Les séries culinaires japonaises

- Modifié le 15/03/2018 par Département Sciences et Techniques

Les Japonais sont passés maîtres dans l'art de la mise en scène culinaire. La télévision démultiplie les formats pour faire de la cuisine un véritable show. Mais certaines séries, loin du récit d’apprentissage ou de la compétition, nous plongent dans le plaisir du quotidien.

Japanese Food
Japanese Food

La télévision japonaise aime dévoiler les coulisses des grands cuisiniers, le savoir-faire des artisans dans des émissions regardées par des millions de téléspectateurs. Des professionnels, des anonymes s’y affrontent quotidiennement dans des compétitions toujours plus intenses (Iron chef (1993) et toutes ses déclinaisons). La cuisine est un spectacle. Plusieurs télé-réalités mettent en scène des célébrités testant leurs connaissances, mangeant, cuisinant sous les yeux d’un public ravi (Japanese Style Originator, 2008). Des « anime » et Gourmet Dramas (ou Gouroume Doramas pour coller à la prononciation japonaise) montrent le quotidien d’une auberge (Oishinbo, 1988), d’un grand restaurant (Mondai no Aru Restaurant, 2015) ou simplement d’une cuisine familiale (Cooking Papa, 1992)

Certaines fictions s’attardent sur les gestes, les émotions. Que se passe-t-il dans la tête d’une personne qui mange seule au restaurant ? A quoi pense un cuisinier, lors de sa « mise en place » ?

Adapté pour la télévision en 2012, Le gourmet solitaire (Kodoku no Gourmet) est un manga dessiné par Jirô Taniguchi. Un commercial célibataire prend le temps d’apprécier ses pauses repas. Les plats choisis, les lieux, les parfums font remonter des souvenirs d’amours perdus ou de furtifs moments de joie. Sous les traits de Yutaka Matsushige, ce gourmet s’intéresse aussi bien à la nourriture qu’il va déguster qu’aux personnes derrière les fourneaux. Et n’hésite pas à explorer les autres gastronomies. L’auteur Kusumi Masayuki termine par une présentation du restaurant où a été tourné l’épisode. Cet attachement au lieu de préparation et de dégustation est le liant de tous les dramas suivants, une ode aux petites rues piétonnes de Tokyo emplies de restaurants.

Takeshi Kasumi, fraichement retraité, est débarrassé des contraintes du repas rapide, utilitaire ou professionnel. Il entre maintenant au hasard dans les restaurants, savoure des plats simples et s’autorise plus de bière qu’à l’accoutumée. Cette soudaine liberté l’entraine dans des rêveries historiques. Il  y croise son alter-ego, samouraï impétueux, qui ripaille et boit sans trop se soucier des conventions. Le monologue intérieur de Takeshi nous concentre sur les détails du service, la texture d’un ingrédient, la technique de cuisson ancestrale du plat à venir. Samuraï Gourmet est une série d’une grande fraîcheur, à la lenteur plus contemplative que mélancolique. Elle est adaptée du manga Nobushi no Gourmet, écrit par le même Kusumi Masayuki.

Midnight Diner (Shinya shokudō) nous fait entrer dans le quotidien d’un restaurant qui ouvre ses portes de minuit à l’aube. Chaque épisode débute avec « la mise en place », le cuisinier prépare ses légumes, fait cuire son riz et laisse son esprit vagabonder. Ses gestes sont précis, il travaille seul dans sa minuscule cuisine. La simplicité de sa carte est une feuille blanche sur laquelle les clients écrivent leur histoire personnelle : il prépare tout ce qu’on lui demande, tant qu’il a les ingrédients sous la main. Un plat qu’ils n’ont plus mangé depuis des années. Un plat qui réchauffe leur cœur et délie les langues. Le dialogue entre les clients est favorisé par la forme traditionnelle du bar qui encadre le patron. C’est le rendez-vous des travailleurs de la nuit, habitués insomniaques, fêtards ou malfrats repentis. Les collègues de travail s’y retrouvent pour éponger l’alcool. Le patron écoute silencieusement, intervient avec parcimonie. Ses plats parlent pour lui. Pour chacun de ces clients, le restaurant est un lieu social qui se transforme en bulle d’intimité. Le manga de Yarô Abe, dont est tiré cette série, a été publié en France au Lézard Noir sous le nom « La Cantine de minuit ». Il a obtenu le prix Asie de la Critique ACBD 2017.

Kantaro aime, adore, idolâtre les desserts. Pour pouvoir assouvir sa passion dévorante, il est représentant dans une maison d’édition. Ses tournées dans les différents quartiers de Tokyo ne sont que des prétextes. Son but : manger les meilleurs desserts de la ville et alimenter son blog de critique culinaire. Kantaro: The Sweet Tooth Salaryman est incarné par l’acteur de théâtre kabuki  Matsuya Onoe. Son visage expressif retranscrit à merveille les excès du manga  Saboriman Ametani Kantarou dessiné par ABD Inoue. Kantaro exulte face caméra. Il nous offre des orgasmes culinaires sans pudeur et nous emmène dans ses fantasmes complètement farfelus. Il entretient une très étrange relation œdipienne avec sa mère, à la profession profondément castratrice qui n’a fait qu’attiser son amour pour les sucreries. Kantaro décrit toujours scrupuleusement le dessert qu’il va déguster. Et nous régale de sucre, fruits, glaces et crèmes filmés au ralenti dans un ballet quasi pornographique.

Ce qui lie ces personnages : l’intérêt pour le savoir-faire, la provenance et la fraicheur des produits, le geste professionnel. L’attachement aux saisons. La curiosité pour les autres cuisines. Et le plaisir de manger, tout simplement.

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