L’innovation en Rhône-Alpes au temps de la Grande Guerre (1914-1918) 2/2

- temps de lecture approximatif de 16 minutes 16 min - Modifié le 17/06/2016 par FGrignoux

Rhône-Alpes, une région de l'Arrière : des innovations pour soutenir l'Etat en guerre. La Bibliothèque municipale de Lyon programme du 5 novembre 2013 au 1er mars 2014 une série d'évènements qui parlent des révolutions industrielles en Rhône-Alpes à travers les domaines des pôles de compétitivité : le textile (Techtera), la chimie (Axelera), la plasturgie (Plastipolis), l'automobile et les transports (Lyon Urban Trucks and Bus), les biotechnologies (Lyonbiopôle), et l'image-cinéma (Imaginove). Expositions et rencontres sont regroupées sous le label Une Fabrique de l'innovation. Cette manifestation n'intervient qu'à quelques mois des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale. C'est pourquoi nous vous proposons d'établir un pont entre ces deux actualités majeures de la Bibliothèque à travers un double Point d'Actu, consacré à l'innovation en Rhône-Alpes au cours de la période 1914-1918. La première partie s'intéresse au développement d'une industrie spécialisée capable de répondre aux besoins matériels de l'armée. La deuxième partie revient sur les innovations connexes permettant de soutenir l'Etat en guerre dans les domaines de l'énergie, des télécommunications et de la médecine.

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Rhône-Alpes, une région de l’Arrière : des innovations pour soutenir l’Etat en guerre.

La Bibliothèque municipale de Lyon programme du 5 novembre 2013 au 1er mars 2014 une série d’évènements qui parlent des révolutions industrielles en Rhône-Alpes à travers les domaines des pôles de compétitivité : le textile (Techtera), la chimie (Axelera), la plasturgie (Plastipolis), l’automobile et les transports (Lyon Urban Trucks and Bus), les biotechnologies (Lyonbiopôle), et l’image-cinéma (Imaginove). Expositions et rencontres sont regroupées sous le label Une Fabrique de l’innovation.

Cette manifestation n’intervient qu’à quelques mois des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale. C’est pourquoi nous vous proposons d’établir un pont entre ces deux actualités majeures de la Bibliothèque à travers un double Point d’Actu, consacré à l’innovation en Rhône-Alpes au cours de la période 1914-1918.

La première partie s’intéresse au développement d’une industrie spécialisée capable de répondre aux besoins matériels de l’armée. La deuxième partie revient sur les innovations connexes permettant de soutenir l’Etat en guerre dans les domaines de l’énergie, des télécommunications et de la médecine.

L’une des grandes conséquences de la Première Guerre Mondiale sur la région Rhône-Alpes réside dans le rythme frénétique de production imposée aux industries, dans des secteurs précis directement liés à l’armement et l’équipement matériel de l’armée.
Toutefois, le conflit fait également naître d’autres besoins tout aussi pressants auxquels la région sera amenée à répondre.

Sommaire :

1. L’énergie

2. Les télécommunications

3. La médecine
- Les blessures du visage
- Le traitement des plaies
- Le traitement des fractures
- La radiologie
- La circulation de l’information scientifique

4. Conclusion

21. Le développement de l’énergie électrique 2

La pénurie de charbon entraînée par l’occupation du nord de la France crée dès le début de la guerre un nouveau besoin en énergie, afin de soutenir les industries qui peinent à répondre aux besoins de l’armée. Le contexte est donc idéal pour le déploiement d’installations électriques, d’autant plus qu’il s’agit d’un secteur où les ingénieurs français sont réputés. Déjà lancée dans cette dynamique avant la guerre, la région Rhône-Alpes met rapidement à profit le potentiel de ses fleuves et de ses montagnes. Les équipements hydroélectriques se multiplient ; entre 1916 et 1918, plusieurs grands complexes sont construits tels que Beaumont-Monteux sur l’Isère et Pont-de-Claix sur le Drac, tandis que la Société Lyonnaise des Forces Motrices du Rhône modernise la centrale de Cusset. Le raccordement des usines qui travaillent pour l’armée aux réseaux de distribution électriques est accéléré, leur donnant accès à cette nouvelle force motrice.

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Canal de Jonage : pont de chemin de fer et usine hydroélectrique de Cusset (début XXe siècle) – source : Bibliothèque Municipale de Lyon.

L’électricité devient rapidement un secteur stratégique pour des entreprises à la recherche d’un nouvel équilibre. Plusieurs sociétés se réorganisent afin d’augmenter la part de cette énergie dans leurs activités. C’est par exemple le cas de la très influente Société Générale d’Entreprises (SGE) qui s’adapte à l’économie de guerre en passant du transport à la construction d’entreprises d’armement et d’installations hydroélectriques : son attention est particulièrement attirée par l’aménagement des chutes de la Basse Isère et de la Drac-Romanche. On peut également citer la Société lyonnaise des Eaux et de l’Eclairage (SLEE), qui, après avoir subit de grandes difficultés au début de la guerre, accorde une place de plus en plus importante à l’électricité.
De même, les principaux groupes électriques tirent profit de cette tendance pour augmenter leurs profits et se moderniser : la compagnie française Thomson-Houston ouvre une usine au Parc des expositions de Lyon et fusionne avec l’Eclairage Electrique de Lyon en juin 1918, doublant ainsi sa capacité de production.

Contrairement à d’autres secteurs que le conflit a pu considérablement freiner comme le textile, les entreprises de production, distribution et transport d’électricité de la région ont au contraire profité des nouvelles opportunités offertes par la pénurie d’une matière première essentielle.

Pour en savoir plus

Barjot, D., « Entreprises et entrepreneurs face à l’effort de guerre : électricité et travaux publics », dans D. Barjot (dir.), Deux guerres totales, 1914-1918, 1939-1945. La mobilisation de la Nation , 2012.

Laferrère, M., Lyon ville industrielle. Essai d’une géographie urbaine des techniques et des entreprises , 1960.

22. Les télécommunications 2

Au moment où éclate la Première Guerre Mondiale, les technologies de communication sont en plein essor. Le téléphone, né quelques décennies plus tôt aux Etats-Unis, se diffuse dans le pays et devient rapidement un outil essentiel pour l’armée à partir du moment où les troupes s’enterrent dans les tranchées. La Manufacture de Saint Etienne équipe ces dernières en produisant des appareils téléphoniques de campagne. Ceux-ci se présentent sous la forme de volumineux boîtiers en bois qui protègent le complexe appareil.

C’est aussi le moment où la Télégraphie Sans Fil (TSF) prend son essor, notamment grâce aux travaux du savant italien Guglielmo Marconi.
Gustave Ferrié, polytechnicien né à Saint-Michel-de-Maurienne, est chargé au début du XXe siècle par le ministère de la guerre d’en développer les applications militaires. Après avoir perfectionné la technique, Ferrié supervise en 1903 l’installation d’une antenne au sommet de la Tour Eiffel. En 1914, elle est suffisamment performante pour entrer en communication avec la Russie. Lorsque la guerre est déclarée et que Paris est menacée, Ferrié suggère l’installation d’un autre émetteur à Lyon. Celui-ci voit le jour sur le terrain militaire de la Doua, à Villeurbanne et entre en action le 29 septembre 1914. Il s’agit d’une installation impressionnante, constituée de 8 pylônes de 120 mètres maintenus par 13 câbles de 750 mètres : elle permet de communiquer avec la Russie et la Serbie, alors alliés de la France. A la fin de la guerre, des améliorations sont apportées, rendant possible la liaison avec l’Amérique.

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Station de la Doua, relais radiotélégraphique et radiotéléphonique : puits filtrants de la Feyssine (ca. 1930) – source : Bibliothèque Municipale de Lyon.

Pour en savoir plus

« La région et les télécommunications en 14/18 » , Musée d’Histoire Militaire de Lyon et de la région Rhône-Alpes.

Lescel, F., Lyon et sa région dans la Grande Guerre , 2008.

Les téléphones de campagne de l’armée française (1909-1939)

23. Les avancées de la médecine 2

Les services de santé s’organisent rapidement entre les ambulanciers et médecins présents sur le front, les hôpitaux de campagne chargés de parer aux traitements les plus urgents, et les hôpitaux de l’Arrière, qui reçoivent des malades et des blessés en voie de convalescence ou présentant des symptômes particuliers et délicats à soigner.
La région Rhône-Alpes accueille de nombreux malades tout au long du conflit. Lyon plus particulièrement, qui se trouve sur l’axe d’évacuation privilégié des chemins de fer, ouvre un grand nombre d’hôpitaux annexes et devient en 1918 le deuxième centre de traitement de blessés de l’Arrière, après Paris.

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Ancienne gare de Vaise : infirmerie de gare n°23, Lyon-Vaise – source : Bibliothèque Municipale de Lyon.
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Groupe d’infirmières et de militaires pendant la Guerre de 1914-1918, à l’hôpital militaire no. 5 bis à Lyon – source : Bibliothèque Municipale de Lyon.

Les médecins sont rapidement confrontés aux conséquences d’une guerre qui pour la première fois fait massivement appel à l’artillerie. Ils pensaient au début qu’ils auraient principalement affaire à des blessures nettes, causées par des armes blanches ou des balles d’armes à feu, relativement faciles à soigner. Les tirs d’obus, de mortiers ou de mitrailleuses seront pourtant les causes les plus courantes de lésions, provoquant des dommages inédits à grande échelle et obligeant le personnel médical à réinventer ses méthodes de travail.

[actu]3.1. Les blessures du visage [actu]

L’une des grandes nouveautés du conflit réside dans le nombre et la diversité des blessures au visage, facilement atteint par des éclats d’obus. Les chirurgiens de l’Arrière sont alors contraints de développer de nouvelles méthodes de soin pour reconstruire les traits de ces milliers de « Gueules Cassées », et des centres de chirurgie réparatrice maxillo-faciale se développent dès septembre 1914. La ville de Lyon fait partie des pionniers, et s’impose rapidement comme une référence en la matière grâce aux travaux du chirurgien-dentiste Albéric Pont (1870-1960). Le centre qu’il dirige se situe quai Jaÿr dans le 9e arrondissement. L’Ecole dentaire est quant à elle réquisitionnée pour appareiller les édentés et pour fabriquer des prothèses maxillo-faciales.

Albéric Pont se fait plus particulièrement connaître en développant des prothèses destinées à dissimuler des mutilations souvent extrêmement dures à supporter, aussi bien pour le patient qui en retire une souffrance à la fois physique et psychologique, que pour ses proches. Voici l’exemple d’un cas que le Dr Pont présente dans un article :


« Blessé très grièvement par l’explosion d’un caisson de poudre qui lui occasionna de très graves brûlures de la face (perte du lobule du nez, du pavillon des deux oreilles, destruction du cuir chevelu, des lèvres, des paupières et perte de vue), son aspect était atroce. »
(Cité dans S. Delaporte, Gueules Cassées, Les blessés de la face de la Grande Guerre, 2001, p.118)

Ce malheureux est arrivé à Lyon complètement cicatrisé ; Albéric Pont lui fabrique alors une prothèse nasale, des oreilles en pâte plastique ainsi qu’une perruque pour tenter d’atténuer l’horreur que ses blessures inspirent. Le résultat, on s’en doute, devait peiner malgré tout à complètement atteindre son but.
Ce type de prothèses, censées être portées définitivement, intervient surtout lorsque la chirurgie reconstructrice a échoué. Elles présentent néanmoins de nombreux inconvénients : les matériaux utilisés pour se rapprocher des teintes du visage sont fragiles – la prothèse doit être refaite chaque jour – et provoquent de graves irritations de la peau.
L’une des parties du visage ayant le plus souvent fait l’objet de prothèses est le nez ; de nombreux soldats ayant perdu cet appendice sont pourvus d’un nez postiche muni de deux élastiques. Là encore, il s’agit plus d’atténuer que véritablement remédier aux réactions suscitées par la mutilation.

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Prothèse à destination des Gueules Cassées (Historial de la Grande Guerre) – source : Yannick Vernet (Flickr)

Des prothèses temporaires sont également créées, afin de remplir un rôle davantage fonctionnel pour permettre aux grands blessés de répondre à leurs besoins immédiats et de guider l’évolution de la lésion.

Parmi les nombreuses blessures du visage, celles de la mâchoire, particulièrement handicapantes, s’avèrent malheureusement les plus fréquentes. Albéric Pont développe plusieurs appareils destinés à les stabiliser. En 1915, il met également au point une trousse d’urgence servant à immobiliser immédiatement les mâchoires fracturées, dès la prise en charge du blessé sur le front.
Des méthodes sont également mises en œuvre pour permettre à ces blessés de s’alimenter, grâce à des sondes ou via un régime alimentaire sous forme liquide.

Les chirurgiens s’intéressent aux méthodes de greffe pour remédier aux mutilations et plus spécifiquement aux problèmes de consolidation osseuse de la mâchoire. Ils tâtonnent beaucoup (allant jusqu’à tenter la pose de greffons cartilagineux d’origine animale), expérimentent les nombreuses difficultés de ce procédé. La technique qui rencontre finalement un certain succès est issue des travaux du chirurgien lyonnais Ollier à la fin du XIXe siècle ; elle consiste dans l’utilisation de fragments du périoste (membrane fibreuse entourant l’os) comme greffon.

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Greffe ostéopériostique (avant) – source : BIU santé.
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Greffe ostéopériostique (après) – source : BIU santé.

Le soin des mutilations de la chair fait également l’objet de recherches poussées. La chirurgie plastique est pratiquée pour reconstruire le visage des blessés : des méthodes connues depuis longtemps de greffe et d’autoplastie (greffe à partir de son propre corps) sont utilisées. La rhinoplastie (reconstruction du nez) connaît alors son heure de gloire. Des médecins s’essaient à de nouvelles techniques, variant la localisation des lambeaux de peau prélevés pour se rapprocher le plus possible de la structure du visage. Toutefois, au vu de l’ampleur des mutilations subies par bon nombre de soldats, le recours à la greffe n’a souvent fait qu’atténuer l’étendue du dommage, et dans bien des cas, s’est révélée impuissante à apporter un réel soulagement.

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Greffe « Dufourmentel » (1) – source : BIU santé.
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Greffe « Dufourmentel » (2) – source : BIU santé.
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Greffe « Dufourmentel » (3) – source : BIU santé.

[actu]3.2. Le traitement des plaies [actu]

Dès le début du conflit, plusieurs médecins étudient minutieusement ce qu’ils appellent les « plaies de guerre », notamment les processus d’infection et de gangrène, mais aussi de cicatrisation. On pensait auparavant qu’il suffisait de poser un pansement sur la plaie et d’envoyer le blessé à l’Arrière pour qu’il y reçoive des soins plus poussés. La prise de conscience des agents infectieux et de l’importance de l’hygiène dès les premières heures entraîne rapidement une codification des premiers soins à apporter.
Parmi les nombreux travaux qui découlent de ces observations, on peut citer ceux d’un médecin lyonnais réputé, Alexis Carrel, en poste dans des hôpitaux proches du front. Il met au point une technique destinée à contrôler les infections : elle consiste en l’irrigation prolongée des plaies avec une solution à base d’hypochlorite (dénommée d’après son inventeur « liquide de Daukin »), considérée comme un formidable désinfectant.
Ces avancées directement issues de l’observation réalisée près du terrain des opérations se diffusent rapidement dans les établissements de l’Arrière. Ainsi, à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Lyon, « un dispositif ingénieux (l’une des dernières découvertes) extrayait le pus des plaies et évitait aux patients la fatigue consécutive à trop de pansements » (Cité dans Crose, A., Les hospices civils de Lyon de 1900 à 1925, p. 132).
Carrel est également réputé pour ses travaux en chirurgie vasculaire sur les sutures de vaisseaux sanguins et sa grande habileté à réaliser de telles opérations. Il en fut d’ailleurs récompensé par un prix Nobel en 1912.

L’aîné des deux frères Lumière, Auguste, qui outre sa passion commune avec son cadet pour les photographies et les films, s’intéresse de près à la médecine, participe activement à ces recherches : avec ses collègues, il découvre les propriétés du persulfate de soude comme antidouleur, complète les travaux de Carrel sur la cicatrisation des plaies cutanées et développe un nouveau type de pansement imbibé de vaseline et nommé « tulle gras ».

[actu]3.3. Le traitement des fractures [actu]

Dans ce domaine aussi, les médecins furent contraints d’innover afin de traiter plus efficacement les blessés. Le traitement des fractures est progressivement codifié au cours de la guerre, surtout à partir de 1917 après la tenue de conférences interalliées.
Les attelles et les gouttières sont couramment utilisées au cours des premiers soins, de même que des appareils provisoires. Les blessés sont ensuite envoyés dans les hôpitaux de l’Arrière, où le traitement consiste en une immobilisation plâtrée, l’usage d’appareils à extension continue et à traction-suspension. Une phase de rééducation plus ou moins longue clôt le traitement.
Les médecins font preuve d’une imagination débordante dans la conception d’instruments d’immobilisation, et de nombreux modèles adaptés à tel ou tel membre voient le jour. A Lyon, le docteur Léon Bérard (en charge de l’Hôtel-Dieu et plus tard rendu célèbre comme pionnier de la cancérologie) créé un appareil pour immobiliser le membre supérieur.

[actu]3.4. La radiologie [actu]

Il s’agit d’une technique alors récente puisque les rayons X n’ont été découverts qu’en 1895 par le physicien allemand Wilhelm Röntgen. La Première Guerre Mondiale permet l’essor de leur application médicale, que ce soit directement sur le front, grâce à des unités mobiles créées par la célèbre Marie Curie, ou dans les hôpitaux de l’Arrière dotés des équipements nécessaires.
L’Hôtel-Dieu de Lyon en fait partie ; un témoin rapporte que « des tables de radioscopie diminuaient le nombre des occasions d’erreur, en permettant de préciser les origines des blessures. » (Cité dans Crose, A., Les hospices civils de Lyon de 1900 à 1925, p. 132.)
Plus tard, l’hôpital se dote d’un service complet de radiographie, que les frères Lumière équipent à leurs frais pour tout ce qui relève de leur domaine de prédilection, à savoir l’image ; ils financent ainsi quelques 18 000 radios. Déjà fortement impliqué dans l’activité de l’établissement, Auguste Lumière est nommé directeur de ce service à titre bénévole, et fournit aux étudiants de chirurgie des plaques autochromes.

[actu]3.5. La circulation de l’information scientifique [actu]

Tous ces exemples démontrent la grande facilité avec laquelle circulent les informations au sein de la communauté de médecins pendant la Première Guerre Mondiale. Plusieurs revues spécialisées continuent en effet à être éditées tout au long du conflit, et permettent le maintien d’un dialogue constant entre les praticiens, qui confrontent leurs expériences et leurs points de vue. Les innovations médicales ne demeurent ainsi jamais circonscrites à un territoire précis, et sont susceptibles d’être rapidement appropriées par tout professionnel qui en aurait besoin. Les hôpitaux de l’Arrière de la région Rhône-Alpes bénéficient ainsi pleinement de ces échanges fructueux.

Pour en savoir plus

Exposition virtuelle sur les Gueules Cassées (BIU santé Paris Descartes)

Site web Découvrir la Grande Guerre :
- « Les progrès de la chirurgie »
- « Les progrès de la médecine »

Delaporte, S., Gueules Cassées, Les blessés de la face de la Grande Guerre , 2001.

Delaporte, S., Les médecins dans la Grande Guerre, 1914-1918 , 2003.

« Les hôpitaux complémentaires pendant la Grande Guerre », Musée d’Histoire Militaire de Lyon et de la région Rhône-Alpes, 2012.

Autrans, S., « Les inventions et innovations majeures des Lumière », Millénaire3, février 2008.

Larcan, A., Ferrandis, JJ, Le service de santé aux armées pendant la première guerre mondiale , 2008.

Crose, A., Cigalier, D., Les Hospices Civils de Lyon de 1900 à 1925. Leur œuvre pendant la guerre , 1927.

2Conclusion2

Pour conclure ce double Point d’Actu consacré à l’innovation en Rhône-Alpes pendant la période 1914-1918, il apparaît que les liens qui unissent la Première Guerre Mondiale à ce processus complexe sont plus subtils qu’un simple rapport de causalité. La région paraît en effet avoir moins joué le rôle d’une matrice que d’un immense catalyseur :
- des innovations récentes dans des domaines aussi variés que les transports, l’énergie, l’armement ou encore la médecine ;
- des innovations nées véritablement de la guerre à la fois en France mais aussi à l’étranger.

Les logiques perceptibles ici démontrent que ces processus ont profité des conditions très particulières instaurées par l’état de guerre en Rhône-Alpes : la concentration soudaine d’entreprises, de main d’œuvre et de savoir-faire combinée aux incessants besoins de l’armée obligeant les industries régionales à complètement repenser leur mode de fonctionnement ont accéléré à des rythmes parfois intenses le développement de procédés industriels, techniques ou productifs innovants.

Ce phénomène est en outre accentué par la grande mobilité d’un certain nombre d’innovations, qui, même en temps de guerre, parviennent à se diffuser grâce notamment au maintien d’une communication internationale via des publications spécialisées.

Pour conclure, on peut remarquer comme nous l’y invitent les auteurs de l’ Atlas de l’aventure industrielle de l’agglomération lyonnaise que la carte actuelle des pôles de compétitivité présente de grandes ressemblances avec les orientations industrielles lyonnaises de la Grande Guerre. Ce conflit semble donc être malgré tout à l’origine d’une innovation essentielle pour la région, la spécialisation économique durable de territoires qui participent encore aujourd’hui à la vitalité de l’industrie rhônalpine.

Documentation régionale, 2014

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