Cirque

En suspension avec Yoann Bourgeois…

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 08/02/2019 par Hélèna D.

Yoann Bourgeois est programmé à la Maison de la Danse de Lyon début mars avec son spectacle "Minuit / Tentatives d'approches d'un point de suspension". Référencé autant comme chorégraphe, que jongleur et acrobate, cet artiste revisite les fondamentaux de l'acrobatie autour des notions de déséquilibres, d'élans et d'envols. Il centre sa démarche sur la quête du point de suspension. Les matières circassiennes sont pour lui un ensemble de jeux qui mettent en relation un corps et une force physique. Ce cirque dépouillé offre de nouvelles formes de théâtralité.

"Celui Qui Tombe" de Yoann Bourgeois /  © sara maddalena
"Celui Qui Tombe" de Yoann Bourgeois / © sara maddalena

Yoann Bourgeois débute à l’école du Cirque Plume, où il découvre les jeux de vertiges.
Il est diplômé du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne et a aussi  étudié en alternance au Centre National de la Danse Contemporaine d’Angers. Il collabore avec Alexandre del Perrugia, avec Kitzou Dubois pour des recherches en apesanteur. Il travaille ensuite avec Maguy Marin avec qui il œuvre pendant 4 années autour de la question de l’ »être ensemble ».
En 2010, il fonde une compagnie avec sa complice, Marie Fonte. Ses spectacles sont entre la danse et le cirque.
Depuis janvier 2016 il est codirecteur du CCN2 – Centre chorégraphique national de Grenoble.

Nous allons essayer de mieux comprendre son travail à travers la découverte de 3 de ses spectacles : « Cavale », « Celui qui tombe » et « Wu Wei ».

LE POINT DE SUSPENSION

Dans sa première création, Cavale, il s’intéresse aux liens secrets entre jeux de simulacre et jeux de vertige. La MC2 : Grenoble lui confie le soin d’investir le belvédère Vauban, haut perché sur la ville. Dans cette création in-situ, la chute est traitée à la manière d’un motif, répétée et variée, le long d’un escalier qui ne mène nulle part.  2 hommes jumeaux, aux allures d’un Sisyphe dédoublé, perpétuellement, gravissent et chutent dans le vide. Ils se laissent tomber et rebondissent à notre grande surprise (grâce à un trampoline qui est à même hauteur que le sol et que l’on ne voit pas).

Il revisite les fondamentaux de l’acrobatie et centre sa démarche sur la quête du point de suspension. Le moment qui suit l’élan et précède la chute. Les matières circassiennes mettent en relation le corps avec des forces physiques (la gravité, la force centrifuge…). Elles recèlent selon lui un potentiel suggestif, imaginaire et infini lorsqu’on les laisse parler.

« Dans ce jeu des forces qui traversent les acteurs, nous cherchons à atteindre « un point de suspension » (endroit idéal lorsque l’envol d’un corps atteint son apogée et lorsque la chute n’a pas encore débuté)…
[C’est la]… recherche obstinée d’un lieu « neutre » qui ne subirait plus les contraintes d’aucunes forces… » Y.B. (Source)

TENIR DEBOUT

Dans la création « Celui qui tombe », 6 acrobates-danseurs sont en équilibre sur un grand plateau en bois. Ils sont pris dans la force centrifuge. Ils tentent de garder leur équilibre sur une plateforme suspendue en l’air. L’humain devient le centre de gravité de ce plateau instable, dans un spectacle-hommage à la peur, qu’elle soit du vide ou de l’humanité. Celui qui tombe, c’est aussi celui qui se retient à l’autre. Ceux qui retiennent leur souffle et reçoivent l’émotion sont dans la salle… Et ce dispositif offre ainsi de beaux corps à corps de couples et de belles images de corps penchés, volants à la perpendiculaire.
La question fondamentale qu’il se pose est : comment peut-on continuer à tenir debout ? C’est pour lui une problématique à la fois physique et existentielle.

« Elle est d’autant plus vive et sensible que l’on sait très bien qu’on ne tiendra pas toujours. On sent bien que quelque chose en nous ne s’arrête pas de tomber. Pourtant, je crois que par moments une suspension est possible. Le langage que nous parlons avec les interprètes de Celui qui tombe n’est pas celui des mots, mais celui du rapport à la gravité, soit le rapport à la mort… » Y.B. (Source)

Dans cette création,un processus esthétique du risque de déséquilibre assumé. Grâce à l’utilisation de plateaux instables, le cirque dépouillé nous transporte par sa dimension physique. Raconte différents états de corps. Corps qui a peur, qui rencontre ou qui rejette.

NON-AGIR

En 2013, Yoann Bourgeois est convié à rencontrer des artistes chinois. Il a carte blanche pour imaginer une création avec eux. Dans le spectacle Wu wei, 11 artistes chinois habillés en noir dansent sur une pelouse synthétique. L’orchestre est sur scène tout près d’eux et joue la musique des Quatre saisons de Vivaldi.

La rencontre est le sujet de cette pièce. Il se demande alors ce qu’il doit mettre en place pour que quelque chose puisse advenir. C’est le concept du « wu wei », une notion du taoïsme dont la traduction littérale pourrait être « le non-agir ». Pour autant, ce n’est pas une attitude d’inaction ou de passivité, pour qu’une rencontre puisse se faire, il laisse agir les forces de la nature.

« Je ne souhaite pas provoquer un sens particulier, une idée particulière de spectacle. Je ne veux pas provoquer les choses, mais les laisser venir… » Y.B.

LE JEU MECANIQUE

Dans le spectacle « Wu wei », c’est par le jeu que le processus de création se met en marche. Il propose aux artistes des « Ateliers du joueur » afin que la rencontre se fasse par le biais du jeu.
Le jeu pour Yoann Bourgeois, c’est aussi ce qui se passe, se joue entre les différents éléments hétérogènes : la ligne mélodique des Quatre saisons, la matière chorégraphique des 11 danseurs, la ligne narrative de la voix off et la matière textuelle vidéo projetée au-dessus des danseurs.

« « Jeu » est à entendre dans son plus large sens. J’aime sa définition mécanique : espace laissé entre deux pièces pour leur permettre de se mouvoir librement. Passé par le cirque, la danse, la musique, mon travail théâtral pourrait aujourd’hui s’envisager comme une déconstruction de tous ses éléments matériels (texte, lumière, actions, costumes, son…) et l’expérimentation de nouveaux rapports entre ces éléments. » Y.B. (Source)

Dans ses pièces surgit une nouvelle forme de théâtralité. Son exigence, son souci de rigueur et sa volonté de travailler hors des sentiers battus, lui ont permis de briller sur la scène internationale.

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