Une musicienne méconnue

Jutta Hipp : une allemande à New York

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - par Eric

Jutta Hipp eut une courte carrière de jazzwoman. Elle possédait pourtant des qualités certaines.

Jutta Hiip - The German recordings
Jutta Hiip - The German recordings

Le récit de vie de Jutta Hipp est jonché de drames et de mystères. Elle nait à Leipzig en 1925 dans une famille de la classe moyenne allemande et apprend le piano. Mais la pédagogie rigide de son enseignant la détourne de l’instrument. Jusqu’à ce qu’elle découvre la musique jazz. Pour elle c’est une révolution. Mais écouter de la “musique dégénérée” dans l’Allemagne nazie est risqué. Néanmoins elle devient une “jazz cat” clandestine. Elle explique ainsi que durant la seconde guerre mondiale. Elle restait écouter du jazz pendant les bombardements, se sentant protéger par cette musique.

A la fin de la guerre Jutta Hipp s’inscrit dans une école d’art et se remet au piano. Puis fuit en RFA pour échapper à l’invasion soviétique. Et autant par nécessité financière que par gout, elle commence à donner des concerts de jazz dans les bases américaines en Allemagne. En 1948 elle accouche d’un garçon prénommé Lionel (en hommage à Lionel Hampton). Mais le père de son fils est un GI afro-américain. Et la loi américaine de l’époque interdit aux soldats noirs de reconnaitre leur enfant s’ils l’ont eu avec une femme blanche.

Jutta Hipp “Violets for your furs” – 6:21

Dans cette Allemagne en pleine reconstruction, la misère règne. Jutta Hipp abandonne son enfant et continue les tournées pour vivre. Elle rencontre quelques jazzmen américains en tournée en Allemagne. Et en 1954, elle est découverte par le critique américain Leonard Feather qui “s’entiche” d’elle. Il l’aide à émigrer aux Etats Unis et lui permet de signer un contrat avec le label Blue Note. Un an plus tard, elle débarque à New York et commence à se produire dans les clubs de Jazz de la côte Est américaine et même au Newport jazz festival. Jutta Hipp enregistre trois albums chez Blue Note : deux disques live et un produit par Rudy Van Gelder dans son célèbre studio : Jutta Hipp with Zoot Sims.

Jutta Hipp - At the Hickory house Volume 1
At the Hickory House Vol. 1
At the Hickory House Volume 2
At the Hickory House Vol. 2
Jutta Hipp with Zoot Sims
Jutta Hipp with Zoot Sims

L’album le plus connu de la pianiste allemande est donc Jutta Hipp with Zoot Sims. Pourtant la plupart des critiques minimisent le jeu de l’allemande et encensent les parties de saxophone de Zoot Sims. Ainsi nombreux sont ceux qui disent qu’il s’agit plus d’un album de l’américain que de la pianiste. Et il est vrai que la prise de son magnifie le jeu brillant et exubérant de celui-ci au dépend de la seconde.

Jutta Hipp possède pourtant un jeu très mélodique, original et agréable, aussi à l’aise dans les ballades que dans les morceaux plus rythmés. Ce sera pourtant son dernier album. Le monde du jazz parait trop dur pour une femme réservée. De plus les clubs de jazz ferment pour laisser la place aux nouvelles musiques populaires : Rock & Roll et Rhythm and Blues. A la fin des années 50, elle est expulsée de son appartement pour non payement de loyer. Elle devient couturière dans une usine de vêtements dans le Queens à New York. Et elle se consacre ensuite à ses deux passions : la photographie et la peinture. Pourtant ses albums continuent de se vendre et en particulier Jutta Hipp with Zoot Sims qui reste très prisé des collectionneurs japonais.

Jutta Hipp “Just Blues” – 8:43

Celle que certains appelaient la “first  jazz queen of Europe” eut une carrière musicale assez courte. Et une vie marquée par les drames, la violence, l’alcoolisme, la dépression et les humiliations. Une parmi d’autres : “Quand Art Blakey lui demande de s’asseoir avec son groupe au Cafe Bohemia de New York, elle refuse, disant qu’elle est ivre et qu’elle ne pense pas être assez bonne. Blakey l’a traine au piano et commence à jouer à un rythme soutenu qu’elle ne peut suivre. Blakey s’adresse alors au public : “Maintenant, vous voyez pourquoi nous ne voulons pas que ces Européens viennent ici et prennent nos emplois !

Jutta Hipp “Almost like being in love” – 6:16

Jutta Hipp décéda en 2003 dans son appartement New Yorkais. Aucun de ses amis ne connaissaient son passé de musicienne.

References : JazzZeitung.de , Leipzig.de , MeloDiva.de

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