« J'ai misé sur l'art plutôt que sur la vie »

Louise Bourgeois

1911-2010

- temps de lecture approximatif de 9 minutes 9 min - Modifié le 12/04/2021 par Dalli

Fille, artiste, épouse, mère, féministe, séductrice,... sculpteur. Personnalité charismatique et complexe, son insolence, sa pertinence, sa violence, bouleversent, interpellent et interrogent forcément. Louise, 97 ans (1911), américaine d'origine française a connu les surréalistes, Marcel Duchamp, Giacometti, Brancusi, Fernand Léger, les expressionnistes abstraits aux USA... Elle se proclame parfois « existentialiste » proche des thèmes abordés par l'« eccentric abstraction », mais s'affirme toujours libre, dit haut et fort n'appartenir à aucun mouvement et n'être soumise à aucune influence.

©Louise Bourgeois
Son caractère déterminé vole la vedette à sa propre œuvre à tel point que celle-ci reste presque oubliée pendant trente ans, jusqu’à cette fameuse rétrospective du Museum of Modern Art de New York en 1982.
L’exposition du Centre Georges Pompidou donne aujourd’hui la juste mesure de la diversité de son travail aux valeurs thérapeutiques ou cathartiques évidentes, en tous cas nettement revendiquées. Elle dresse, sur plus de soixante ans, avec deux cent œuvres choisies, un panorama complet de cet univers énigmatique et limpide tout à la fois.

 

Louise Bourgeois(photographie Robert Mapplethorpe)


[actu] Quelques pistes sur l’oeuvre [actu]

Louise se nourrit de son registre intime (« la magie » de son enfance dit-elle). « Tout mon travail est un autoportrait inconscient, il me permet d’exorciser mes démons. Dans mon art je suis la meurtrière, dans mon monde la violence est partout… »

Elle aborde la sexualité, la sensualité, le corps, l’anatomie, le monde organique, l’insomnie, la maison, la musique, le temps…Tout cela trouve une résonance dans cet univers artistique insécable ou travail et vraie vie se rejoignent en permanence.
Bon nombre de ses oeuvres ont à voir avec ses traumas d’enfants qu’elle transcende, stigmatise, théâtralise, sur lesquels elle revient sans cesse faute de pouvoir les dépasser, les pardonner bien qu’affirmant véhiculer aussi une part de sérénité
Le père, par exemple (importateur et restaurateur de tapisseries d’Aubusson et des Gobelins). Louise évoque le travail d’extraction du sexe des cupidons pour satisfaire les acquéreurs : de riches américains puritains, la reconstitution du dessin des pieds dont elle a la charge (complétant les parties manquantes des tapisseries), le père collectionneur de statues et surtout de conquêtes d’où le drame et l’acharnement de Louise « à tuer le père ». « il faut abandonner le passé tous les jours ou bien l’accepter. Et si on n’y arrive pas, on devient sculpteur »

« Je n’aime pas le mot pardon, le pardon n’est pas là parce qu’il est moral, c’est un pardon diplomatique. C’est-à-dire que si on veut oublier les souvenirs qui vous envahissent, il faut pardonner, c’est stratégique, parce que moi je déteste les gens moraux qui disent : « Moi je suis mieux que toi, je pardonne et toi tu ne pardonnes pas. » Je déteste ça, si je suis morale, c’est parce que c’est stratégique d’être morale… »
Le travail artistique devient alors une réparation symbolique voire une restauration.

Mais celui-ci ne trouve pas sa source dans l’histoire de l’art même si elle reconnait une certaine attirance pour des artistes tels que Pieter Bruegel l’Ancien (notamment les œuvres : « La tour de Babel », « Les mendiants », « La parabole des aveugles ») un penchant pour l’art préhistorique (Vénus de Willendorf) et de l’admiration pour Bacon, Louise œuvre dans un monde affranchi des références autres que les siennes !

« L’envie de dire quelque chose précède le matériau » affirme-t-elle.
Les matériaux utilisés sont multiples et souvent employés de manière sérielle… comme le bois (années 50), plâtre et latex (années 60), marbre et bronze (années 70-80), les installations appelées cellules (de véritables constructions architecturales) en 1993, le tissu, les vêtements…

Une palette de motifs, symboles iconographiques et motifs formels : excroissances, bulbes, monticules, champignons, araignées, maisons… apparaissent de manière répétitive.
Tous les matériaux ou motifs ont un intérêt et un lien avec ces échos de l’enfance et leurs occurrences obsessionnelles… même cette orange sur laquelle elle dessine une silhouette de femme, qu’elle épluche ensuite pour révéler la démolition conduite par le père à son encontre et ainsi incarnée.

Les mots sont présents tels des matériaux. « Les mots c’est tout ce que j’avais sous la main hormis mes cinq sens ». Mais toutes ses pensées restent visuelles :
« Les dessins sont des pensées plumes, des idées attrapées au vol et mises sur le papier ».
Quant à l’estampe elle voit en elle une révélation puisque permet des effets en trois dimensions mais ce médium reste mineur car, avant tout, elle se veut Sculpteur.
« On ne peut arrêter le présent. Chaque jour, il faut simplement apprendre à abandonner son passé. Et l’accepter. Et si on ne peut pas l’accepter, alors il faut faire de la sculpture. Si on refuse d’abandonner le passé, alors il faut le recréer. »
« Je ne pouvais pas être peintre. Les deux dimensions ne me satisfont pas. J’ai besoin de la réalité que procure la troisième dimension. »


[actu] Autour de l’exposition [actu]

 

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Louise Bourgeois
(Centre Pompidou)

Louise Bourgeois, sous la direction de Marie-Laure BERNADAC et Jonas STORSVE, éd. Centre Pompidou
- Le catalogue de l’exposition « Louise Bourgeois », Centre Pompidou du 5 mars 2008 au 2 juin 2008
Tate Modern, Londres 10 oct. 2007 au 20 janvier 2008
Solomon R. Guggenheim Museum, New York du 27 juin 2008 au 28 sept. 2008
The Museum of Contemporary Art, Los Angeles du 26 oct. au 26 janvier 2009
The Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington DC du 28 février 2009 au 7 juin 2009
Ludique, il permet le butinage et une approche la plus exhaustive possible. Grâce aux mots clefs, il offre une entrée alphabétique et thématique sous la forme d’un glossaire couvrant aussi bien les aspects biographiques que l’œuvre elle-même. De nombreux extraits des écrits de Louise Bourgeois éclairent le propos des 27 personnes qui ont contribué à sa rédaction. Les textes sont pertinents comme l’appareil critique. Un ouvrage complet.

[actu] Sites Internet [actu]

Site du Centre Pompidou
Site du Ministère de la Culture
Site pédagogique du Centre Pompidou

[actu] Sélection de livres [actu]

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Louise Bourgeois
(Flammarion)

Louise Bourgeois, de Marie-Laure BERNADAC, éd. Flammarion
- Une monographie ayant valeur de référence. L’ouvrage comprend un long essai rétrospectif et analytique de l’oeuvre, de nombreux entretiens avec l’auteur dans une rubrique titrée « propos », ainsi qu’un riche appareil critique. Marie-Laure Bernadac est considérée comme LA spécialiste de Louise Bourgeois.

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Louise Bourgeois
(Actes Sud)


Louise Bourgeois L’Aveugle guidant l’aveugle, de Xenakis MAKHI, éd. Actes Sud
- Après avoir parcouru et photographié les lieux de son enfance, l’auteur cherche à mettre en évidence l’influence de ces contextes successifs et ce qui en résulte dans l’oeuvre du sculpteur. Des documents inédits commentés par l’artiste enrichissent le livre.


Destruction du père Reconstruction du père, de Louise BOURGEOIS, Galerie Lelong.

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Destruction du père
(Galerie Lelong)

- Ouvrage autobiographique essentiel qui légitime l’oeuvre et permet d’entrer plus profondément dans les sources intimes sans cesse nourries par l’Histoire familiale et notamment par la personnalité du père. Cet ouvrage paraît à l’occasion d’une exposition d’estampes à la Galerie Lelong et souligne également combien l’écriture reste essentielle dans ce travail.

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The Insomnia Drawings
(Daros)

The Insomnia Drawings, de Louise BOURGEOIS, éd. Daros, Peter Blum et Scalo
- Les insomnies de Louise Bourgeois la conduisent à dessiner, écrire, griffonner sur des supports multiples… Ces dessins (abstraits, géométriques ou réalistes et figuratifs) et annotations (plus de 200 réalisés entre 1994 et 1995) sont rassemblés dans ce recueil.

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Louise Bourgeois
(Phaïdon)

Louise Bourgeois, par Robert STORR, Paulo HERKENHOFF et Allan SCHWARTZMAN, éd. Phaidon
- L’ouvrage s’articule autour de 4 parties : le critique d’art Paulo Herkenhoff livre le fruit de longs entretiens qui se sont déroulés sur plusieurs années ; Le conservateur et critique Robert Storr dresse un portrait très personnel de l’artiste ; Allan Schwartzman livre un article dans lequel il analyse la réception mitigée de l’oeuvre et enfin sont proposés quelques uns des écrits majeurs de Louise. La collection « Artistes contemporains » offre des monographies très documentées et complètes (illustrations, analyses…).

[actu] Un film [actu]

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Louise Bourgeois
(Arte video)


Louise Bourgeois, film réalisé par Camille GUICHARD, éd. Arte vidéo
- A l’occasion de la préparation de la Biennale de Venise où furent exposées les « cellules » Camille Guichard a réussi à toucher la part intime de l’artiste, à la rendre disserte sur ses créations et sur sa vie. l’approche sensible conduite par le film donne tout son sens au travail souvent perçu comme hermétique ou réduit à des considérations psychologiques primaires. Un portrait incontournable.

[actu] Estampes de l’artothèque [actu]

Couples, 2001

Quarantania

[actu] Livre d’artiste [actu]

The puritan

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