Georges ENESCO : "Oedipe"

- temps de lecture approximatif de 1 minutes 1 min - Modifié le 01/07/2016 par GLITCH

Œdipe, unique opéra du compositeur roumain Georges Enesco serait frappé d'une sorte de malédiction. Reconnu dès sa création en 1936 comme le chef-d'œuvre du compositeur, établi par la critique comme un des sommets de l'opéra du XXè aux côtés de Wozzeck ou des Soldats, œuvre favorite du musicien lui-même, Œdipe semble pourtant voué à un oubli perpétuel, tant les reprises de l'œuvre furent et demeurent rarissimes, sans parler des enregistrements discographiques.

Il aura fallu à Enesco vingt-cinq ans pour mettre un point final à sa partition, ce qui fait d’elle un témoin unique de la maturation musicale du compositeur. De fait, Œdipe peut s’entendre comme une condensation des attaches et horizons musicaux d’Enesco, roumain baigné du patrimoine musical des Balkans, élève parisien de Fauré, familier de Debussy, Bartok ou Schmitt, dirigeant au concert Beethoven et Wagner… Sur un livret écrit en français, la partition d’Œdipe fait fruit de toutes ces richesses. Enesco y mêle des airs paysans aux voix du chœur, envoûte la flûte de berger d’une mélopée traditionnelle. Son écriture semble parfois chercher une sorte d’Orient musical dans les traces que la culture byzantine a laissées aux marches de l’Europe, en Roumanie, en Grèce notamment.

La musique, à la fois âpre et subtile, baigne dans un clair-obscur orchestral incessant, parfois troué d’orage. Elle marie l’éruptivité chatoyante de la Salomé de Strauss, le lyrisme brumeux du Pelléas de Debussy, et parfois l’archaïsme sévère d’Oedipus Rex de Stravinski, l’autre grande version lyrique du mythe.

La modernité de l’œuvre ne saute pas aux oreilles à grands coups de stridences ou de dissonances, mais découle de cette capacité à faire un monde à partir d’influences anciennes et contemporaines, à mêler des veines lyriques différentes (allemande et française), à utiliser une large palette de styles vocaux sans sacrifier la musicalité du chant.

On pourrait extrapoler la qualité singulière d’Œdipe de cette correspondance efficace entre l’histoire d’Œdipe, mythe à vocation universelle, et « la puissante synthèse culturelle de la musique d’Enesco, dont Œdipe représente l’aboutissement le plus élevé« , selon le musicologue Harry Halbreich.

Encore faut-il que l’interprétation soit à la hauteur du mythe. De ce point de vue, cet enregistrement de 1989 –le premier des deux jamais parus en français- est une réussite incontestable. L’Œdipe royal de José van Dam, dans un des ses plus grands rôles, impose une gravité pleine de noblesse, à laquelle repondent le Veilleur envoûtant de Jean-Philippe Courtis, la Sphynge de Marjana Lipovsek, ou le Tirésias noir de Gabriel Bacquier. Mentionnons encore comme « petits » rôles Brigitte Fassbaender en Jocaste ou Nicolai Gedda en Berger, on aura une idée de l’affiche, qui sous la direction de Lawrence Foster fait passer le souffle du tragique.

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