Autres regards sur le Japon

- temps de lecture approximatif de 18 minutes 18 min - Modifié le 25/07/2016 par FGrignoux

La tragédie qui vient de secouer le Japon impose désormais une image désolée de ce pays. Dans la partie nord de l'île de Honshu, tout le littoral Pacifique est dévasté sur environ de 600 km, la mer ayant pénétré dans les terres sur plus d'une dizaine de kilomètres... C'est tout le nord est de l'île qui est ravagé, un bilan de plus de 10000 victimes, un demi million de réfugiés.

DEVAST~1
DEVAST~1 Côte dévastée après le tsunami à Haramachi-ku, Minamisōma, Fukushima - By Jun Teramoto (Flickr: after Tsunami) [CC BY-SA 2.0]

Les conséquences sociales, économiques, financières, politiques mais aussi culturelles seront de taille. Il y aura un avant et un après 11 mars 2011. La frayeur du nucléaire prolonge encore un peu plus l’épreuve, et ce drame là, c’est aux hommes qu’on le doit.
Cependant, ce qui forgeait l’identité du Japon il y a encore quelques semaines ne s’est pas effacé et la catastrophe interroge d’autant plus ce qui fait l’identité japonaise. Aussi les clés pour mieux comprendre l’attitude de la population dans ces circonstances, le rapport des citoyens avec l’état et la famille impériale, le comportement du secteur économique en de telles circonstances alors même que le pays peinait à sortir de la crise, sont essentielles. C’est aussi l’occasion de revenir sur les mutations de la société japonaise.

Japon : la fabrique des futurs, Jean-François Sabouret, 2011
Un excellent petit livre, très bien écrit par un éminent spécialiste du Japon, chercheur au CNRS. En quelques pages seulement, on comprend tant de choses sur ce pays complexe : culture, société, économie, enjeux stratégiques, rapport à la nature… En prime, quelques pages de références pour poursuivre sa réflexion (livres, articles, films, sites web). Au terme de cette lecture, on constate que le Japon a une capacité de résilience incroyable et comme ses habitants, on se met à croire en des jours meilleurs.

Le Japon méconnu, Manière de voir n°105, juin-juillet 2009, Monde diplomatique
Ce numéro revient sur la crise que connait le Japon à la fin des année 2000 : chute boursière, récession économique, chômage, disparition de l’opposition politique classique, problèmes d’immigration, vieillissement de la population, élargissement des disparités sociales, divorces et familles monoparentales en augmentation, violence à l’école, remise en cause de l’ascenseur social par l’éducation… Il montre le pays du Soleil-Levant en proie au doute et partagé entre Orient et Occident. Pour chaque thématique abordée, une référence à un titre de manga traitant du sujet.

Le Japon contemporain, sous la direction de Jean-Marie Bouissou, Fayard-Ceri, 2007
Une somme sur le pays abordant tous les aspects, dans leur dimension historique depuis 1945 (Economie et politique ; Etat ; Société ; Identités, mentalités, culture ; Relations internationales et défense), avec la participation de 23 auteurs, chacun spécialiste d’un aspect de la question. Un incontournable pour comprendre les mutations de ce pays.

Japon : crise d’une autre modernité, Philippe Pelletier, Belin, La documentation Française, 2003
Cette monographie complète et précise du Japon propose des textes issus de travaux de chercheurs tant japonais qu’occidentaux, accompagnés de cartes et d’encarts thématiques très pédagogiques. C’est un portrait complet du Japon, à la fois historique, géographique, économique, politique et socioculturel. On comprendra en le lisant, pourquoi, la situation géographique du Japon, son insularité, son histoire, l’ère Meiji, l’impérialisme avant 1945 ou encore la catastrophe nucléaire d’Hiroshima contribuent à dessiner l’évolution de la société nippone. Cette analyse permet de mieux comprendre les enjeux économiques et politiques de ce pays ainsi que le fonctionnement de sa société, face à la modernisation, au modèle occidental ou à la mondialisation.

Japon en crise

Certains japonais ont connu Hiroshima, le tremblement de terre de Kobe et aujourd’hui le séisme et une nouvelle menace nucléaire. On s’étonne du tempérament discipliné et peu expressif des Japonais dans de telles circonstances, et certains spécialistes l’expliquent par le fait que très tôt, les Japonais apprennent à ne pas manifester leurs sentiments en public, qu’ils savent que certains phénomènes naturels sont inévitables… Les japonais savent qu’ils ne sont que des hôtes de la nature, de passage et la formule « Shikata ga naï » (« on n’y peut rien ! ») exprime leur rapport à leur environnement et aux caprices de la terre.
Cependant, face à la catastrophe nucléaire, nulle question de Shikata ga naï. C’est de la responsabilité des hommes, de Tepco, du monde économique et politique …

Des images de spectres traversant des champs de ruines à la recherche d’un souffle de vie ou d’un débris d’une vie passée, des survivants entassés dans des centres d’hébergements de fortune dans l’attente d’un peu d’eau, de nourriture, de médicaments : comment imaginer que dans un pays tel que le Japon, des victimes d’un séismes attendent si longtemps une aide humanitaire qui peine à s’organiser. Comment penser, il y a encore quelques semaines, que ce pays, havre de l’innovation technologique, serait dépassé par les conséquences des avaries subies par la centrale de Fukushima ? A l’heure où le Japon devrait accueillir des milliers de touristes pour la floraison des cerisiers, tous les regards se portent sur la capacité de son gouvernement à résoudre cette crise, la plus grave depuis la fin de la guerre.

Crise de confiance à l’égard de l’État

Japon : un Séisme, un tsunami et une catastrophe nucléaire, Bilan géostratégie, Le Monde, mars 2011
Un article très éclairant sur la situation politique au Japon. Depuis 2006, les premiers ministres ont changé presque tous les ans. L’alternance politique depuis 2009, après plus d’un demi-siècle de domination du Parti libéral-démocrate n’a pas satisfait les espoirs de changement et de stabilité de l’exécutif. Yukio Hatoyama est tombé 10 mois plus tard. « Son successeur Naoto Kan ne fait pas l’unanimité dans un parti qui reste divisé par des courants allant de la gauche social-démocrate à la droite pro-américaine. A la veille du séisme, les jours du gouvernement Kan semblaient comptés en raison de l’impasse sur le vote du budget, qui devait être adopté avant le 1er avril. » Kan est impliqué dans une affaire de financement politique, sa popularité était en chute libre mais la gestion du désastre lui accorde un répit.

L’empire de l’intelligence. Politiques scientifiques et technologiques du Japon depuis 1945, Jean-François Sabouret, CNRS Editions, 2007
Un ouvrage essentiel pour comprendre la politique économique du Japon symbolisée par le mythique METI ou MITI (Ministry of International Trade and Industry). On relira particulièrement les chapitres consacrés à la politique nucléaire du Japon, visant l’indépendance énergétique du pays, vitale pour son développement économique.

Certaines personnalités japonaises se mettent aujourd’hui à chercher les coupables de cette catastrophe nucléaire, qui risque d’alourdir le bilan du séisme et du tsunami, et critiquent les retombées de la politique néo-libérale du premier ministre Junichiro Koizumi(2001-2006), les effets du manque de transparence de la politique nucléaire japonaise, les liens étroits entre l’organisme de surveillance du nucléaire et le MITI, la corruption politique… Désormais, la question du contrôle démocratique du processus décisionnel politique est posée par l’ensemble de la population. Le terrible désastre que vit le Japon aujourd’hui lève le voile sur une grave crise de confiance, un état endetté et une classe politique à bout de souffle.

Carnet de route au Japon, reportage, d’Anthony Dufour et Mathias Lavergne, Arte, 26/03/2011
Les « Hibakushas » étaient quasiment les seuls anti-nucléaires du pays, mais aujourd’hui, leur parole entre en résonance avec les inquiétudes des Japonais dans leur ensemble. Des Japonais qui, jusqu’à présent, entre pragmatisme et discipline, en avaient accepté la nécessité.

Crise économique et sociale

Les autorités japonaises ont estimé la semaine dernière que les dégâts causés par le désastre du 11 mars pourraient totaliser 300 milliards de $. Un coup dur pour une économie déjà ralentie. La Chine était déjà devenue la deuxième économie mondiale à la place du Japon en 2010, son produit intérieur brut ayant dépassé celui de l’archipel sur l’ensemble de l’année. Cette place, le Japon l’occupait depuis 1968.
En effet, l’économie japonaise traverse actuellement une période morose, subissant elle-aussi les effets de la crise mondiale. Certes elle n’est pas entrée en récession, mais son rythme de croissance s’était considérablement ralenti : baisse des exportations, surendettement, baisse de la consommation, diminution progressive du nombre d’actifs dû au vieillissement de la population. C’est ce que certains nomment « une phase d’assoupissement » pour qualifier la santé de l’économie nippone.

Après avoir atteint un record en grimpant à 5,7%, le taux de chômage au Japon marquait des signes d’embellie quelques semaines avant le séisme. L’économie nippone avait redémarré et les entreprises avaient commencé à réembaucher, particulièrement des salariés en contrats à durée déterminée ou par intérim.
Mais le séisme et le tsunami ont bouleversé l’activité des entreprises confrontées à d’importants problèmes logistiques. Les statistiques du chômage pourraient s’en ressentir dès le mois d’avril.

On a pu voir récemment sur les écrans français plusieurs films japonais traitant du chômage, avec ce qu’il véhicule d’humiliations, de rêves brisés.
Tokyo Sonata, Kiyoshi Kurosawa, récit d’un dérèglement familial suite au licenciement d’un père de famille , « métaphore d’un autre dérèglement plus général, social et historique […] ce dont témoigne brillamment le film de Kurosawa, c’est que, loin d’être une libération, la faillite du père est devenue la preuve de la destruction d’un monde ancien par la marche de l’économie, devenue folle, inaccessible et fantomatique. » (Le Monde)

Mais aussi, Departures de Yojiro Takita (2009), Moe No Suzaku de Naomi Kawase

Le Japon compterait, sur Tokyo, Osaka et Nagoya , entre 10000 et 15000 sans-abris (selon les critères retenus). On les appelle les houmuresu mais aussi les Buru tento, en référence à la couleur des bâches qu’ils utilisent pour se protéger. Certains sont ces jeunes qui, en mal d’emploi et de logement décent, passent leurs journées dans des cyber-café. Le gouvernement a parfois même édicté des lois leur interdisant de voler dans les poubelles (source de revenus et de nourriture) et pratiqué de nombreuses expulsions. L’exclusion reste un tabou au Japon, et la prise de conscience de ce problème est très récente au sein de la population. Mais il y a aussi de nombreuses personnes âgés, trop endettées qui préfèrent quitter leur foyer afin de ne pas pénaliser leurs familles (une loi interdit de saisir les biens d’une personne absente) d’ou le terme « Johatsu » (ce qui signifie « évaporation » pour qualifier ces sans abris). N’oublions pas que les loyers sont aussi extrêmement élevés au Japon (Tokyo est la ville où le loyer est le plus cher au monde.

Journal d’une disparition , Hideo Azuma
Cet auteur de manga témoigne du quotidien d’un SDF, de ses galères pour trouver à manger et du regard sévère que le reste de la population porte sur lui. L’ouvrage ne se veut pas pour autant un réquisitoire contre les Japonais et leur rejet du problème SDF. Il cherche plutôt à alerter l’opinion publique sur le sort d’une partie de la population que l’on a tendance à négliger. Lire sur ce thème Les SDF dans la littérature et le cinéma japonais, Courrier international, 14.02.2006.

On pourra lire aussi sur le même sujet, le superbe reportage de Lena Maugé pour la revue XXI, (printemps 2009) « Les évaporés », ainsi que le magnifique petit texte d’Eric Faye, Nagazaki, paru en 2010.

Le chômage touche particulièrement les jeunes (9% pour les 15-24 ans en sept 2010). Selon une étude du ministère de l’Education, 1/5è des étudiants japonais diplômés de l’université en 2010 n’ont pas trouvé de travail. D’après les résultats de l’enquête du ministère publiée par le quotidien Yomiuri, beaucoup de jeunes choisiraient même de poursuivre leurs études un ou deux ans de plus, uniquement parce que le marché du travail est saturé à l’heure actuelle .(Aujourd’hui, le Japon, 9/8/2010) La précarité touche aussi un grand nombre de personnes, les NEET (Not in Education, Employment or Training), et pourrait faire grimper le taux de chômage réel bien au-delà du chiffre officiel, soit 10%, d’après JF Sabouret. Or, l’identité sociale au Japon se construit d’abord dans le travail, afin de pouvoir faire des projets de famille, de retraite et avoir confiance dans l’avenir.

Si la lutte contre le chômage des jeunes est affichée comme une priorité, l’annonce du déclassement de l’économie japonaise a donné l’occasion au gouvernement de Naoto Kan de trouver d’autres mesures pour rebondir.
Afin de réagir à la baisse des exportations vers la Chine, un des principaux partenaires commerciaux, alors même que l’économie japonaise est très dépendante de son marché à l’export, le Japon cherche à se tourner vers les pays émergents pour combler un marché occidental et chinois morose. D’après un article de The Economist, Masayuki Naoshima, ministre de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie, appelle ça « la nouvelle frontière ». Les businessmen japonais préfèrent les acronymes Bric – pour Brésil, Russie, Inde et Chine – et Mints – pour Malaisie, Indonésie, Nigeria, Turquie et Arabie Saoudite. Deux types de marchés en plein développement, très friands de technologie et de modernité. Ce que peuvent leur apporter les entreprises japonaises. A condition que celles-ci s’adaptent. (Aujourd’hui, le Japon, 13/08/2010)


Autre parade à la crise, le gouvernement investit aussi dans la « cool Japan », consistant à favoriser l’industrie des produits culturels qui connaissent un succès grandissant sur la scène internationale depuis les années 70 : mangas, dessins animés, jeux vidéo et même cuisine…
Le traumatisme subi dernièrement par le Japon et ses conséquences financières, risquent fort de compromettre la réussite de ces mesures.

Défis stratégiques

Voisine du géant chinois et de la dangereuse Corée du Nord, alliée stratégique des Etats Unis, la position de la Chine oscille entre orient et occident, à la fois puissance asiatique et puissance occidentale, ce qui lui a valu de subir les suspicions de ses voisins asiatiques.

Chine ou Japon, quel leader pour l’Asie ?, Claude Meyer, 2010, Presses de Sciences Po
Ce petit essai interroge les destins croisés des deux pays et réfléchit aux formes que va pouvoir prendre leur rivalité économique et stratégique dans les vingt prochaines années. Leur rivalité croissante en Asie s’examine à l’aune de leurs ambitions globales : grande puissance civile au service de la paix pour le Japon, superpuissance en devenir pour la Chine.

Le défi japonais : Tokyo s’ouvre au monde, Régine Serra, 2011
Entre orient et occident, depuis la fin du XIXè siècle, la Japon cherche sa place d’acteur international, la relation que Tokyo entretient avec le monde étant profondément liée à sa quête d’identité nationale. Puissance économique et financière incontournable, le Japon peine encore à être reconnu sur la scène diplomatique mondiale, malgré une activité diplomatique importante ces dernières années (intervention en Irak, missions humanitaires, aide au développement). Ce petit ouvrage revient sur les grandes lignes de la politique étrangère du Japon depuis 1945 pour éclairer la position japonaise actuelle dans le concert des grandes nations.

La société japonaise : une culture plurielle


Le mot Japon évoque dans toutes les mémoires la vision d’une geisha, des groupes d’écolières en uniforme, des jeunes filles vêtues telles des héroïnes de mangas, des centaines de Tokyoïtes pressant le pas, mais aussi des estampes délicates, des temples shintoïstes et du mont Fuji. Pourtant, notre vision de la culture japonaise est, la plupart du temps, empreinte d’idées reçues, de clichés ou d’incompréhension. Voici quelques ouvrages, dans lesquels des japonologues, écrivains et journalistes, nous livrent les clés pour comprendre et apprécier la société japonaise dans toute sa diversité, ses contrastes et ses subtilités.

Les Japonais, Karyn Poupée, Tallandier, 2008
C’est un portrait de la société nippone, dans toute sa diversité et ses contrastes. L’analyse pointue de l’évolution historique et socioculturelle du Japon depuis 1945 ainsi que l’observation de la vie quotidienne des Japonais permettent à l’auteur de décrypter les spécificités historiques, sociales et culturelles du fonctionnement de la société japonaise d’aujourd’hui. On y retrouve les années fastes de la haute croissance entre 1955-1973, les yakusa, la solidarité nationale ou encore les konbini, supérettes multiservices ouvertes 24 heures sur 24, véritable réseau indispensable à tout Japonais et miroir de l’organisation sociétale, l’innovation technologique (en particulier la création d’humanoïdes) et la consommation, les deux poumons de l’économie du pays.

Japon, la crise des modèles, Muriel Jolivet, Editions Philippe Picquier, 2010
La jeunesse est vécue au Japon comme une bulle de liberté totale avant de revêtir le costume sombre et de rejoindre les bureaux chaque matin, destinée de l’adulte. Pourtant, ce livre révèle que cette période est plus complexe qu’il n’y parait. Derrière la désinvolture, l’individualisme, la volonté de se démarquer des autres, ou au contraire de revendiquer l’appartenance à un groupe -cheveux colorés, maquillage, vêtements ou déguisements- se cachent des interrogations, des angoisses, des révoltes, des idéaux, véritable miroir grossissant des contradictions et d’une fracture sociale de plus en plus visible. La jeunesse dite « cristal », aisée, flambeuse et consumériste à outrance, les gyaru et kogyaru, pour qui le paraitre et l’effet visuel de l’allure donnent lieu à toutes les excentricités possibles, le boycott apparent du mariage et de la maternité, ou encore les hikikomori, dont la pathologie psychosociale se manifeste par le refus de tout contact avec l’extérieur, qui touche principalement les jeunes, sont quelques uns des portraits analysés ici.
En décryptant la dynamique socio-spatiale, les tribus, les langages, les codes vestimentaires, la sexualité, les moyens de subsistance, l’auteur propose un regard pertinent sur la jeunesse japonaise et mène une enquête minutieuse reposant sur un travail de terrain et une recherche très documentée.

Dans son roman L’arbre du voyageur, Itonari Tsuji témoigne du désœuvrement, de la détresse et de la violence dans lesquels peuvent sombrer les jeunes Japonais, à travers le voyage initiatique d’un jeune provincial à la recherche de son frère disparu dans les quartiers branchés de Tokyo. Citons encore Les bébés de la consigne automatique, dans lequel Ryu Murakami dépeint la fracture sociale, le chômage et la délinquance chez les jeunes à travers les destins parallèles de deux frères dans les bas-fonds de Tokyo, après avoir été abandonnés dans une consigne automatique de gare.

Shibuyettes sorties tout droit d’un film d’animation, femmes économisant des sommes folles pour un sac Vuitton obéissant ainsi à la dictature du luxe, opposantes au mariage ou bien pratiquant assidument le konkatsu (démarches actives pour rencontrer l’homme répondant aux « 3C » : confortable -revenus annuels supérieurs à 7 millions de yens-, communicatif, coopératif), sexe omniprésent dans les mangas et pourtant quasi inexistant au sein du couple, recherche de la perfection et de l’organisation dans tout le quotidien professionnel, familial, dans le rapport à la nature ou la spiritualité sont autant de caractéristiques qui reflètent la diversité et les paradoxes de la culture japonaise.

Tokyo sisters. Dans l’intimité des femmes japonaises, Raphaëlle Choël, Julie Rovéro-Carrez, Paris, Editions Autrement, 2010
Sur un ton humoristique et décalé, deux journalistes parisiennes dépeignent différents portraits de femmes tokyoïtes, résolument engagées dans la modernité mais qui ne renoncent pas pour autant à leurs traditions. Ces chroniques de femmes, entre 15 et 60 ans, mariées ou célibataires, mères au foyer ou carriéristes, nous livrent les clés pour déchiffrer ce que nous, occidentaux, nommons « le paradoxe de la culture japonaise ».
C’est toute la société nippone, son fonctionnement, ses particularités subtiles et ses richesses que ces témoignages nous invitent à découvrir, en abordant des thèmes aussi variés que la mode, le goût pour le luxe et le shopping, le rapport à l’argent, le mariage, la sexualité, les loisirs, les traditions spirituelles et culturelles, l’éducation, mais aussi cette timide et néanmoins réelle évolution des rapports hommes / femmes.

Au Japon, l’émotion et l’expression visuelle de la libido, dont le visage est le miroir le plus révélateur, demeurent tabou, bien plus que l’acte physique en lui-même. L’érotisme lolicon a explosé depuis ces 20 dernières années. Ce fantasme de la lolita trouve son origine dans la culture traditionnelle qui, de tout temps, cherche à exalter le charme de l’éphémère, de ce qui va passer, de ce qui est en devenir, ce que symbolise parfaitement la jeunesse. Ce culte de la jeune fille (pré voire non pubère) trouve son expression dans les lois stipulant l’âge de la majorité sexuelle à 13 ans et dans un marché économique de l’érotisme, les fameux love hotels, les imekura, clubs avec hôtesses dispensant des prestations sexuelles, ou encore les maids cafes, lieux de fantasmes dans lesquels les serveuses déguisées en playmate ou en soubrettes ingénues se livrent à un jeu de séduction un peu niais avec le consommateur. Par ailleurs, tous les Japonais ne versent pas dans ces pratiques radicales et avec une moyenne de 45 rapports annuels (moyenne mondiale de 103), le Japon est le pays où l’on fait le moins l’amour au monde, en particulier chez les couples mariés. Les aventures extraconjugales sont en revanche plutôt bien tolérées. Toutefois, « la sexualité japonaise est si socialement normée, cadrée et pourtant si secrète, si confinée que l’on peine à en dresser un portrait-robot ». Ainsi, faute d’une compréhension pointue et de repère commun, abstenons-nous d’émettre tout jugement négatif sur la sexualité nipponne, bien plus complexe qu’il n’y parait.

Faire l’amour au Japon, Frédéric Ploton, Aubanel, 2010
Ce petit livre issu de la collection « Faire l’amour dans le monde » nous livre la manière dont les Japonais pensent et vivent leur sexualité. L’ouvrage aborde, sur un ton décomplexé et humoristique, les pratiques amoureuses des Japonais, l’acte sexuel, les fantasmes mais aussi les tabous, l’infidélité ou la prostitution.
L’écrivain Yoko Ogawa dépeint avec talent et poésie l’érotisme lolicon dans plusieurs de ces œuvres, en particulier Hôtel Iris, l’étonnante histoire d’amour et de désir entre une jeune réceptionniste d’hôtel et un vieux traducteur.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *