Girls wanna have sound

À la rencontre de Céline Frezza

Compositrice, ingénieure du son, directrice du studio JFX et directrice artistique du label lyonnais Galant records.

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 28/09/2021 par Alfons Col

Dans le cadre de l’événement "A corps et à cris" proposé par le réseau de la Bibliothèque municipale de Lyon nous avons souhaité mettre à l’honneur les actrices du milieu musical lyonnais, avec une publication régulière de portraits durant toute la période de l’événement. Cette série d’interviews espère concourir à la visibilité de leur parcours, de leurs réalisations et donne à voir la multiplicité des métiers qu’elles occupent. Les femmes sont là, et nous leur avons donné la parole, en les questionnant notamment sur leur place dans ce milieu. Cette série de portraits est non exhaustive, mais nous aurions souhaité pouvoir toutes les interviewer.

Crédits : kid masha keal

D’abord assistante MAO (Musique Assistée par Ordinateur), Céline Frezza suit de l’intérieur toute l’aventure du label Jarring Effects jusqu’à devenir directrice du studio JFX (actuellement Rumble Inn). Parallèlement elle a composé trois albums sous le nom d’Erzatz.

Meian (2016)

 

Quel est votre parcours, comment vous a-t-il menée jusqu’au métier que vous avez aujourd’hui ?

J’ai suivi une formation professionnelle de 6 mois au Grim Edif pendant laquelle j’étais en stage à Fa musique et avant même la fin de ma formation,  j’ai commencé au studio de Jarring Effects comme assistante et j’étais, également, en charge de son développement.

Je faisais de la musique assistée par ordinateur depuis quelques années, tous mes amis étaient dans le milieu de la musique, et donc j’ai eu envie de trouver un métier qui me permette de rester dans ce milieu. Ce que je pensais n’être qu’un gagne-pain s’est révélé être ma véritable passion !

 

Pouvez-vous décrire votre métier ?

Je suis avant tout ingénieure du son en studio d’enregistrement. C’est à dire que je suis une technicienne du son qui enregistre et mixe des groupes. Je peux également faire de la réalisation artistique ou du conseil en studio.

De plus, je suis associée de la SCOP Jarring Effects, ce qui fait que je participe à tous les choix de direction de la maison de disque Jarring Effects, à son orientation.

 

Depuis la création du label Galant records vous êtes seule responsable des choix artistiques. Comment vivez-vous cette expérience ? Connaissez-vous d’autres femmes ayant ce type de responsabilité dans un label ?

Je suis considérée comme directrice artistique de la maison de disque Jarring Effects, et donc de ses 3 labels : Jarring Effects, Galant records et Slab Note, chacun ayant son identité propre.

Ceci dit je ne prends jamais les décisions toute seule, nous cultivons l’horizontalité : je propose et si l’équipe est enthousiaste on y va ! Et vice versa. Mais c’est vrai que l’équipe a une vraie confiance quant à mes propositions, ce dont je suis vraiment reconnaissante.

Ensuite, dans un deuxième temps, je suis en studio avec la plupart des groupes, donc j’ai plus d’implication artistique.

Oui j’ai rencontré Marie Audigier, qui a été directrice artistique du label Naïve et je pense au sens plus traditionnel du terme, je n’en ai jamais trop discuté avec elle.

 

 

En 2017, dans un entretien au « Petit Bulletin » vous mettez en avant les difficultés en tant que femme dans votre métier d’ingénieure du son. Quels freins identifiez-vous dans l’accès des femmes à ce milieu, et pensez-vous que la situation a évolué depuis ?

Le premier frein est notre éducation, nous  ne sommes pas encouragées à explorer notre côté technique ou scientifique.

Le deuxième frein c’est le nombre, nous sommes si peu nombreuses que ça a pu être vraiment compliqué de s’imposer. Ensuite, c’est notre crédibilité, elle est sans cesse challengée quand on parle technique (ce qui rejoint le point 1)

Et enfin, on nous a appris à parler moins fort et, souvent, dans ce milieu j’ai l’impression que c’est celui qui parle le plus fort qui a raison.

Non ça n’a pas changé, je pensais que ça évoluerait naturellement avec le temps mais j’ai eu tort. Mon neveu est rentré en seconde technique, l’année dernière, qui prépare aux métiers du spectacle et de l’audiovisuel et il n’y avait encore aucune fille. Ce qui a été un déclic pour moi : j’ai depuis initié des formations en mixité choisie. Il va falloir se rendre plus visible.

 

Dans votre travail en tant que compositrice, avez-vous connu des difficultés à vous imposer ?

Non pas vraiment. Je n’ai pas eu tant de difficultés à m’imposer car je ne suis pas trop sortie de mon cercle.

Et si c’est vrai qu’en studio je suis au service des musiciens et de leur feeling, dans ma création, je vais être au service du mien. Je ne travaille qu’avec très peu de musiciens, j’ai en eux une incroyable confiance, je sais qu’on a la même vision, le même ressenti. Et même si on peut batailler ferme, on va dans le même sens. Et je n’ai jamais eu trop peur de dire ce que je voulais…

A un niveau plus général, je ne me suis jamais vraiment imposée, mes projets sont restés très confidentiels.

 

Quelles sont les figures qui vous ont marquée dans votre parcours ? Auxquelles vous avez pu vous identifier, ou qui ont compté dans votre construction personnelle ? Au contraire, y a-t-il des figures qui vous ont manqué dans cette identification ?

Au début, les hommes qui m’ont appris m’ont forcément marquée, mais j’ai un parcours assez solitaire. Je n’ai pas eu besoin de m’identifier à qui que ce soit, j’aimais ce que je faisais, c’était ma place et le challenge d’être une des seules femmes et d’y arriver me plaisait.

A l’époque on ne se posait pas vraiment ce genre de questions. J’avais des modèles de femmes qui avaient défoncé des portes dans leur milieu et ma jeunesse et mon orgueil me faisaient penser, pourquoi pas moi. C’est un caractère.

 

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui aimerait se lancer dans les métiers du son ?

Le même que Jean-Pierre Spirli m’a donné il y a 20 ans : vas-y, c’est ta place, elle sera sûrement plus dure à prendre que pour les hommes, mais vas-y, c’est aussi la tienne.

 

Actualités récentes :

  • Collaboration avec Schvedranne qui sort un album en novembre . Le 1er single est sorti le 7 octobre “Sur un vers de Whitman” avec Céline Frezza, récitante.
  • Réalisation d’une compilation entre des rappeurs montréalais et lyonnais appelée “Latitude 45” avec Médiatone, High Lo et Hydrophonik (label montréalais).
  • Travail autour d’un collectif Les Canutes qui oeuvre à l’émancipation et la valorisation des femmes, des trans et des non binaires dans les musiques actuelles à Lyon.

 

 

⇒ Retrouvez l’intégralité des interviews ici

 

 

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One thought on “À la rencontre de Céline Frezza”

  1. buck dettlof dit :

    etre technicien son ou ingenieur du son ou bidouilleur sonore ???? tout est question s de pretention ou de diplome . plus de 30 ans dans ces metiers et je n oserais pas me pretendre de quoi que ce soir question d humilité .

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