Girls wanna have sound

À la rencontre de Marine Pellegrini

Chanteuse, autrice et compositrice lyonnaise, sous le nom de Erotic Market

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - par Damien B.

Dans le cadre de l’événement "A corps et à cris" proposé par le réseau de la Bibliothèque municipale de Lyon nous avons souhaité mettre à l’honneur les actrices du milieu musical lyonnais, avec une publication régulière de portraits durant toute la période de l’événement. Cette série d’interviews espère concourir à la visibilité de leur parcours, de leurs réalisations et donne à voir la multiplicité des métiers qu’elles occupent. Les femmes sont là, et nous leur avons donné la parole, en les questionnant notamment sur leur place dans ce milieu. Cette série de portraits est non exhaustive, mais nous aurions souhaité pouvoir toutes les interviewer.

Marine Pellegrini - @ramataupia
Marine Pellegrini - @ramataupia Marine Pellegrini - @ramataupia

Marine Pellegrini est chanteuse, autrice et compositrice. Après une formation au Conservatoire de Lyon, elle multiplie depuis 2004 les collaborations et expériences musicales (Pink Petticoat, N’Relax, Polymorphie et le collectif lyonnais Grolektif…), et officie depuis 2011 sous le nom dErotic Market. Entourée de musicien-nes gravitant autour du jazz, de l’électro, et de la musique classique contemporaine, elle a déjà publié plusieurs albums. Sa voix lumineuse pleine de suavité, son goût pour l’improvisation et l’expérimentation en font l’une des artistes lyonnaises les plus originales. Son troisième album avec Erotic Market, une relecture sensible de son disque précedent, avec un quatuor à cordes, est sorti cette année sous le titre “Boredoms and heartstrings”.

 

Quel est votre parcours ? Comment êtes-vous arrivée à faire de la musique votre métier ?

J’ai toujours aimé chanter, d’abord pour moi secrètement. C’était ma soupape. Mais comme j’étais bonne élève j’ai d’abord été dirigée vers des études traditionnelles. Hypokhâgne puis licence de philosophie. Une fois ma licence en poche, et mes parents rassurés, j’ai pris une année sabbatique pour essayer de faire plus de musique. Et je n’ai jamais arrêté.

 

Quelles sont les figures féminines qui vous ont marquée dans votre parcours ? Auxquelles vous avez pu vous identifier, ou qui ont compté dans votre construction personnelle ? Au contraire, y a-t-il des figures qui vous ont manqué dans cette identification ?

En tant que chanteuse on ne manque pas de modèles honnêtement. Ils ne sont pas forcément très justes, on ne peut pas forcément complètement s’y identifier mais il y en a plein. Des chanteuses, autrices, compositrices qui m’ont inspirée, il y en a beaucoup. Erykah Badu, Lauryn Hill, Missy Elliott

Après je n’ai jamais ressenti le besoin qu’on me montre la voie, qu’on me prouve que c’est possible et d’avoir un modèle auquel m’identifier, qu’il soit masculin ou féminin.

 

En tant que femme, avez-vous parfois éprouvé des difficultés pour faire votre place dans ce milieu musical ?

Encore une fois la place de chanteuse est une place très ambiguë. Elle est malheureusement encore considérée comme « à part » et cela draine beaucoup de comportements très spécifiques à cette place. A l’époque où j’ai commencé on avait du mal à être considérées comme des musiciennes, malgré nos formations équivalentes aux autres. Mais nous n’étions pas pour autant exclues, mais plutôt maintenues dans un rôle parfois un peu étroit. Je n’ai cependant jamais ressenti que cela m’empêchait de faire quoi que ce soit, sûrement grâce à mon éducation. J’ai d’ailleurs longtemps eu la réputation d’être une chanteuse pénible et qui ne laisse pas passer grand-chose, ou trop sensible, que sais-je.

J’ai néanmoins senti qu’un tournant s’opérait clairement à ma première grossesse. Je me suis absentée deux ans et cela m’a été beaucoup rabâché, par des hommes évidemment, puisque la grande partie du business est tenue par des hommes qui ne sont, ou n’étaient à l’époque, majoritairement pas papas et qui n’avaient absolument aucune sorte d’engagement féministe.

J’ai même été remerciée d’un groupe à l’annonce de ma grossesse. Ça été très violent.

J’ai eu beaucoup de mal à raccrocher les wagons avec mon 3ème album Queendoms en 2018. J’ai été obligée de repenser totalement mon rapport à ma passion. Pour du mieux évidemment.

 

Le hashtag #musictoo est régulièrement à la Une ces derniers mois : la parole se libère pour dénoncer des situations de harcèlement sexuel très installées dans certains milieux. Quel est votre regard sur cette actualité ? Que pensez-vous des initiatives comme D I V A, Paye Ta Note, Balance Ta Major ou Change de disque ?

Ces mouvements sont nécessaires. Internet ne remplacera jamais la vraie justice mais si celle-ci est sourde alors utilisons d’autres moyens.

 

Vous avez rejoint le collectif lyonnais Grolektif il y a une quinzaine d’années. Pouvez-vous nous parler des actions du collectif ? Et de la place qu’y occupent les femmes ?

Le Grolektif n’existe plus depuis 2019 je crois. Pendant une dizaine d’années il a été un magnifique laboratoire et incubateur de groupes et de talents. Nous n’étions pas beaucoup de femmes à vrai dire, j’étais la seule chanteuse pendant longtemps jusqu’à ce que Jessica Martin Maresco arrive. Je ne peux pas vraiment dire qu’ils étaient foncièrement misogynes, mais ils n’étaient pas à l’époque très sensibles à la parité. Il fallait faire ses preuves, homme ou femme, amener quelque chose de sensible, polymorphe, original. Il y avait beaucoup d’envies d’improvisation, de musiques expérimentales. Peu de chanteuses étaient intéressées par ça dans notre entourage. Et dans mon souvenir il n’y avait qu’une seule autre musicienne, la pianiste Alice Perret.

 

Pensez-vous que la lutte pour l’égalité homme-femme s’inscrit dans un contexte plus global d’une lutte contre toutes les discriminations (de genre, de race ou d’origine ethnique, d’orientation sexuelle,…) et notamment des «intersectionnalités » ?

Evidemment, on doit se battre pour toutes les femmes, TOUTES, sans aucune exception.

 

Quels conseils donneriez-vous à une femme qui aimerait se lancer dans une carrière musicale ?

Le même qu’un homme : n’attends pas d’être prêt-e, tu ne le seras jamais.

 

 

⇒ Retrouvez l’intégralité des interviews ici

 

 

Cet article fait parti du dossier GIRLS WANNA HAVE SOUND !.

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