Nouvelles modes alimentaires en Occident

- temps de lecture approximatif de 10 minutes 10 min - Modifié le 22/06/2016 par Sabine Bachut

Végétarisme, véganisme, crudivorisme, "no gluten", "no milk", "jeune" ou détox, petit tour des régimes alimentaires en vogue dans nos sociétés occidentales...

© Pixabay
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Nos magazines et nos écrans débordent d’informations, d’alertes, de recommandations au sujet de l’alimentation. Nous sommes informés, voire sur-informés, sur la nocivité de certains produits alimentaires.
Émerge alors un sentiment collectif d’angoisse et de recherche du « manger sain » laissant la part belle aux « experts » de tout bord nous proposant tous LA recette pour « manger mieux ».
Pour vous, nous décryptons certaines de ces nouvelles modes alimentaires alimentaires.

Le végétarisme

Le végétarisme est un courant ancien qui fait référence à une alimentation excluant les viandes, les volailles, les poissons et les fruits de mer. Loin des allégations de santé mises en avant par les tenants du « sans gluten » ou « sans lactose », c’est plutôt la volonté de lutter contre l’industrie agro-alimentaire et de respecter de la vie animale, qui prime.
Alors que toutes les études le désignent comme le régime alimentaire le moins nocif sur le plan nutritionnel, (même s’il faut respecter un certain équilibre alimentaire pour éviter les carences) le végétarisme a toujours été regardé avec circonspection.

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Végétalisme ou véganisme

 

Végétalisme et véganisme sont issus de la même branche que le végétarisme. Si le végétalisme bannit de l’alimentation tous les produits issus des animaux, le véganisme va plus loin et prohibe tout produit de la vie courante ayant potentiellement utilisé un animal dans un stade de sa fabrication.

Ses adeptes sont plus impliqués émotionnellement du fait de la maltraitance des animaux et défendent souvent très âprement ce régime.
Dans un cas comme dans l’autre, du fait de la suppression totale des apports nutritifs liés à la consommation de viande, il faut être d’autant plus vigilant aux carences, notamment en vitamine B12.

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Alimentation vivante / crudivorisme

Le crudivorisme, appelé également l’alimentation vivante, est une pratique alimentaire qui consiste à se nourrir exclusivement d’aliments crus et souvent issus de l’agriculture biologique. Les défenseurs du crudivorisme estiment que les enzymes, les vitamines et tous les nutriments, notamment anti-cancérigènes, contenus dans les aliments seraient détruits avec la cuisson. Les crudivoristes se réclament d’un retour à la terre, aux origines de l’alimentation de l’homme (le fameux régime du chasseur cueilleur de la préhistoire), tout en oubliant que faire cuire les aliments apporte d’autres éléments nécessaires au bon fonctionnement de notre organisme. Ils peuvent même être dangereux en prônant une alimentation uniquement crue pour des personnes malades, atteintes d’un cancer par exemple, car ils suscitent l’espoir de guérir par ce biais, ce qui est impossible en l’absence d’un autre traitement…

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Sans lactose ou Nomilk

Nous ne parlons pas ici des personnes véritablement atteintes d’intolérance au lactose ou allergiques, mais de celles qui font le choix d’arrêter de consommer tout aliment contenant du lactose. Leur choix peut être une réaction au lobby du lait, ou sur allégations de proches : « je n’ai plus d’acné », « j’ai moins de douleur »…
En France la polémique est aussi partie d’un livre de Thierry Souccar dénonçant l’industrie laitière et ses recommandations de consommation basées sur de fausses allégations.
Le docteur Jean-Marie Bourre, dans son livre Le lait : vrais et faux dangers, montre les dangers à se passer complètement de produits laitiers. Il conseille plutôt de privilégier la qualité, d’en consommer régulièrement et en quantité raisonnable.

Dans le magazine Pratiques en nutrition n°39, le professeur Jean-Louis Schlienger ne dit pas autre chose : « le lait, aliment de l’enfance qui fait partie des fondamentaux de la nourriture depuis le néolithique, est actuellement l’objet d’une campagne de dénigrement pour des motifs divers et variés. L’exclusion du lait et de ses dérivés est devenue pour certains une solution à tous leurs maux ou presque. En dehors de situations caractérisées comme l’allergie aux protéines de vache, l’intolérance au lactose, le rare syndrome de déficit cérébral aux folates ou la constipation sévère chez l’enfant, il n’existe pas de raison validée d’exclure le lait et ses dérivés de l’alimentation usuelle » . Et de citer de nombreuses études qui mettent en évidence l’absence de résultats liées à un arrêt du lait et de ses produits dérivés.

Mais comme tout aliment, il doit être consommé de manière raisonnée pour ne pas produire d’effets indésirables. D’ailleurs, le hors série du magazine 60 millions de consommateurs n°179, précise « en trop forte quantité, le lait et les produits laitiers seraient loin d’être bénéfique pour la santé. Les pouvoirs publics envisagent de revoir leurs recommandations ». L’ANSES étudie les données scientifiques actuelles à disposition pour réviser ses critères, pas toujours évidents dans un contexte de publications foisonnantes…

S’ils veulent éviter les carences en calcium, vitamine D et riboflavine, limiter les risques de fractures et d’ostéoporose, les « no milk » doivent alors avoir recours à des compléments alimentaires.

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Sans gluten ou Noglu

Sans être allergiques ou malades, de nombreuses personnes choisissent d’arrêter le gluten. Cette mode alimentaire s’est constituée très rapidement, via le bouche à oreille, avant même que des articles scientifiques ou grand public ne la signalent. Mais pourquoi le gluten s’est-il retrouvé « alimentum non grata » dans le régime alimentaire de certaines personnes ?

- de l’effet psychologique de suggestion : en s’imposant de ne pas consommer de gluten, on pense en retirer des bénéfices, et être « meilleur » que les autres qui ne maîtrisent pas leur alimentation.
- d’une réaction contre l’industrialisation de la nature : en ne consommant pas un produit très présent dans l’industrie agroalimentaire, on défend un choix écologique et on se réapproprie son alimentation.
Le docteur Jean-Michel Cohen parle de « néophobie : une nouvelle peur qui ne s’appuie pas sur la nocivité d’un produit mais sur les bienfaits de son éviction pour la santé ».

Dans le Hors série de 60 millions de consommateurs n°179, à propos des régimes sans gluten : « L’arrêt du gluten est alors le bouc émissaire de symptômes assez classiques comme la fatigue, le manque de concentration… « L’arrêt du gluten revêt souvent une dimension de changement de vie », constate Claude Fischler, sociologue. Pour les partisans du « sans gluten », nous serions génétiquement mieux adaptés à cette alimentation sans céréales modernes, plus proche de celles des chasseurs-cueilleurs. Un argument non étayé par des études cliniques… Le véritable danger réside dans la possibilité de passer à côté d’un diagnostic de maladie cœliaque. On considère en effet qu’environ 30% des cas d’hypersensibilité seraient en réalité attribuables à une maladie cœliaque mal dépistée. Or, une fois le gluten supprimé, celle-ci n’est plus détectable et, faute de suivi, le régime est souvent moins rigoureux. Dès lors, la maladie peut continuer d’évoluer silencieusement, exposant au risque de complications. Un risque que l’on évitera en consultant un gastro-entérologue. »

A lire également « Nourriture « sans gluten » : le grand malentendu » dans Sciences et Vie, n° 1175, août 2015, p. 32-35.

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De la détox au jeûne

Le dernier courant à la mode : se détoxifier, se purifier, soit par un jeûne plus ou moins long, soit par l’ingestion exclusive de soupes ou de légumes. Pourquoi cette quête du rien ? Après les sans viande, sans lait, sans gluten, la boucle est bouclée, on nous propose du rien pour parfois fort cher dans des établissements qui surfent sur cette nouvelle vague. Le nutritionniste Jean-Michel Cohen met en garde, si le jeûne de courte durée (24 à 48h) n’est pas nocif à la santé, attention au jeûne plus long qui force le corps à puiser dans ses réserves et épuise le cœur. De plus, le risque de créer des carences importantes est assez élevé.

Par ailleurs, on voit fleurir dans les médias et les maisons d’édition, un discours prônant les bienfaits du jêune contre le cancer, celui-ci étant revêtu de tous les bienfaits. Dans Pratiques en nutrition n°39, sur ce propos, Christophe Moinard et Corinne Aubel mettent en garde :  » la pratique du jeûne thérapeutique pour lutter contre le cancer et/ou accentuer l’efficacité de la chimiothérapie est très populaire dans les médias où elle est présentée comme une alternative efficace. Cependant, force est de constater que le niveau de preuve scientifique est bien maigre. En effet, s’il existe des données intéressantes sur cultures cellulaires, les résultats divergent largement en fonction des cellules cancéreuses étudiées. Il en est de même pour les résultats précliniques où le succès du jeûne dépend du type de cancer étudié. De plus, l’ensemble des travaux disponibles sont l’œuvre d’un seul groupe de recherche et il convient d’attendre que ces résultats soient corroborés par d’autres équipes scientifiques. Enfin, il n’existe, à ce jour, aucune étude clinique permettant de valider ce concept. »
Connaissant les conséquences dramatiques de la dénutrition dans ces populations, le principe de précaution devrait s’imposer en attendant de disposer de données scientifiques plus robustes et protocoles de jeûnes bien standardisés en fonction du type de cancer et du type de traitement. »

JPEG - 29 koJPEG - 31.9 koCette volonté de maîtriser ce que nous ingérons à travers ces nouvelles modes alimentaires interroge.

D’une part, la formule trouvée par le docteur Jean-Michel Cohen : « je suis ce que je mange », donc  » je vais devenir ce que je vais décider de manger » résume bien l’état d’esprit dans lequel baigne nos concitoyens. Mais la frontière est fine entre réalité et démagogie, entre choix alimentaire raisonné et illusion de se guérir par ce choix.

D’autre part, subsiste l’interrogation de l’impact de ses nouvelles pratiques sur la consommation. Alors qu’elles se fondent en grande partie sur le rejet des produits issus de l’industrie agroalimentaire et la recherche d’une alimentation « saine », les nouvelles modes alimentaires voient fleurir dans les rayons des supermarchés des labels végétariens, « sans lactose », « sans gluten »…
Ou comment, in fine, le commerce finit toujours par s’adapter aux modes !

 


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