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KLUB DES LOOSERS – Vive la Vie (2004)

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 01/07/2016 par La COGIP

Nous sommes au début des années 2000, pendant que le rap est en train de se figer dans une caricature de lui-même, certains artistes hip hop proposent des glissements de genre inédits dans la forme comme dans le fond.

Le Klub des Loosers est partie intégrante de ce maelstrom de productions rafraichissantes. Alors que l’égo-trip n’était pas encore le mètre-étalon de la catégorie rap, Fuzati, entouré de sa clique de rappeurs Franciliens, prend le contre-pied du rappeur omnipotent sorti d’un vidéoclip artificiel, et déboulonne consciencieusement les poncifs du genre.

Un masque aussi immaculé qu’inexpressif scelle son anonymat de « Monsieur tout-le-monde » sobrement anxiogène. Le leader nous livre ses maux en mettant des mots sur les mœurs engourdies d’une société qu’il ne porte pas vraiment dans son cœur.

Aux antipodes du rappeur éblouissant et fier d’être né quelque part, le Versaillais s’évertue à démonter la ville bourgeoise qui l’a vu grandir (Sous le Signe du V), et pose un regard acide sur ses semblables.

Tout le monde ou presque en prend ici pour son grade, du hip hop – mort et enterré (Dead Hip-Hop) – à l’ex-femme de sa vie (De l’Amour à la Haine). Son flow fantomatique et lancinant vient hanter des mélodies (faussement) naïves, souvent aériennes et habitées.

A la faveur d’un humour sans concession au bon goût (Poussière d’Enfants), jouant à la limite de la misanthropie (Baise les Gens), les textes emportent un jugement doux-amer sur la vie, sa banalité si envahissante.

Certains titres évoquent en filigrane la légèreté de Air, d’autres sons funkys et édulcorés nous renvoient vers les années 80. Ces sonorités alliées à sa plume de plomb, comprenez aussi lourde que toxique, s’abat donc sur tout ce qui bouge, y compris lui-même (Depuis Que J’étais Enfant) ! Comme si le jeune homme se proposait de réussir cet exploit d’un genre nouveau : refroidir l’ambiance à coups de mélopées modernes.

Comble de l’autodénigrement, l’album est ponctué de coups de fil (rouge), tentatives pathétiques afin d’obtenir les faveurs de l’étudiante inaccessible qui obsède cette existence valétudinaire. Malgré ses relents post-adolescents, le disque dispense la vision d’une jeunesse lucide.

Plus de dix ans après la sortie de cet opus ovni, le « crew » se lance sur la route dans une formule guitare/claviers/basse/batterie ET dj pour faire ce (sale) boulot qui lui va si bien : dépasser les bornes.
Après une période de relative absence, et débarrassé de ses atours juvéniles, le Klub des Loosers prépare un nouvel album et affirme son retour. Gagnant ?

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