ART SPATIAL : de Lucien Rudaux au Sun Ra Arkestra

"Je recevais le ciel et le ciel me recevait. Simultanément j’étais dans une expansion extraordinaire. L’espace m’espacifiait" Henri Michaux

- temps de lecture approximatif de 18 minutes 18 min - Modifié le 17/03/2022 par AGdG

A l'occasion du thème proposé pour l'édition 2022 du FASHION FILM FESTIVAL DE LYON, ESPACE (S), accrétion* de vues sidérales et de visions cosmiques.

When Sun Comes out, Sun Ra et l
When Sun Comes out, Sun Ra et l'Arkestra, 1963
“Les pommiers aboient
les piqûres d’abeille sur mon crâne
marquent la fureur de l’essaim
retiens, mon cœur, ta douceur.
Le ciel enfonce ses pouces
dans mes yeux
ses constellations s’enfuient
retiens, mon cœur, ta douceur.
La pluie incessante
qui veut changer en sable les montagnes
me prépare pour le lit
retiens, mon cœur, ta douceur.”

John Berger, Ecrits des blessures, Le Temps des Cerises, 2007

 

*accrétion : Action de croître par juxtaposition  / Accroissement de masse d’une étoile dû à la force de gravitation que cette étoile exerce sur la matière interstellaire environnante.

 

LE SOLEIL DE LA GRANDE OURSE RETROUVÉ

 

Lever les yeux, lire le ciel, écouter les étoiles chanter, faire de l’espace interstellaire la matière d’un geste artistique : l’espace interstellaire est une source d’inspiration puissante pour les créateurs.

Ether sur papier, l’espace dans les livres de photographies avait déjà présenté quelques artistes sous cette influence.

Si les livres de photographies sont des médiums éloquents, l’observation des cieux et l’aventure spatiale occidentale ont donné lieu à une vaste production d’images et de fictions.

Elle s’explique notamment car le processus de travail des activités de recherche autour de l’espace sollicite un travail de prospection et de diffusion qui passe par la visualisation. Les images qui en ressortent se situent dans une sphère inédite, à  la croisée de l’histoire des sciences et de l’histoire de l’art et des images.

Ces images font désormais l’objet d’études que l’on peut situer dans le champ de l’histoire de l’art, de l’ethnographie, des sciences et des visual studies. Expositions, colloques, conférences et publications relatives à ce sujet se multiplient comme le colloque en 2017 à l’HEAD sur les images de l’espace

Aujourd’hui, les penseurs contemporains
s’ intéressent toujours à l’espace, à l’instar de la programmation de la Biennale de la photographie de Mulhouse 2022 qui se déroulera à partir du 10 juin.
Le CNES organise par ailleurs des résidences d’artistes et des publications sur les images comme le tout nouveau périodique Strate(s) dédié aux archives visuelles de l’aventure spatiale.

Ici, à l’occasion de la thématique ESPACE(S) de l’édition 2022 du Fashion Film Festival de Lyon, du 23 mars au 7 avril, intéressons-nous aux vues et visions de créateurs pour qui l’espace interstellaire est tour à tour ou tout à la fois :  décentration, sidération, désir, émancipation.

Les créateurs agrégés ici sont des d’artistes, scientifiques, éditeurs, photographes, musiciens qui envisagent l’espace non pas comme une menace en forme d’alien type The Thing, ni un enjeu d’égos impérialistes comme SpaceX  ou d’exploitation à la Planetary Resources, Inc. mais comme un terreau et une zone de désir.

La galaxie du Moulinet, dans la constellation de la GRANDE OURSE ***, sur la nébuleuse du Balai de sorcière (gauche) et la galaxie du Triangle (droite), Temps de pose : 55 mn par le télescope de l’Observatoire de Haute Provence, collection Bibliothèque municipale de Lyon

 

Voyage sous albédo
Le soleil de La Grande Ourse*** retrouvé
Le ciel comme atelier

 

 

VUES SIDERALES

 

 

LUCIEN RUDAUX (1874-1947), le caïd du dessin de paysage sidéral 

“Le spectacle, sur la Lune, d’une éclipse de Soleil par la Terre” dans Les autres mondes, Larousse, 1937

 

Premiers univers époustouflant : les dessins de Lucien Rudaux (1874-1947).

Les autres mondes, 1937

A partir du 17e siècle, les astronomes engagent des artistes dans les observatoires, à demeure, pour compenser leurs “faiblesses” graphiques.  A l’arrivée de la photographie, les scientifiques pensaient pouvoir se passer des dessinateurs. Or, un angle mort persistait : celui des suppositions que l’on voudrait visualiser.
Astronome amateur et peintre autodidacte, Lucien Rudaux va animer ces angles morts.  Proche de Camille Flammarion, dont nous avons déjà parlé, il est aussi impressionnant que Léopold Trouvelot. Mais pour d’autres raisons. Il est considéré comme le pionnier du space Art (Art de l’espace), qui explosera avec Chesley Bonestell.

Elsa de Smet a particulièrement contribué à faire redécouvrir cet artiste. Pour la chercheuse, ses images font partie d’un ensemble d’illustrations des mondes extra terrestres qui ont permis à notre œil contemporain d’établir un “exotisme cosmique”.

Parmi ses parutions de vulgarisation scientifiques, le chef d’œuvre de Rudaux est le livre rare “Sur les autres mondes” (1937),  comprenant 313 gravures en noir et blanc dans et hors texte , 73 planches en noir et blanc et de 20 planches couleurs (hors texte). Ses dessins depuis la Lune sont des merveilles.

Ses dessins sont d’une modernité hallucinante, d’un réalisme et d’un naturalisme rares pour ce type de représentations, entre la cinématographie d’un Caspar Friedrich et l’imagination d’Arthur Dove.

Dans tous ces ouvrages de vulgarisation, Lucien Rudaux fait ses dessins au regard de ses observations scientifiques. Dans les sciences astronomiques, les images sont le point de convergence des connaissances parfois spéculatives et des représentations tentant de rester fidèles à ces dernières.
“Le savoir a priori invisible est interprété par le dessin qui, de fait, le rend visualisable. Ainsi, comme au temps de l’Encyclopédie, l’illustration renforce l’accessibilité cognitive du lecteur à sa leçon. L’image prend la fonction à la fois d’un schème et d’un activateur illustré de la « proprioception » inhérente à notre entendement : la vision d’un élément de la nature autant que de notre position dans cette nature.” Elsa de Smet

Les autres mondes, 1937

Mais ces images sont aussi fortes du point de vue de l’histoire du regard. En effet, dans ces dessins, le regardeur (point de vue) n’est plus placé en simple observateur sur ou depuis la terre. Rudaux place la vue depuis la surface d’une planète, d’un astre, d’un satellite.  Jusqu’à ses dessins, le paysage extra stellaire était idéal mais d’un coup, on rentre dans ces “cratères et les rainures” pour reprendre la formule d’Elsa Smet. Une aventure se joue dans le paysage. La charge paradoxale entre immersion et inclusion.

Les autres mondes, 1937

Comme dans ce récit L’homme dans la lune de Francis Godwin ou le roman précurseur de la science fiction Le songe ou Astronomie lunaire du grand astronome  Johannes Kepler (1571-1630) : il est proposé une exploration de la lune comme si nous nous y trouvions.

Dans les dessins de Rudaux, la perspective astronomique est inversée.
Les paysages stellaires existent par eux-mêmes.
De fait, il y a décentration. Regarder l’espace interstellaire décentre la position de l’homme dans l’Univers. L’homme n’est plus au centre de tout. La terre non plus.

Il ne s’agit plus désormais de réduire le monde dans notre seul rapport à celui-ci mais de l’envisager dans sa dimension autonome et/ou en prolongement de nous-même. Ces images sont presque politiques et questionnent en tout cas l’anthropique et la place de l’homme dans ce qui l’entoure.

Ces vues sidérales débordent aussi des chemins que l’on tisse pour elles, de ce qu’elles peuvent devenir hors de leur destination initiale.

 

APOLLO, MARS ET LA COMETE  ou la photographie de paysage stellaire sidérante

 

Si les vues de l’esprit représentant les autres mondes ont été remplacées par les photographies, le pouvoir attractif,  la portée contemplative et le potentiel interrogatif quant au statut de l’image des paysages stellaires restent forts aujourd’hui.

A l’image de la parution de 3 livres de photographies conçus non pas à l’initiative de photographes mais à celle d’autres articulateurs de l’image : des éditeurs de livres d’art.  Ces 3 livres sont entièrement conçus à partir d’images photographiques spatiales issues de missions d’explorations.

 

La mer de l’intranquillité, éd. B2, 2017

33 000 images de toutes les missions Apollo (entre 62 et 72) ont été mises en ligne par la NASA. Nikola Jankovic et Sara Vadé des éditions B2 tombèrent en admiration devant ce corpus mis à la disposition de tous.

On y découvre aussi que la Nasa n’avait pas tout de suite pris la mesure de l’importance de l’image fixe… “Le photographe Michael Light rapporte qu’au début de l’aventure John Glenn, l’astronaute pionnier du programme Mercury [1958-1963], fut contraint d’acheter un Minolta bon marché dans un drugstore de Cocoa Beach. Il était visiblement le seul à estimer que le premier vol spatial en orbite de l’Amérique méritait quelques instantanés!
Nikola Jankovic

Ils en ont sélectionné 3 000 et ont réalisé un editing orienté notamment vers l’aspect technique, leur cœur de publication étant des livres d’architecture. Leur qualité plastique tient à leur nature argentique et à cette lumière que l’on ne retrouve pas sur terre. Le papier a ce léger aspect duveteux, presque poudreux, parfaitement raccord avec les sublimes halos et ombres sur le sol lunaire.
C’est de l’analogique, de l’argentique. Les astronautes emportaient des boîtiers dans l’espace, plusieurs par mission. Mais comme l’un des buts d’Apollo était de rapporter des échantillons géologiques, ce qui prend de la place, les appareils restaient à la surface de la Lune, avec la partie inférieure du module lunaire. Seuls les boîtiers rentraient sur Terre. “ Nikola Jankovic

 

Un autre éditeur d’art a jugé des images de l’espace suffisamment remarquables pour en faire la matière première de livres de photographies : Xavier Barral (1955-2019). Grand nom de l’édition de livres de photographies depuis des dizaines d’années, son intérêt pour les photographies de l’espace s’est manifesté par deux livres incroyables :

Mars, une exploration photographique, éd. Xavier Barral, 2013 / 2017

Planète fantasmée par excellence, Mars s’est offert en 2005 sous l’objectif d’un télescope d’une sonde de la NASA situé à 3 00km de sa surface. Xavier Barral a sélectionné lui même les images. L’editing rend compte des textures du sol martien : granuleux, craquelé, creusé, strié, nervuré, perlé, nacré.
Les images sont frontales, l’échelle est brouillée. On ne sait pas si on regarde une morceau de sable à nos pieds, un dripping par l’homme debout ou la trace d’une main balayant le sable d’une plage napolitaine.

La comète, le voyage de Rosetta, éd. Xaxier Barral, 2017 

L’histoire de Rosetta, sonde envoyée par l’Agence Spatiale Européenne vers l’astéroïde Tchouri, astre qui conserve depuis 4,5 milliards d’année des fragments de la mémoire du système solaire primitif, est digne d’ un roman d’aventure. L’étude de cette mission est encore en cours.

En 2015, A l’approche de Tchouri, la caméra OSIRIS et la caméra de navigation (NAVCAM) de Rosetta se déclenchent.

© ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA – CC BY-SA 4.0 – la chevelure

100 000 clichés à 6,5 milliards de km de Lyon. Tous ici, le trésor. Une comète au coeur noir “comme du charbon de bois”.

Je connaissais l’éditeur Xavier Barral. Il fut immédiatement enthousiasmé par l’épopée Rosetta. Il s’est donc impliqué dans le projet pendant des années. Nous voulions, ensemble, aller au-delà de l’image, la retravailler, en extraire scientifiquement le maximum, raconter une histoire, questionner l’idée de notre place dans l’Univers. Mon émotion est d’autant plus grande que c’est le dernier livre que Xavier Barral a amené à la photogravure, avant de décéder brutalement.Jean-Pierre Bibring, CNES.

© ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA – CC BY-SA 4.0

En les extrayant de leur statut de photographies destinées à des fins strictement scientifiques ou corrélés à des données précises sur l’objet de la représentation, d’étude, il augmente la sphère du visible vers une “esthétique de la sidération”.

© ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA – CC BY-SA 4.0

© ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA – CC BY-SA 4.0

“Ces images peuvent autant intéresser ceux qui travaillent l’histoire de l’art que ceux qui s’intéressent à l’histoire des sciences, à l’anthropologie, à la philosophie (…) Un axe a notamment retenu notre attention depuis un moment : le rapport du sidéral à une sorte d’esthétique de la sidération.Christohe Kihm

Plus précisément, ces paysages sidéraux  peuvent s’envisager comme des potentiels d’ouverture du regard, au-delà de l’existant, au-delà des quant à soi terrestres.

 

Comme une forme de dépassement. Une page blanche derrière une virgule. Une peinture de Rothko. Une tension entre l’observable, l’invu (ce qui est calculable) et l’invisible.

 

Oui, Le ciel étoilé de Millet le pressentait.

© ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA – CC BY-SA 4.0

 

VISIONS COSMIQUES

“Nous rêvons de voyager à travers le cosmos ;
mais le cosmos n’est-il pas en nous ?”
Novalis, 1798.

 

L’espace n’est pas seulement envisagé par ses formes, ses représentations plastiques mais dans les concepts philosophiques qu’il sous-tend.

 

SMITH OU RESIDÉRER, L’APPEL AU DÉSIR 

 

Le fabuleux manuscrit d’Augsburg illustre la menace apocalyptique provenant des phénomènes célestes, des pierres qui tombent du ciel.

Selon l’artiste Smith, dont nous avions déjà parlé ici, ce qui manque à nos jours, c’est de voir en l’espace un appel au désir, une opportunité du désirable. S’affranchir d’un désastre. Son livre de photographies, Désidération (Prologue) concrétise sa démarche, en regardant, en “- retrouvant cet éblouissement partagé face au ciel étoilé.”

“Tout voudrait nous dire qu’il n’y a plus de place ni pour ni pour les étoiles. La condition désastrée qu’est la nôtre n’ose plus voir les étoiles que comme une fantasme d’une funeste conquête, celui-là même qui est responsable de l’occultation du ciel. Mais pourquoi le ciel étoilé ne pourrait-il pas intégrer notre écologie des images ? 
(…)
“Il faut proposer des imaginaires spatiaux. Il faut introduire le trouble dans l’espace. Soulever des nuages de régolithes tels des poulpes lunaires.” Lucien Raphmaj

Ce lien perdu aux étoiles et au cosmos est incarné dans un personnage aux contours elliptiques, Anamand.a Sîn poète et scientifique, et une voix provenant d’une météorite, Radio Leviana . Pour l’artiste, le regard est à RESIDERER.

Tirées sur de l’aluminium brossé et exposées à Arles en 2020, ses images invitent à passer du désastre au désir, à regarder le ciel comme une zone à rêver, une rêverie cosmique commune.

Il s’agit pour l’œuvre d’art d’être le point de départ d’autres sidérations :” “Faites que les oeuvres aient pour effet de créer d’autres oeuvres, soient des recueils d’autres possibles, que les oeuvres soient des étoiles, des constellations rayonnantes, des pulsations et des relations”

C’est l’exploration, au-delà du corps, au-delà du genre, au-delà de formes fixes d’un seul médium. Car ce travail est bien plus qu’un livre. Réticulaire, ce projet baptisé DESIDERATION associe SMITH, Lucien Raphmaj et l’astrophysicien Jean-Philippe Uzan.

 

AFROFUTURISME DU SUN RA ARKESTRA OU L’ESPACE ÉMANCIPATEUR

 

C’est un nouveau rapport à l’espace que propose l’afrofuturisme.

Conceptualisé en 93 par Mark Dery, l’afrofuturisme est un mouvement présenté par Maxime Delcourt en reprenant les termes de «le côté Astral d’un futur cosmique, et du passé Noir de l’ancienne Egypte.»

Et aussi :

“Ce que nous propose l’Afrofuturisme est une nouvelle image du cosmos, où la Terre serait reliée à la puissance du soleil comme à l’obscurité insondable de l’univers (…) À ces possibilités écologiquement et socialement épuisantes, l’Afrofuturisme oppose un impossible majeur, une utopie para-humaine, alien, où la technologie devient une technique de l’imaginaire, jouant le rôle de médiation esthétique entre la Terre et les autres planètes, le passé et le futur, l’humain et ce qui lui demeure étranger.”

« astro-black mythology / astro-timeless immortality / astro-thought in mystic sound / astro-black of outer space / astro-natural of darkness stars/ astro reach beyond the stars »

Plus précisément, pour Christophe Khim :

Pour mémoire, l’afro-futurisme s’inscrit historiquement dans un rapport critique à l’afro-centrisme et participe d’un mouvement d’émancipation des communautés afro-américaines aux Etats-Unis à partir des années 1960 qui se formule notamment dans des propositions artistiques.”

L’espace est ici donc envisagé comme un ressort d’une forme d’émancipation.

S’affranchir d’une domination coloniale par l’imagination sous-tendue par l’espace ouvert.

La réalité est trop dure. L’imagination rend tout agréable. Utilisez votre imagination et sortez des endroits les plus ternes en vous accrochant simplement à l’imagination et en la rendant réelle. ” – Sun Ra

Le récent essai “L’ange noir de l’Histoire”, aux passionnantes éditions MF, de Frédéric Neyrat va plus loin et démontre pourquoi ce mouvement serait un mouvement de résistance à l’anthropocentrisme.
Il articule son idée par le prisme de 4 créateurs afrofuturistes : Sun Ra, Wangechi Mutu, l’artiviste Alexis Pauline Gumbs et l’écrivaine Octavia E. Butler.

 

Sun Ra est un artiste titan en feu, génie total à l’oeuvre aux milles nuées… Peu aisé de présenter en quelques lignes l’univers de cet homme audacieux, indépendant . Voir plutôt l’essai de Joseph Ghosn dans lequel il précise :  “Sun Ra durant toute sa vie a affirmé avoir été , ce jour là, transporté sur Saturne et y avoir rencontré des autochtones”.

L’espace (et les hallucinations lysergiques, potentiellement) va irriguer toute sa démarche : musique, nom de label, show, titres, paroles, design de pochettes et costumes.

A l’origine des costumes de Sun Ra et de son groupe The Sun Ra Arkestra, il y a une femme : la flamboyante June Tyson.

Chanteuse que l’on entend notamment dans le bouillant The Complete Concert par John Cage Meets Sun Ra, violoniste, danseuse, elle fut une figure incontournable du Sun Ra ArkestraLes costumes brillants, avec des étoiles dedans, c’est elle. 

“Mais pour Sun Ra, cet apparat n’est pas uniquement de pacotille ou de circonstance. Il le dira à plusieurs  reprises : les costumes supposés être d’étranges mélanges extra terrestres et pharaoniques sont aussi là pour pointer que ces musiciens, tous noirs, peuvent aussi prétendre à autre chose que la vie qu’on leur promet en Amérique.” Joseph Ghosn

Comme pour les images stellaires, pour le philosophe Christophe Khim, ces costumes relèveraient d’un esthétique plus large qu’il nomme esthétique de la sidération : 

Les costumes que portaient Sun Râ et son Intergalactic Solar Arkestra, les rituels organisés lors de leurs concerts, le langage partagé – tels qu’ils ont été fixés par les images et les sons du film Space is the Place (1972) – ne seraient rien sans l’étrangeté radicale des formes de la musique de Sun Râ et de son orchestre, à l’origine d’une esthétique de la sidération.” Christophe Khim

 

Françoise Combes pourrait dire proche des poèmes

J’eus le vertige et je pleurai car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural dont les hommes usurpent le nom, mais qu’aucun homme n’a regardé : l’inconcevable univers“.

Jorge Luis Borges, L’Aleph (1949)

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