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Octonaires de la vanité du monde / Paschal de l’Estocart

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 05/06/2020 par GLITCH

Paschal de l'Estocart, musicien de la Renaissance méconnu à la biographie lacunaire, n'a fait l'objet que de deux enregistrement monographiques.

 

Né à Noyon vers 1540, il vit une grande partie de sa vie en Suisse et à Lyon -où seront notamment imprimés ses 126 quatrains du sieur de Pibrac. Il fera (comme de nombreux musiciens) de fréquents voyages en Italie. Bien qu’ayant embrassé la Réforme protestante, il sert des protecteurs catholiques ou met en musique les vers d’ennemis acharnés du parti huguenot. Comme beaucoup de ses confrères en des temps troublés, il cherche à concilier inclinations spirituelles et nécessités matérielles.

Ce nomadisme géographique et artistique explique peut-être en partie l’inventivité et la richesse de sa palette musicale. Un art qui charme et surprend tout le long de ces 19 madrigaux spirituels à 4 voix en forme de chansons, tirés des 2 livres des Octonaires de la vanité du monde.

Le titre donne le ton : le monde est « un logis fumeux, sale, puant / Un hôte avare, infâme, remuant / Un lit pierreux ; un fâcheux et vain songe / Un réveiller d’orgueil et de mensonge ». Ce mépris des choses terrestres, ce néant de la condition humaine, c’est bien ce que la Réforme entend rappeler à une chrétienté à ses yeux corrompue par la vie mondaine. Et c’est le thème unique de ce recueil d’octonaires (poèmes de strophes à 8 vers) écrit par Antoine de Chandieu. L’ouvrage sera également mis en musique par Claude Le Jeune, le plus connu des musiciens protestants d’expression française avec Claude Goudimel. Tous deux furent contemporains de l’Estocart.

Ce qui singularise ces pièces morales, voire moralisantes, c’est un charme étonnant et irrésistible sur fond de gravité. Paschal de l’Estocart connaît bien les madrigalismes dont ses confrères italiens colorent leurs pièces vocales. Contrepoint assez libre et dissonances agréables viennent enrichir une base polyphonique ancrée dans la chanson de style franco-flamand. Par l’emploi de la langue profane, de passages à l’unisson, par la simplicité de certaines mélodies, presque gaillardes parfois, dont l’expressivité franche rappelle l’art descriptif de la chanson de Janequin, les Octonaires font écho à l’idéal protestant d’une musique lisible, et chantable par tous.

La chanson madrigalisante de L’Estocart combine ainsi l’exigence de clarté portée par la musique de la Réforme et les raffinements du musicien à l’aube de l’âge baroque, qui sait couler son art dans les strophes sévères du poète. Clarté et raffinement, c’est tout l’art également de l’Ensemble Clément Janequin, enregistré en 1983, et dont l’interprétation, toute de justesse et d’homogénéité, n’a pas pris une ride.

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