A REDECOUVRIR

Allain Gaussin : Irisiation – Rituel (1993)

- temps de lecture approximatif de 1 minutes 1 min - par Département Musique

La musique de Gaussin parle au corps et sait se faire aussi subtile qu’éruptive. Elle travaille les sons comme le burin, le pinceau ou les lois de la physique travaillent la matière.

Irisation - Rituel
Irisation - Rituel

Paru en 1995 et couronné du Grand prix du disque Charles Cros, ce disque est la première monographie consacrée au compositeur Allain Gaussin (né en 1943).
Les 3 compositions rassemblées ici offrent une superbe introduction à sa musique, éminemment plastique et sensuelle.
Si on peut rapprocher son travail sur la matière sonore des productions du courant spectral, il s’en dégage néanmoins par un sens dramaturgique qui ne cède jamais à la dimension exploratoire de la musique. Scientifique de formation et passionné d’astronomie, Gaussin est aussi un alchimiste du rapport entre masse et parties, caractère qui le rapproche plus d’un Xenakis ou d’un Lévinas.

Véritable objet physico-musical,  Irisation-Rituel  procède de condensation en dispersion. L’orchestre traite les instruments et la voix comme des ondes, dont le frottement et l’agrégation produit un tissu de plus en plus dense et instable qui finit par éclater. Vrombissements et gerbes de son absorbent et répercutent le choc, avant de s’apaiser dans une lente remontée vers la lumière.

Arcane impose l’indépendance totale des deux mains du pianiste pour aboutir à une sorte de piano dédoublé, d’une stupéfiante élasticité. La complexité de la pièce –et l’interprétation virtuose de Jay Gottlieb- font naître un palais de cristal d’une frémissante ductilité.

Camaïeu enfin, pièce plus expérimentale et joliment datée, cherche les voies d’un continuum entre sons instrumentaux, électroniques et mixtes. Jouant sur la vitesse, la fréquence, et la densité du tissu sonore, Camaïeu a le charme de l’électronique vintage mais demeure une pièce très efficace, aussi picturale que cinétique.

Les pièces de Gaussin ont des airs de fragments cosmiques, où l’art savant de la combinaison semble puiser dans les états fondamentaux de la matière. Un deuxième disque paru en 2013, L’harmonie des sphères, achèvera d’en convaincre.

Voir le disque au catalogue de la BML.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *