Opéra

Opéra-bouffe

- temps de lecture approximatif de 8 minutes 8 min - Modifié le 22/09/2016 par Département Musique

L'opéra est, principalement, un entremets au chocolat et au café et, accessoirement, un endroit cher et habillé avec des grosses dames qui crient. Mais vous ne voyez pas le rapport ? C'est qu'il est souvent question - on se demande bien pourquoi - de manger à l'opéra. Et plus encore à l'opérette, qui est un genre bouffe.

La Finta Giardiniera, l’opéra bouffe de Mozart / Vincent Boussard
La Finta Giardiniera, l’opéra bouffe de Mozart / Vincent Boussard

 


gateau opera

Vous googlerez aisément de doctes explications et savantes didascalies sur le « rapport » ou « le » rapport, c’est selon : avec la choucroute, l’oralité, Offenbach, l’origine de la pêche Melba et du tournedos Rossini.
Mais laissons aux gens habilités, qui sont (bien) payés pour, le soin d’interpréter : dans les livres, à la scène ou au cabinet (on se comprend). Nous nous bornerons ici à tenter de vous divertir un moment en vous proposant quelques références et extraits musicaux, rapport à cette donc fameuse ripaille lyrique. Et y a comme qui dirait du pain sur les planches.

L’opéra seria, lui, justement, ne mange guère de ce pain là, les plaisirs de la bouche étant chose prosaïque et volontiers passée sous silence. Et pis parait qu’on joue pas avec la nourriture. Cependant s’il est de mauvais goût de bâffrer ouvertement à l’opéra, l’on y reçoit, festoie et banquète … avec distinction et retenue.

Pour une mangeaille assumée et décomplexée, il faudra évidemment tourner ses regards du côté de l’opéra plus léger, de giocoso à comique, puis carrément « bouffe ». Et entre l’opéra dit « comique » et l’opérette la différence est pour sûr aussi mince qu’un sandwich SNCF.

A l’opéra

- DON GIOVANNI, dramma giocoso en deux actes de W.A. Mozart.

Au palais de Don Giovanni la fête bat son plein, la table est dressée, (finale « Gia la mensa è preparata ». Leporello qui tente de soustraire un morceau aux plats somptueux que dévore son maître se fait brutalement rappeler à l’ordre.

 

- MACBETH, opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi.
Une salle de banquet du palais de Macbeth. Une réception est donnée et les convives sont joyeux. Lady Macbeth met tout le monde de bonne humeur (Si colmi il calice), jusqu’à ce que son mari, assailli par ses remords, voie apparaître à lui le spectre de Banquo.

 

- NIXON IN CHINA, composé entre 1985 et 1987, est un opéra de John Adams. Le thème est la visite de Richard Nixon en Chine en 1972, où il rencontra Mao Zedong et d’autres officiels chinois. Durant la première nuit de la visite, un grand banquet pour la délégation américaine est tenu dans le « Grand Hall du Peuple ». Les hommes politiques protagonistes se détendent peu à peu à mesure que bonne chère et boissons fortes font leur effet …

 

- HÄNSEL UND GRETEL, opéra de Engelbert Humperdinck, d’après un conte des frères Grimm. Deux enfants très pauvres qui vivent avec leurs parents dans une humble chaumière, sont envoyés cueillir des fraises dans la forêt. Ils se perdent et finissent par trouver une maison faite de pain d’épices habitée par une sorcière. Celle-ci les capture pour les transformer en pain d’épices, mais les enfants se montrent plus malins que la sorcière, qu’ils finissent par pousser dans son propre four. Il n’est question dans cet opéra pour enfants (?) que de croquer et avaler : les pauvres gosses meurent de faim, la sorcière, elle même anthropophage, gave les enfants de sucreries pour les engraisser avant de les dévorer, la maison est comestible … Cette fable est pain béni pour les metteurs en scène et décorateurs en proie à leurs inspirations culinaires.

 

- L’ITALIENA IN ALGERI (L’italienne à Alger) / dramma giocoso en deux actes de Gioacchino Rossini. L’histoire est celle d’Isabella, une Italienne partie en Algérie pour rendre la liberté à son amant, Lindoro, qui est devenu esclave d’un homme de grande importance dans le pays, le bey Mustafa. Celui succombe aux charmes de la belle Italienne. Cette dernière propose à Mustafà de lui décerner le titre de « pappataci » (littéralement, « mange et tais-toi »). Mustafà est intronisé « pappataci » au cours d’une cérémonie bouffonne : il prête serment de manger, boire, ne rien voir et se taire. Là encore l’occasion est belle de scénariser de théâtrales agapes .

 

- LA COLOMBE est un opéra-comique en deux actes de Charles Gounod, d’après La Fontaine. L’oeuvre est un peu simplette, mais la musique en est fort goûteuse. Horace possède une colombe qu’il chérit, cependant  l’oiseau est convoité, subtilisé et, horreur ! va être servi comme pièce de résistance. Maître Jean s’est porté volontaire pour préparer le repas et chante l’art culinaire (air : « Le grand art de cuisine »). Horace et Mazet mettent la table et décident de tuer l’oiseau (duo : « Il faut d’abord dresser la table »). On sert au dîner un oiseau rôti au goût bizarre, horreur ! (bis), la colombe ! On apprend par la suite – ouf ! – que l’on a substitué au cher volatile un vulgaire perroquet. Que d’émotions …

A l’opérette

- OFFENBACH AU MENU par le Quatuor Gastronomique.
Un récital digne d’un repas de première communion. A quatre voix facétieuses, à partir d’extraits d’oeuvres d’Offenbach : chanson à boire de Croquefer, couplets du thé et rondo du pâté de Geneviève de Brabant, ronde de la soupe au chou des Bergers, quintette de la truffe du Fifre enchanté, etc…

 

- MESDAMES DE LA HALLE, opérette-bouffe de Jacques Offenbach (1857). L’action (une succession bouffonne de coq à l’âne et quiproquos à base d’intrigues amoureuses) se situe à Paris, Marché des Innocents, sous le règne de Louis XV. Au début de l’oeuvre les dames entre guillemets (un peu couillues, ce sont en réalité des rôles travestis masculins) vantent leurs victuailles.
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Les noms de ces vendeuses, poissardes et gouailleuses à souhait, sont à eux seuls un attrayant menu : « Mme Beurrefondu, marchande de beurre et de légumes – Mme Madon, marchande de poissons et de légumes – Mlle Poire tapée, marchande des 4 saisons …

L’Opéra de Lyon nous régala d’une production très colorée et très appétissante au Théâtre de la Croix- Rousse en 2012.

 

 

 

- LES BRIGANDS d’Offenbach.
A l’acte II, dans une auberge à la frontière « italo-espagnole » (sic !) à mi-chemin entre Grenade et Mantoue.
Pipo et ses marmitons s’affairent car ils attendent les ambassades qui doivent se rencontrer dans son auberge.

 

- Dans POMME D’API, opérette d’Offenbach assez portée sur la nourriture, on expose – entre autres – l’art d’accomoder les côtelettes :

 

- TROMB-AL-CAZAR ou les criminels dramatiques. Créée aux Bouffes Parisiens en 1856, cette opérette d’Offenbach tourne en dérision les grandes machines dramatico-historiques de Hugo, de Dumas père et de toute cette école de grandiloquence, typique du drame romantique. En réalité, personne n’est ce qu’il semble être.

« Le trio du Jambon de Bayonne » est interprété ici avec verve par Chanson + Bifluorée.

 

- LE DR MIRACLE, opérette de jeunesse de Georges Bizet.
Silvio, jeune capitaine et Laurette, fille du podestat de Padoue sont amoureux. Le père de la jeune fille s’opposant à leur mariage, le beau militaire s’introduit dans la maison sous le déguisement d’un nouveau serviteur, Pasquin. Chargé de préparer les repas, il présente une omelette qui se révélera immangeable. Voici l’omelette :

 

- LES SALTIMBANQUES est une opérette en trois actes de Louis Ganne, créée en 1899 au Théâtre de la Gaîté à Paris. C’est un triomphe et la centième représentation est très vite atteinte. On a comparé l’histoire de cette enfant trouvée recueillie par un groupe d’artiste d’un cirque ambulant à l’opéra Mignon d’Ambroise Thomas.
En voici un extrait : Choeur « Auprès de la marmite »

 

Quelques recettes

Quittons à présent la scène, pour terminer avec quelques recettes de cuisine en musique,  ou de musique en cuisine, pour la bonne bouche.

- Compositeur lyonnais (1890 – 1980), pianiste, pédagogue et directeur du Conservatoire de Lyon, Ennemond Trillat fut grand amateur de toutes les musiques, de Scarlatti à Debussy. Brillant conférencier, passionné par le genre du récital-conférence, où ses talents oratoires font merveille, il compose de nombreuses œuvres vocales dont les 4 recettes chantées : Beignets à la romaine, Le Canut, ses bugnes et la ficelle à deux sous, Tartine anglaise et Porc à l’espagnole
Ses archives sont conservées à la Bibliothèque Municipale de Lyon.

- Leonard Bernstein compose en 1948 un cycle de mélodies (d’après Emile Dumont : La bonne cuisine française), pour soprano et piano.
En voici une version truculente et succulente par Mireille Delunsch.

 

 

- Comment ne pas terminer, en guise de dessert-coda, avec une tarte à la crème ?
Certes un peu tarte, mais si crèmeuse, voici pour la dix-millième fois Catherine Deneuve présentant l’immortelle recette du « cake d’amour ». Enjoy your food and good bye.

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