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Epic Soundtracks « Rise Above » (1992)

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 01/10/2020 par pj

Voici probablement l'un des plus beaux disques pop des années 90. Avec ce premier album Epic Soundtracks devait trouver, après des années de doute et de renoncement, la confiance et l'indépendance propice à sa musique et gagner immédiatement une place de choix auprès de songwriters vénérés.

Au début des années 70, les frères Godfrey, Epic Soundtracks (Kevin Paul) et Nikki Sudden (Adrian Nicholas) fondent les Swell Maps. Le groupe enregistre en pleine période post-punk, deux albums résolument expérimentaux, A Trip In Marineville (1979) et Jane From Occupied Europe (1980). Chacun poursuit ensuite ses propres projets. Nikki Sudden est prolifique. Epic collabore (Jacobites, Crime & The City Solution).

Epic collectionne les disques et découvre les Beach Boys, Brian Wilson, les Beatles, Alex Chilton. Il enregistre ses propres chansons. Plusieurs années faites d’insatisfaction et de doute lui sont nécessaires pour parvenir finalement à l’équilibre de *Rise above*. Le déclic sera la chanson Fallen Down enregistrée à New York avec Lee Ranaldo, guitariste de Sonic Youth – ce sera le morceau d’ouverture de l’album. Le reste de*Rise Above* sera enregistrée à Londres. Désormais Epic Soundtracks osera et aimera chanter.

Grand disque sceptique et généreux, réalisé en partie grâce à de remarquables invités (Lee Ranaldo, Jay Mascis, Rowland S. Howard…), *Rise Above* est fait d’une pâte unique de douce amertume et de frustration assumée. Le chant sédatif d’Epic installe une chaleur intimiste, tandis que les arrangements et une production légère participe de l’hypnose – entre noisy folk et chamber pop. Sur Ruthless, le piano monotone fait résonner davantage le glas d’un texte déjà bien sombre.

Suspendu et déchirant, le climat de ces douze chansons nous entraîne vers les sommets abyssaux, souvent beaux à pleurer, que sont notamment Holocaust et Kangaroo sur 3rd le bien nommé troisième album de Big Star (entièrement écrit par Alex Chilton) ou I Am The Cosmos l’unique album solo de Chris Bell. D’une autre façon, les chansons d’Epic remémorent aussi les Beach Boys (Sad Song, Ruthless) jusqu’à trouver sur Meet Me On The Beach l’écho plus direct que des chœurs en refrain soulignent. Sans oublier le titre jaune-blanc-vert en Cooper Black, citation évidente de Pet Sounds.

A peine cinq années après la parution de *Rise Above*, le garçon sera retrouvé mort sans que la cause de son décès ne trouve jamais d’explication. Avant sa disparition Epic Soundtracks aura néanmoins réalisé encore Sleeping Star (1994) et Change My Life (1996). L’édition d’une compilation posthume de demos en 1999, ainsi que des inédits assemblés par son frère, attesteront à leur tour de la force de son talent et du vide inexorable qu’entraîne son silence.
So long, boy !

 

 

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