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Le Comœdia, ou le cinéma qui ne voulait pas fermer.

Photographe : Georges Vermard, 1964

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 04/08/2017 par dcizeron

Le cinématographe s’est installé 13 rue Berthelot il y a un peu plus de cent ans. Dès lors, il n’a plus quitté cette adresse. C’est l’histoire du Comœdia et de ses quatre naissances.

Comoedia,
Comoedia, Georges Vermard, Bibliothèque municipale de Lyon / P0702 B04 16 176 00007

En 1914, probablement en septembre même si la date n’est pas certaine,  une salle de cinéma est ouverte 13 rue Berthelot dans le 7e arrondissement, par un certain M. Jules Pinard, dit Melkior qui donne ce nom au lieu : Le Melkior (ou Le Berthelot selon les sources). Il s’agit d’un simple baraquement en bois de 561 places tout de même, un vestige des baraques Dulaar, famille de forains tôt spécialisé dans l’exploitation du cinématographe.

En 1924, Le Melkior est racheté par un marchand de fromage sis cours Lafayette, M. Emile Peyre. Le baraquement est rasé et un cinéma est construit par l’architecte Vallet, « en dur » cette fois, plus grand, muni d’une grande salle avec parterre et balcon. Il prend le nom de Comœdia. C’est le départ d’une saga familiale : celle des Lapouble. Rémi Lapouble, employé à la Scala, est le gendre d’Emile Peyre. Il devient gérant du Comœdia dès 1928. C’est lui qui fera prendre au Comœdia les grands tournants technologiques des années 1960-1970 pour qu’il devienne la salle la plus moderne de Lyon et rivalise, malgré son emplacement excentré, avec les grandes salles de la Presqu’île.

Avant ces années fastes, le Comœdia connaît des temps plus difficiles. D’abord pendant la seconde guerre mondiale. En face du siège de la Gestapo le cinéma n’était pas idéalement placé… sauf pour devenir, une fois réquisitionné, un soldatenkino (cinéma réservé aux permissionnaires allemands). Les bombardements de 1944, vienne clore l’épisode, laissant le Comœdia en cendres. Il faudra l’énergie de Remi Lapouble pour reconstruire son cinéma (avec l’architecte Georges Peynet qui accompagnera toutes les transformations de l’édifice durant les Trente Glorieuses). A sa réouverture en 1949, le Comœdia est une salle moderne pourtant il reste un cinéma « de quartier » où l’on ne passe que des films en seconde vision ou de la série B.

Puis vient le passage au TODD AO 70. En 1962, le Comœdia est équipé pour diffuser sur un écran maximum les pellicules en 70 mm. Ce sont tous les films à grand spectacle, américains notamment, qui vont passer en exclusivité dans ses salles : South Pacific qui initie le mouvement, Ben Hur projeté pendant 8 mois au Comœdia et seulement au Comœdia pour Lyon, le Docteur Jivago…. En 1974, les fils de Remi Lapouble, Pierre et Jacques, construisent deux nouvelles salles et ouvrent le cinéma aux films d’art et d’essai. Ils multiplient les avant-premières prestigieuses (Truffaut, Delon, Verneuil…).

En 1993, le Comœdia est vendu au groupe UGC qui l’exploite pendant 10 ans. Le Comœdia ferme finalement en 2003 pour raisons commerciales.

En 2004, Marc Guidoni, un passionné, se mobiliser pour éviter la destruction. Il contacte les anciens propriétaires et le promoteur qui avait acquis les murs, Pierre Nallet. Celui-ci se laisse séduire par l’idée de la continuation d’un cinéma. Tous deux s’adjoignent l’aide de Marc Bonny, co-producteur et  distributeur chez Gébéka Films, pour la gérance. Les travaux menés par l’architecte Yann Lecoq  vont durer presque deux ans.

Le Comœdia ouvre de nouveau ses portes le 15 novembre 2006, avec une programmation orienté vers le cinéma d’auteur. L’aménagement de 3 salles supplémentaires en 2016 témoigne du succès de l’entreprise. A croire que l’histoire du Comœdia est une histoire sans fin…

Bibliographie :

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