Glasgow United : des labels et des hommes

- temps de lecture approximatif de 11 minutes 11 min - Modifié le 02/07/2016 par Département Musique

A Lyon, la saison (musicale) printemps-été 2014 sera écossaise ou ne sera pas. Pour preuve, Glasgow s'est vu offrir, la désormais fameuse carte blanche des Nuits Sonores alors que les Nuits de Fourvière recevront deux groupes cultes en provenance de la cité écossaise : Mogwai et Franz Ferdinand.

Voyons donc l’invitation comme une forme d’hommage à cette ville-berceau qui a vu naître un nombre incalculable d’artistes et de groupes ayant accédé à des échelles diverses de popularité.

Au hasard : Les frères Young d’ AC/DC (avant de s’envoler pour Sydney), Kode9, Mark Knopfler, Belle and Sebastian, Franz Ferdinand, Arab Strap, Teenage Fanclub
La liste est longue, nous vous proposons donc un tour d’horizon non exhaustif des labels emblématiques de cette ville qui à l’ombre, ou plutôt à l’écart, de Londres où s’agitent la plupart des journalistes à la recherche d’une nouvelle sensation musicale, ont donné naissance à l’une des scènes musicales les plus exaltantes de ces 30 dernières années.

 

Postcard records : bons baisers de Glasgow

JPEG - 18.7 koEn 1979, Alan Horne, jeune homme déterminé et ambitieux, décide de monter un label dans son coin d’Ecosse avec l’idée saugrenue de tenir tête aux majors. Ayant la même fascination pour les costumes élégants et la nothern soul que son compatriote Edwyn Collins, c’est Orange Juice qui inaugurera la collection de singles sortie sur Postcard Records.

« Falling and Laughing » premier titre d’Orange Juice laisse entendre un groupe hautement influencé par les rythmiques funky de Chic bien que le chant soit définitivement romantique pop et britannique. Suivront les singles « Blue Boy » et « Poor Old Soul » avant qu’ Orange Juice ne cède aux sirènes d’une major (Polydor) et connaisse le succès avec leur unique mais imparable tube : “Rip it up” :

 

 

Aztec Camera : derrière ce nom de groupe, se cache Roddy Frame qui, à l’age de 16 ans, a sorti un chef d’oeuvre de compostions pop (« High Land, Hard Rain« ) aux guitares folk et électriques enlevées et inventives, qui ont certainement dû faire pâlir de jalousie Johnny Marr.
Après un premier single sur Postcard « Just Like Gold » , Roddy Frame sera signé par Rough Trade le futur label star de Londres et du groupe The Smiths…

 

Josef K. : autre recrue de Postcard records, le groupe emmené par le très sérieux Paul Haig, rappelle un Joy Divison teinté de couleurs disco ultra délavées. Josef K réalise une poignée de singles dont « It’s kinda funny » (un hommage à Ian Curtis) et « Sorry for Laughing » (titre éponyme d’un L.P. jamais sorti à l’époque car non conforme aux attentes du groupe. Une compilation de leurs titres « Entomology«  est sortie sur Domino en 2006. Ces jours-ci ressort « The only fun in town » avec en bonus l’intégralité de « Sorry for Laughing » chez Les disques du Crépuscule.

Se démarquant des productions post-punk agressives et sombres de l’époque, Postcard Records en deux ans d’existence (1979-1981), une poignée de singles et un unique album aura une large influence (qui dépassera de loin les frontières écossaises) sur le renouveau de la scène indie rock et pop britannique. Des groupes comme The Pastels, Shop Assistant ou Teenage Fanclub ou plus près de nous Franz Ferdinand et Camera Obscura considèrent le label avec une déférence certaine. Un article (en anglais) retraçant l’histoire du label, ici.

 

Les fameux exilés (en aparté) …

 

Alan McGee, Les frères Reid, Bobby Gillespie et Douglas Hart ont tous trainés leur ennui dans les rues d’East Kilbride (banlieue ouvrière de Glasgow) avant de partir changer la face du rock en Angleterre. Cette bande-là (les Jesus and Mary Chain et futur Primal Scream) emmené par Alan Mc Gee (fondateur du label Creation qui élevera la noisy pop et l’indie rock au rang de religion dans les années 90) ne s’imaginait pas pouvoir accéder au panthéon du rock de leur bourgade glaswégienne. D’autres ont choisi une voie moins balisée.

 

… et ceux qui restent : 53rd And 3rd ; Chemikal Underground ; Soma records

 

A Glasgow, les familles musicales se retrouvent dans les mêmes lieux et les line up des groupes locaux changent au gré de nouvelles affinités. Ainsi le groupe BMX Bandits, du flamboyant et trop peu connu Duglas T. Stewart (lire l’interview en lien), compte en son sein de futurs Teenage Fanclub et la chanteuse de The Vaselines…Un principe de solidarité bon enfant semble habiter tout ce petit monde.

Stephen Robbie du groupe The Pastels évoque (dans le magazine I Heart, spécial Glasgow) cette période :


« Mon groupe ne voulait pas déménager…on a vu le potentiel ici, on en avait assez que Londres aspire tout. On voyait Manchester comme une ville très forte, qui avait sa propre identité…on l’a prise comme exemple à suivre. »


C’est donc dans la plus pure tradition DIY et avec les ressources locales que nait en 1985 le label 53rd and 3rd.
Celui-ci fera émerger un bon nombre de copains / voisins : The Vaselines (un des groupes référence de Kurt Cobain dont il reprendra le « Jesus want me for a sunbeam ») mais aussi Shop Assistants ; The Soup Dragons et BMX Bandits.

 

Groupe fondé en même temps que le label 53rd and 3rd, The Pastels fabrique depuis 30 ans, des chansons pop fragiles, quelque peu bancales mais délicieusement charmantes. Le groupe évoluera sans cesse tout en conservant cet art du songwriting faussement amateuriste. Aujourd’hui encore, The Pastels bénéficie d’un succès critique et d’estime durable bien que resté confidentiel.
Une perle sans âge par des quadras toujours inspirés :

 

En 1986, sort la célèbre compilation C86 proposé par le magazine londonien NME : en plus de Jesus and Mary Chain, 6 groupes présents sur l’enregistrement viennent de Glasgow, la révolution indie pop est en marche et ne vient pas que de Londres…

A préciser que Stephen « Pastels » continue avec son label Geographic, à promouvoir la scène locale.

 

 

 

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Milieu des années 90, The Delgados décident de suivre les pas de leurs grands frères (Postcard et 53rd and 3rd.) en fondant le label Chemikal Underground. En pleine déferlante brit pop et coup sur coup, le label fera découvrir au monde entier, deux groupes indispensables de la fin de la décennie : Mogwai et Arab Strap. Une playlist « Chemikal » autour des collaborations d’Aidan Moffat (le chanteur habité d’Arab Strap) avec le jazzman Bill Wells et RM Hubbert :

 

A quelques encablures des locaux de Chemikal Undeground, un autre label devenu historique dans la sphère de la musique électronique et plus particulièrement en matière de techno, sévit déjà depuis 1991. Soma quality recordings (appelé communément Soma records) est le bébé d’une équipe de fondus de la techno de Detroit. L’équipe de Soma est inspirée et quelques productions Daft Punk (« Da Funk »), sortent du lot. Rapidement, Glasgow devient une nouvelle place forte de la scène techno et house. On passe alors dans les clubs de la ville (The Arches, Sub Club) des galettes devenues des classiques.
Un souvenir où s’entremêlent percus house et violons du « right on for the darkness » de Curtis Mayfield :

 

Glasgow, Now !

 

Aujourd’hui la nouvelle scène électro de Glasgow abrite entre autres :

1.Une équipe de Djs / producteurs qui comptent parmi les plus dynamiques et éclectiques du moment.

2.De jeunes loups (en meute et qui bossent la nuit donc) qui métamorphosent la trap music en EDM hybride.

 

-1 Glasgow rassemble donc les hommes autour de labels passionnants mais aussi dans des clubs mythiques. C’est dans l’un d’entre eux (le Sub Club -une institution- pour les clubbers du monde entier ) que se rencontrent Jd Twitch & Jg Wilkes. Ces deux-là, sous le nom d’Optimo, vont devenir les résidents star du Sub Club à coups de mixes éclectiques et hédonistes, balayant un spectre musical qui va du reggae au rock psyché (par exemple) avec une adresse déconcertante. Pour vous en assurer, jetez vous sur leur excellent « How to kill the DJ » avant de filer les voir (Jeudi 29 Mai,18h30, maison de la confluence).
Une interview éclairante de Jd Twitch qui nous parle de sa ville, de l’émergence de nouveaux labels, tout ça avec « Golden teacher » (la dernière production d’Optimo music) en fond sonore :

 

-2 En plus du légendaire précurseur du dubstep, Kode9, qui nous gratifiera certainement d’un set renversant, Les Nuits Sonores reçoivent quelques jeunes glaswégiens, qui en ce moment ont le vent en poupe, en redéfinissant la trap music comme un genre musical respectable.
En attendant un point d’actu sur la trap music, quelques mots sur le phénomène. Venant du hip/hop (version dirty south) et du dubstep, la trap investit aujourd’hui les dancefloors et les radios via Kanye West and co. Lucky Me, collectif d’artistes et label de musique fondé par de jeunes gens plutôt doués (Hudson Mohawke, Mike Slott, Dominic Flannigan, Martyn Flyn..), s’est fait connaître en produisant des morceaux empreints de trap et d’Electronic Dance Music. Quelques exemples survitaminés voir « ultra-caféinés » dont le carton de Lunice et Hudson Mohawke, « Higher Ground » :

 

 

« The sound of Young Scotland »

 

« The sound of Young Scotland », retour aux origines avec ce slogan choisi par Postcard records en référence à la Motown dont la phrase d’accroche était « The sound of young America ». Au vu des labels pré-cités, pas de son « made in » Glasgow mais une scène toujours en ébullition, entreprenante, indépendante !

Pour finir, quelques exemples de cette vitalité avec des groupes présents pendant les « apéros Glasgow » des Nuits Sonores.
Allez-y, c’est gratuit.

  • « Jacob Yates and the pearly gate lock pickers » et « The rosy crucifixion » : deux groupes à découvrir. Avec pour les premiers, un leader charismatique qui donne dans l’horror punk-blues et pour les seconds, les initiateurs du « Green door studio » (dédié aux musiciens de Glasgow en difficulté) qui donnent dans le hillbilly-noisy.
  • Les tout frais (ou presque) « Amazing snakeheads » et « Halfrican » : c’est la tendance garage-punk avec guitares sales et ambiances inquiétantes.
  • « Babe » : de la chanson pop aux arrangements délicats avec des membres de « Frànçois and The Atlas Mountains » et la voix de « Cvurches » (le jeune groupe « à tubes » et de synth-pop de Glasgow).

Pour aller un peu plus loin :

-Rip it up and start again : postpunk 1978-1984, par Simon Reynolds (Allia)

- « Rock action » : le label de Mogwai

- le blog d’un passionné de la scène musicale de Glasgow

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