel suédois semble en connaître un rayon sur la vie musicale et la vie tout court des millenials ou des mamans… Il a même basé une campagne de pub dessus.

Car ici vibre le nerf de la guerre du streaming gratuit, encore majoritaire, et qu’il s’agit de monétiser. Ce sont les revenus publicitaires qui rémunèrent artistes et producteurs, en fonction du trafic qu’ils génèrent sur le site.
Et pour l’heure, aucun des grand acteurs n’est rentable : il s’agit d’abord de gagner la guerre de l’audience pour à terme amener les auditeurs vers des services ou des contenus payants (Pandora, Spotify, Deezer), ou dans des écosystèmes numériques rentables (Apple via Apple Music, Google via Youtube..) dont la musique serait la porte d’entrée.

 

logos reliés d'entreprises numériques

 

Musique prédictive ?

Mais au-delà de l’économie du streaming, les données en ligne sont un gisement de prospection pour les producteurs, la boule de cristal de l’industrie, le génie génétique du tube. Déjà, grâce à leurs données, Shazam et Spotify avaient prédit en 2013 la majorité des lauréats des Grammy Awards.

Mais plus encore, va-t-on bientôt créer les futurs hits en laboratoire ? Les essais de compositions à partir de données travaillées par l’intelligence artificielle, croisant musicologie, neurosciences et big data se multiplient, comme déjà rapporté dans l’Influx ici ou , ou plus récemment l’ambitieux projet MIDAS.

logo du projet MIDAS : "connecting music and big data"

Anticiper les envies, alimenter les tendances, piloter la découverte, connaître l’internaute mieux qu’il-elle ne se connaît, là sont les marges de croissance… Mais peut-on vraiment enfermer les oreilles dans une bulle de données, les rendre imperméables au hasard, aux amis, aux rencontres.. ?
Probablement pas.

Cette question devient pourtant publique, puisque la France et le Canada ont récemment signé une Déclaration sur la diversité culturelle et l’espace numérique qui vise la transparence dans la mise en œuvre des traitements algorithmiques (…) et la découvrabilité des contenus culturels numériques, notamment s’agissant de classement, de recommandations et d’accès aux contenus locaux.

 

Et les artistes ?

Face à des ventes d’albums ou de titres en berne, de nombreux artistes misent sur la scène et multiplient les tournées pour faire bouillir la marmite, parfois au risque de leur santé.

Mais là encore, le big data pourrait bien venir à leur aide, avec par exemple la plateforme Bandsintown qui propose à ses 42 millions d’inscrits des recommandations de concerts adaptées à leur goût et permet aux artistes de cibler les meilleurs lieux et dates. Un service que propose également Spotify, en plus d’aider les artistes à booster leur impact sur la plate-forme, gérer leur image en ligne, connaître leurs statistiques d’écoute et le profil de leurs fans, les agréger en communauté…

A moins qu’un nouveau génie ne trouve encore la recette imparable… 

Pour aller plus loin :

Les algorithmes de recommandation, nouvel or noir des services de streaming musical

AI-driven data could be the music industry’s best marketing instrument

Jusqu’où le Big Data peut-il révolutionner l’expérience musicale numérique ? 
(Théo Baraize, juin 2017, Mémoire de fin d’étude – Télécom Ecole de management)

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