Musique légère

British light music

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - par Civodul

Dans la grande famille des musiques de divertissement, qui s’opposent assez théoriquement aux musiques dites « sérieuses », on trouve, aux côtés des comédies musicales et autres musiques de bal, cette fameuse « musique légère » typiquement britannique qui s’illustre dans les thés dansants, les stations balnéaires et qui connait son apogée dans les années 30. Le style a donné naissance à de nombreux chefs-d’œuvre, dont nous vous proposons un petit échantillon.

S’il a pu occasionner des excès de sentimentalité et parfois un brin de mièvrerie, ce genre fortement connoté émotionnellement convoque immanquablement une réelle nostalgie chez un public britannique. Avertissement : cette musique est à déconseiller à l’auditeur souffrant d’anglophobie et / ou d’hyperglycémie.)

Cette forme, à première vue peu exigeante, se caractérise par son goût pour les mélodies simples, catchy, qui s’imprimeront aisément dans l’oreille et le cœur. Plaisante à l’écoute, écrite dans des tonalités peu aventureuses la musique légère veut afficher avant tout une volonté de divertir en toute insouciance. Les compositions sont le plus souvent courtes, font rarement intervenir la voix et se tiennent éloignées des savantes expérimentations. Elles font un usage immodéré du tempo de valse : lente, endiablée, sérénade, caprice …

La musique britannique  légère est fondamentalement à programme, chaque pièce se proposant de représenter une humeur, une atmosphère, un lieu, une activité. C’est ce caractère fortement évocateur qui en a fait un medium idéal pour la radiodiffusion. Elle fut en effet un instrument privilégié de la T.S.F. à son apogée (en 1945 apparait le BBC light programme) et la télévision naissante fit largement appel à elle en l’utilisant comme générique ou illustration sonore de ses programmes. La British Light music  trouve également un gain de popularité par son usage au cinéma : citons, entre beaucoup d’autres, la version de « Goobye Mr Chips » avec la bande originale de Richard Addinsell (1939) et la « Dam busters march » de Eric Coates utilisée dans le film du même nom (1955).

La musique légère anglaise trouve ses racines dans les œuvres  sentimentales du XIXème siècle, elle a pour précurseurs des compositeurs tels que Arthur Sullivan. Elle deviendra un des styles classiques les plus populaires pendant la première moitié du XXème siècle.

C’est, cependant, un genre qui est devenu de plus en plus (et injustement) négligé à partir de la fin des années 1950. La situation n’a pas été améliorée par le retrait par la BBC de plusieurs programmes de musique légère (tels que Morning Melody, Invitation to Music Breakfast Special et Roundabout),  la tendance des producteurs à s’en tenir à un répertoire sans prise de risques et la disparition des BBC Regional House Orchestras.

 

Campons le décor

  • En 1921 Albert Ketelbey, qui fut un pourvoyeur prolifique de musiques descriptives pour le cinéma muet, compose Bells across the meadows. Pour un auditeur d’aujourd’hui cette symphonie pastorale modèle réduit évoque une campagne anglaise d’antan idéalisée. Close your eyes et vous apercevrez un cottage recouvert de chaume, son jardin envahi de roses trémières, au loin les vaches paissant paisiblement au son d’un ruisseau murmurant. Idyllic, n’est-il pas ?

 

  • Canadien de naissance Robert Farnon mène une carrière active dans la composition de musiques radiodiffusées avant de se retrouver à la tête de l’orchestre des forces alliées canadiennes. Introduite par le carillon de Big Ben, sa charmante  Westminster waltz (1956) est une de ses compositions les plus célèbres :

 

  • Violoniste,  Haydn Wood (1882-1959) fut également créateur de nombreuses ballades sentimentales. Sa délicieuse miniature « Sketch of a dandy » date de 1950. Wood  fournit lui même l’argument narratif  (ténu) de cette courte pièce : « Imaginez les joyeuses années 1890, un dandy fait sa promenade sur Bond Street par une belle matinée de printemps. Il y fait la rencontre d’une dame de ses amies, avec qui il échange quelques propos plaisants, il la quitte à regret et poursuit son chemin ».

 

  • D’un matériau basique Ronald Binge tire cette attachante valse-lente qui servit de générique à un film documentaire sur une course de montgolfières. L’orchestration habile utilise les effets ondulants des arpèges aux clarinettes et des guirlandes de flûtes, pour un résultat effectivement très … aérien.

 

  • Eric Coates (1886-1957) est généralement considéré comme un des chefs de file de la musique légère britannique. On lui doit beaucoup de la notion même de ce genre typiquement British. Sa valse-sérénade « by the sleepy lagoon » (composée en 1930) en est un concentré ; langoureusement chaloupée, quasi jazzy cette pièce nonchalante, qui a servi de générique à plusieurs programmes télévisés, est devenue un hit à juste titre, particulièrement grâce au trompettiste Harry James qui en fit un véritable succès en 1942.

 

  • Ce que l’on a retenu de l’oeuvre de Arthur Benjamin, qui composa pourtant copieusement de la musique « sérieuse » (opéra, concertos);  est cette rumba jamaïcaine. L’heure était à l’exotisme,  les rythmes caribéens séduisaient les occidentaux. La version orchestrale de Jamaïcan Rumba, à l’origine une pièce pour  piano à quatre mains  fit un tel tabac de havane que les autorités jamaïcaines, ravies de la réclame pour leur ile, octroyèrent une rente annuelle en rhum au compositeur bienfaiteur, dont l’histoire ne dit pas s’il finit alcoolique.

 

  • Si la marque de fabrique de la light music est sa gracieuse insouciance elle peut cependant, à l’occasion,  se teinter d’une certaine nostalgie. Comme en témoigne la chanson  « Roses of Picardy », qui compte parmi les plus populaires de l’époque de la Première guerre mondiale. Cette ballade sentimentale évoque la Picardie, théâtre de champs de bataille meurtriers. La chanson devint rapidement populaire en Grande Bretagne et les soldats la fredonnaient tandis qu’ils s’engageaient pour partir combattre au front dans le nord de la France et dans les Flandres. En voici une version orchestrée qui met en valeur le magnétisme émotionnel cette  superbe mélodie :

 

Pour terminer ce rapide panorama nous vous proposons deux extraits de la « Caravan suite » d’Archibald Joyce (1873-1963), surnommé le « roi de la valse anglais », qui dirigea le premier orchestre dansant moderne d’Angleterre. Tout le pouvoir descriptif de la musique à programme se déploie dans cette composition orientaliste, aux confins de la musique légère, du poème symphonique et de ce qui deviendra un des ingrédients de la  musique de film hollywoodienne.

  • Caravan suite : camp in the desert :

Caravan attacked by brigands :

Le label Naxos propose une excellente collection : British Light Music.

Un certain nombre de ces compositeurs sont présents dans nos collections.

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