Des youtubeurs dans le spectacle vivant ?

Arts vivants

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 04/05/2022 par Hélèna D.

Peu de youtubeurs lancent des chaînes thématiques qui ont pour sujet principal le spectacle vivant. Cela représente une quasi-incongruité dans le monde des réseaux sociaux, où les stars cumulent des millions d’abonnés avec des thèmes très loin de Shakespeare, Molière, Joël Pommerat ou Jean-Luc Lagarce. Quand c'est le cas, comme les youtubeurs Ronan Ynard, Mia Mandineau et Valentine Roux, ils partagent leur passion et jouent un rôle de vulgarisation pour les 18-35 ans.

© H. Da silva
© H. Da silva

Ronan Ynard, le youtubeur qui parle des spectacles théâtraux

Avec sa chaîne YouTube, Ronan au théâtre, lancée en 2016, Ronan Ynard compte 6400 abonnés. Il conseille des spectacles à voir, montre les coulisses d’un spectacle, interviewe des metteurs en scène de renom tels que Thomas Jolly, Olivier Py ou Vincent Macaigne. Il donne également des astuces pour réussir son premier spectacle, ou encore des conseils pour financer son spectacle avec des financements participatifs…

Ronan Ynard fait figure de pionnier dans le milieu du spectacle vivant. Il note que des youtubeurs qui consacre leur chaîne à ce milieu est plutôt quelque chose d’inédit : “contrairement à un film ou un livre, le théâtre n’est pas un produit culturel consommable dans l’immédiat et à distance”.

En 2021, il intègre l’équipe du metteur en scène David Bobée, au Théâtre du Nord à Lille en tant que Secrétaire général. Il supervise notamment tout ce qui concerne la communication et est sans doute là pour attirer, par le web, le public jeune.

Mia et ses Zouz, l’opéra expliqué en dessins

Mia Mandineau est étudiante au conservatoire d’Amsterdam où elle suit des études de chant lyrique. En 2016, elle lance sa chaîne YouTube bilingue L’Opéra et ses Zouz et touche un large public : 16900 abonnés. Elle y parle d’opéra en français et en anglais. “A la différence du théâtre, j’ai une chance. L’opéra, c’est à peine 50 œuvres, que tout le monde connaît, et qui sont jouées dans tous les théâtre du monde”. Sa devise : “Un opéra, quand tu le résumes, c’est comme les feux de l’amour”.

Avec ses épisodes de “j’te résume les histoires”, “j’te présente des chanteurs.ses célèbres”, “j’te montre mon quotidien de jeune chanteuse d’opéra”, ou “Madame Butterfly pour les nuls”, elle décrypte avec fraîcheur et humour les plus grands opéras à l’aide de petits dessins et un langage ultra vivant . Un peu comme le faisait Jean Rochefort dans Les boloss des belles lettres en revisitant les classiques. Elle dépoussière l’opéra. Ses vidéos sont documentées et claires. C’est son désir de rendre plus accessible, de démystifier un peu l’opéra, qui lui a donné envie de faire des vidéos. “Je ne suis pas issue d’un milieu dans lequel le chant lyrique est familier, dit-elle, […] Je n’avais pas une grande culture lyrique, alors j’ai d’abord voulu apprendre pour moi et expliquer aux autres ce qu’était l’opéra”.

Mia Mandineau a noué assez rapidement des partenariats. Elle crée des vidéos que ses partenaires peuvent ensuite utiliser sur leurs réseaux sociaux, c’est le cas par exemple pour Théâtre des Champs-Elysées à Paris.

Val Och, celle qui donne envie d’aller au théâtre

Valentine Roux lance en 2017 sa chaîne YouTube Val Och et son émission Le Clou du Spectacle dans le but d’expliquer ce qu’est le théâtre, partager ses coups de cœur, faire des recommandations de spectacles. Elle nous fait également découvrir des artistes de la scène avec des interviews en podcast. “J’ai compris, dit-elle, que pour donner envie aux gens d’aller au théâtre, il fallait vraiment parler des pièces que je considérais comme des coups de cœur, et qu’elles soient accessibles au plus grand nombre.” Elle compte 5200 abonnés.

Elle démystifie et vulgarise le théâtre. Dans ses vidéos elle développe son argumentaire avec enthousiasme. Son discours est précisément calibré pour YouTube et son jeune public. Elle donne par exemple des “astuces pour aller au théâtre pour pas cher”, nous dit ce que valent les écoles de comédies musicales. Suite, par exemple, à une résidence de 2 jours avec le collectif Printemps du Machiniste, elle les met au défi de lui apprendre quelques trucs de marionnettiste professionnel, pendant 1 heure en live sur Twitch.

Elle commence à être un peu reconnue. Elle a travaillé avec le Théâtre national de Chaillot, le Théâtre du Nord, l’Opéra de Lyon. Il s’agit de collaborations non rémunérées ou de petits contrats.  “Nos intérêts sont croisés, explique-t-elle : j’ai accès aux artistes, aux plateaux, et les théâtres qui travaillent avec moi entrent en relation avec la cible des 18-35 ans qui leur fait souvent défaut”.
Aujourd’hui elle est chargée de production pour une société d’événementiel.

 

Il y a encore 2 ou 3 ans, les théâtres ne s’intéressaient que très peu à ce qui se passait sur YouTube. Aujourd’hui l’arrivée progressive dans les structures de jeunes professionnels utilisateurs des réseaux sociaux et de YouTube commence à faire bouger les choses. Les théâtres ont mis du temps a reconnaître que les youtubeurs pouvaient être des acteurs de médiation, de communication et toucher les publics jeunes.

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