L’étonnant Monsieur Kowalski : histoire d’un poète devenu un prix.

- Modifié le 15/03/2018 par Léa G

À l'occasion de la seconde édition du Magnifique Printemps, l'Influx met à l'honneur la poésie, avec le portrait de Roger Kowalski, poète intemporel et toujours méconnu, qui donna son nom à l'un des prix de poésie les plus prestigieux de France. Retour sur une vie, une œuvre, et sa postérité.

© DR - Roger Kowalski "Portrait au noeud papillon"

Mais qui était Roger Kowalski ?

On ne sait que peu de choses à propos de Roger Kowalski, poète dont l’œuvre ne fut que tardivement révélée à un plus large public, mais qui déjà de son vivant, avait conquis le cercle plus restreint d’un petit monde de conscrits.

C’est avec la création en 1984 du prix de poésie de la ville de Lyon portant son nom puis la parution de ses œuvres complètes au Cherche midi en 2000 que le poète obtient, à titre posthume, ses galons d’or littéraires.

Il est désormais reconnu comme une figure incontournable de la poésie du XXème siècle, auréolé, pourtant, d’une grande part de mystère…

 

Un parcours de vie atypique.

 

Et mystérieux, il le demeure à juste titre, puisque les rares éléments qui jalonnent sa biographie telle qu’elle nous est parvenue, nous offrent un portrait haut en couleur du poète :

Né en 1934 à Lyon, d’un père polonais et d’une mère allemande, Roger Kowalski tient de ses origines un profil déjà plus que multiculturel, ajoutant à cela un goût pour l’art sous toutes ses formes, qu’il cultivera grâce à un parcours scolaire varié, de ses études classiques chez les jésuites à ses cours de chant, en passant par le Conservatoire d’Art dramatique où il fut élève un temps.

Par la suite, il fait son service militaire en Algérie avant de revenir à Lyon, sa ville de cœur, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa mort en 1975.

Artiste et poète dans l’âme, il exerce pourtant nombre de métiers insolites, lui proférant un parcours de vie en dehors des sentiers battus : tour à tour enseignant de Lettres, vendeur de filés de coton puis régisseur d’immeubles onze années durant, c’est en 1974 seulement, que Roger Kowalski ouvre sa galerie d’Art avec sa femme Colette –la Galerie K-,  avant qu’il ne meure prématurément à l’âge de 41 ans, des suites d’une maladie cardiaque.

Bon vivant, un tantinet dandy, aimant la vie, les mots, le bon vin, le whisky, on connaît peu sa vie intime ; c’est dans son œuvre et au gré de ses poèmes que nous apparaît l’homme derrière le poète, laissant planer le mystère sur son existence, lui qui préférait au réel un monde onirique et radieux.

 

Une œuvre poétique singulière.

 

calligraphies de Paul Cendron reprenant des poèmes de Roger Kowalski

© Paquita L-A – Calligraphies de Paul Cendron extraites du catalogue d’exposition « Roger Kowalski » de la BM de Lyon, 1985.

L’héritage poétique dont nous fait part Roger Kowalski fut bref, – sept recueils dont un posthume parus entre 1960 et 1976 – mais florissant.

Ses admirateurs et critiques saluent une poésie singulière mêlant l’onirique lumineux à une part plus sombre, empreinte de réel et de cruauté.

La forme brève adoptée par Kowalski, sa prose moderne, sont d’autant plus saisissantes qu’elles croisent des images fortes, de tout temps : au détour de ses poèmes se croisent avec subtilité les éléments, la faune et la flore, les saisons, les corps et les voix, formant un Tout remarquable et singulier.

Un univers entre le rêve et la réalité, incisif, qui inscrit Roger Kowalski dans une filiation poétique prestigieuse, en le comparant à son contemporain Saint John Perse ou en le proclamant descendance directe d’un Nerval ou d’un Rilke.

 

Bibliographie de Roger Kowalski:

  •  Le Silenciaire, Guy Chambelland, 1960.
  • La Pierre milliaire, Les chaiers de la Licorne, 1961.
  • Augurales, L.E.O., 1964.
  • Le Ban, Guy Chambelland, 1964.
  • Les Hautes erres, Seghers, 1966.
  • Sommeils,  Grasset, 1968.
  • À l’oiseau à la miséricorde, Guy Chambelland, 1976.

 

 

gravure et extrait d'un poème autour de la rose

© Paquita L-A- Gravure de Paul Hickin extraite du catalogue d’exposition « Roger Kowalski » de la BM de Lyon, 1985.

 

 

Prix Kowalski

Du poète Roger Kowalski, est né le prix.

 

Le prix Kowalski en quelques mots :

 

Le prix, du nom de cet illustre poète, a été créé par la municipalité de Lyon en 1984 pour récompenser un ouvrage et valoriser des auteurs contemporains. C’est l’un des plus importants prix de poésie actuels, doté de 7500€. Attribué chaque année à un livre de poésie d’un poète vivant publié entre le 1er octobre de l’année précédente et le 1er octobre de l’année en cours, cette distinction est remise au cours des manifestations nationales du Printemps des Poètes, plus précisément lors du Magnifique Printemps sur la métropole lyonnaise. Le jury est constitué de poètes et de critiques qui établissent une sélection et délibèrent sous la présidence de l’adjoint à la culture de la ville de Lyon.

Ces dernières années, le prix a fait des émules en donnant naissance à deux nouvelles récompenses poétiques : le prix René Leynaud suivi du prix Kowalski des lycéens.

bandeau du prix kowalski

© Léa G – bandeau du prix de poésie de la ville de Lyon

 

  • Alors que le prix Kowalski récompense une œuvre majeure de la poésie contemporaine, le prix René Leynaud, créé en 2014 par l’Espace Pandora à l’occasion du 70e anniversaire de la mort du poète, met en lumière une œuvre émergente de la création poétique francophone.
  • En 2016, cinq classes de lycées de l’Académie s’emparent de la sélection pour décerner un Prix Kowalski des lycéens au recueil de leur choix. Comme pour le Goncourt des lycéens, jury et élèves lisent les mêmes recueils et mettent en résonance leur passion de la poésie. Le prix est remis en mains propres au lauréat en présence de toutes les classes qui proposent une mise en voix de quelques poèmes.

 

Le Prix Kowalski en quelques noms :

 

De grands noms de la poésie contemporaine ont été ainsi honorés par cette récompense, parmi lesquels Patrick Dubost, Jean-Yves Masson, Franck Venaille, Marie-Claire Bancquart, William Cliff, Jean-Claude Pirotte, Yves Bonnefoy, Jacques Réda, Patrick Laupin, Jean Joubert ou encore François Boddaert, qui l’emporte en 2016 avec son recueil Bataille.

 

couverture du recueil de poésie de Jean-Michel Maulpoix

L’Hirondelle rouge, Mercure de France, 2017.

En 2017, C’est Jean-Michel Maulpoix qui se voit attribuer le prix pour son ouvrage L’hirondelle rouge, paru aux éditions Mercure de France.

Poète et critique littéraire français, agrégé de Lettres Modernes, il enseigne à L’Université Paris Sorbonne et dirige par ailleurs la revue numérique Le Nouveau recueil, dédiée à la littérature et son étude critique.

Avec son dernier recueil, L’hirondelle rouge, Jean-Michel Maulpoix nous propose une évocation du deuil, dans un ensemble de textes courts en prose, honorant ses parents disparus.

Avec pudeur et justesse, Jean-Michel Maulpoix nous livre un récit touchant, qui a d’universel le thème de la perte d’un être cher, mais d’inimitable son ton particulier, sorte de « lyrisme critique » dont il se revendique bien volontiers.

 

Un nouveau lauréat à la hauteur du nom de Roger Kowalski donc, comme les autres avant lui, et sans nul doute comme ceux qui prendront sa suite…!

 

 

 

Pour aller plus loin :

 

Découvrez l’agenda des manifestations du Printemps des poètes et du Magnifique Printemps durant le mois de Mars 2018.

bibliographie sélective autour de l’article :

 

couverture des ouvrages proposés en bibliographie sélective autour de l'article

 

 

 

 

 

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