Grippe A mode d’emploi

- temps de lecture approximatif de 11 minutes 11 min - Modifié le 05/07/2016 par FGrignoux

Le virus de la grippe A (H1N1) menace. Les autorités sanitaires et les gouvernements semblent se préparer à une pandémie. Doit-on craindre une nouvelle grippe espagnole comme un siècle plus tôt ? Tentons de faire le point sur ce que nous savons réellement de ce nouveau virus à l'heure actuelle.

© Pixabay
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Lors du printemps 2009 apparaissait une nouvelle forme de grippe, d’abord nommée porcine, puis H1N1 ou tout simplement « A ». Depuis, les autorités sanitaires nationales et internationales sont sur le pied de guerre, les médias diffusent pléthore d’informations plus ou moins alarmistes, les entreprises pharmaceutiques se sont lancées dans la production à grande échelle de vaccins, et le président des Etats-Unis Barack Obama a signé le 24 octobre un décret instaurant un état d’urgence sanitaire nationale. Il est certes trop tôt pour vouloir ébaucher un bilan, les frimas de la fin d’année commencent à peine à pointer leur nez, et l’on ne sait pas encore quelle sera vraiment l’efficience de cette pandémie. Par conséquent il est seulement possible de condenser ce que l’on sait à l’heure actuelle, en partant de ce qu’est la grippe, matrice de toutes les épidémies grippales, pour ensuite reprendre ce qui est avéré au sujet de ce nouveau virus, avant de clore sur une petite note de prudence relative à nos réactions face à cette nouvelle menace.

Au commencement était la grippe…

… puis elle se transforma…

… mais qui a peur de la grippe A ?

grippe mexicaine

 Au commencement était la grippe…

La grippe est une maladie très contagieuse, aussi banale que redoutable, dont le virus se caractérise par une grande capacité à se modifier : on peut donc la contracter plusieurs fois, car il n’y pas une grippe, mais des grippes. Sa gravité est souvent liée aux complications bactériennes pulmonaires qui l’accompagnent.
Les symptômes typiques sont caractérisés par un début très brusque, marqué par de la fièvre (la température peut dépasser 39 ou 40 degrés), des maux de tête et des douleurs musculaires.
La précision du diagnostic clinique peut exiger la réalisation d’examens virologiques. L’OMS a mis en place un réseau international de laboratoires dont le but est de repérer, de signaler et d’identifier les épidémies de grippe. La forme la plus spectaculaire d’évolution de la grippe est la pandémie.
Un vaccin peut être préparé grâce à la culture en masse du virus sur l’embryon de poulet ; quand le virus change, le vaccin doit lui-aussi être modifié.
La mortalité de la grippe saisonnière est évaluée à environ 4 000 à 6 000 décès chaque année.

Epidémie ou pandémie ?

Le terme épidémie vient du grec epidêmos, « qui circule dans le pays » ; le Petit Robert 2007 définit l’épidémie comme une « apparition accidentelle d’un grand nombre de cas (d’une maladie infectieuse transmissible), ou [comme l’]accroissement considérable du nombre des cas dans une région donnée ou sein d’une collectivité ».

Dans le terme pandémie, le préfixe grec pan signifie « tout », ce qui donnera logiquement la définition suivante dans le Petit Robert, c’est-à-dire une « épidémie qui atteint un grand nombre de personnes, dans une zone géographique très étendue ».

Sources :

  • Définition « grippe » de l’Encyclopaedia Universalis, 2008, Claude Hannoun
  • Dossier repère sur Le Monde.fr (édition abonnés)

Petite chronologie des grippes :

  • 1918-1919 : la grippe espagnole (H1N1), ainsi nommée parce que l’Espagne, pays non-belligérant durant le conflit mondial, fut la seule à signaler officiellement ses cas. En fait elle venait probablement de Chine. L’estimation des décès qu’elle occasionna varie entre 30 millions et 100 millions selon les sources ; la moitié concernait des personnes âgées de 20 à 30 ans.
  • Hiver 1957-1958 : la grippe asiatique (H2N2) tua environ deux millions de personnes.
  • 1968 : la grippe de Hong-Kong (H3N2) fut à l’origine d’un million de décès, surtout parmi les personnes âgées.
  • 2003 : la grippe aviaire (H5N1) ne fut pas qualifiée de pandémie ; elle demeura relativement confinée en Asie, tuant une soixantaine de personnes.

En savoir plus :

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Les grippes en question : comprendre un fléau, de Paul Léophonte, éditions Privat, 2007.

Faut-il parler de la grippe ou de plusieurs sortes de grippes ? Quels liens entre la grippe saisonnière et les pandémies périodiques, telle la grippe espagnole qui, au début du XXe siècle, fut la cause de 50 millions de morts dans le monde ? Doit-on redouter un semblable fléau avec la grippe aviaire dont les plus hautes autorités de santé conjecturent une épidémie mondiale prochaine ? Que croire ? Que redouter ? Que comprendre ? Comment se soigner, se protéger ? Qu’attendre des pouvoirs publics ? L’auteur aborde avec clarté des notions scientifiques et avec pragmatisme les questions plus familières que chacun se pose sur cette maladie pleine de paradoxes.

Ce qu’il faut savoir sur la grippe aviaire, DVD documentaire, avec François Bricaire et Jean-Philippe Derenne, 2006.

Avec le virus H5N1, le monde risque d’être bientôt confronté à un des plus grands fléaux sanitaires des temps modernes. Mais qu’est-ce qu’un virus, que signifie ce nom H5N1, comment et pourquoi il mute ? Au cours de cet entretien, François Bricaire et Jean-Philippe Derenne, chefs de service à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, nous rappellent le rôle joué par les grandes pestes au cours de l’Histoire et nous disent comment nous devrons nous organiser face à cette calamité que le génie humain, pour la première fois, aura su prévoir, et prévenir.

Les données sur la grippe de l’Institut de veille sanitaire.

… puis elle se transforma…

D’abord nommée « grippe porcine », elle apparait au Mexique lors du printemps 2009 et peut être considérée comme la première pandémie du XXIème siècle déclarée officiellement comme telle par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Les résultats actuels des séquences génomiques du virus A / H1N1 indiquent en effet un virus grippal provenant de divers virus influenza porcins, lesquels peuvent être à leur tour issus de virus humains ou aviaires. De type A, il est caractérisé en outre par deux sous-types, désignés par les lettres H et N.

La consommation de viande porcine n’entraîne pas contamination, même si l’OMS, par principe de précaution, préconise un lavage des mains avant et après manipulation.

Relativement à la grippe saisonnière, les populations jeunes (de 5 à 50 ans) semblent davantage touchées, n’ayant pas eu l’occasion d’être exposées aux virus de la famille H1N1 qui ont circulé jusque dans les années 1950.
Selon un article du quotidien Le Monde datant du 23 octobre 2009, « les femmes enceintes constituent, selon le Haut Conseil de la santé publique (HCSP),  » un groupe particulièrement à risque « , en particulier au cours du troisième trimestre de grossesse. Les autres personnes plus exposées à des formes sévères sont celles souffrant de maladies chroniques sous-jacentes : pathologies respiratoires, cardiovasculaires, hépatiques ou rénales, un déficit immunitaire (dû à une maladie ou à un traitement) ou un diabète. L’obésité (avec un indice de masse corporelle supérieur à 30) apparaît également être un facteur de risque, mais la part qui revient à l’obésité elle-même ou aux maladies qui lui sont habituellement associées reste à déterminer. »

Les symptômes sont identiques à ceux de la grippe saisonnière, c’est-à-dire « fièvre, toux, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, maux de gorge et écoulements nasals, parfois accompagnés de vomissements ou de diarrhée. »
Des complications peuvent survenir, la plus probable semblant être la pneumonie virale.

Comme pour toute grippe, les biais de propagation sont :

  • la voie aérienne, c’est-à-dire la dissémination dans l’air du virus par l’intermédiaire de la toux, de l’éternuement ou des postillons
  • le contact rapproché avec une personne infectée (lorsqu’on l’embrasse ou qu’on lui serre la main)
  • le contact avec des objets touchés et donc contaminés par une personne malade (exemple : une poignée de porte).

La période de contagiosité commence dès les premiers symptômes et dure à peu près 7 jours.

Sources :

Avec ou sans vaccin ?La campagne française de vaccination contre la grippe A a commencé le 20 octobre pour les personnels de santé.
La Commission européenne avait accordé une autorisation de mise sur le marché au Focetria de Novartis et le Pandemrix de GlaxoSmithKline le 28 septembre 2009 et au Celvaplan de Baxter (sans adjuvant) le 9 octobre 2009.

Cette médiatisation autour de la grippe A a relancé le débat autour de la vaccination et de ses éventuels effets secondaires.
Dans leur livre La Vérité sur la grippe A(H1N1), (éd. Delville santé, 144 p., 15 euros), les docteurs Bruno Lina et Jérôme Salomon notent que « l’historique pasteurien fait que le pays est très en faveur des vaccins et promoteur, producteur de vaccins. Pourquoi vacciner des enfants qui pourraient faire leur immunité naturellement ? Cette question alimente régulièrement le débat ».
La chaîne de télévision
Arte présentait d’ailleurs le mardi 20 octobre un documentaire intitulé « Grippe A, un virus fait débat » dans lequel l’achat massif de vaccins et de médicaments par les différents gouvernements était remis en cause comme étant prématuré relativement au danger réel.
Un antiviral utilisé contre la grippe, le Tamiflu, a aussi été mis en cause par une étude britannique publiée le 11 août 2009, laquelle affirme que les effets indésirables sur l’enfant sont plus grands que les bénéfices ; ainsi, la durée des symptômes serait à peine réduite d’un jour et demi, alors que le patient pourrait souffrir de déshydratation ; la Health Protection Agency avait déja signalé qu’un certain nombre d’enfants traités avaient souffert de nausées et de cauchemars.

En savoir plus :

Grippe A (H1N1) : tout savoir, comment s’en prémunir, Bruno Housset, Jean-Philippe Derenne, éditions Fayard, 2009.

Au printemps 2009 est apparu un nouveau virus de la grippe, le A (H1N1), dont les ravages au Mexique ont mis la planète en alerte. Si l’Europe n’a pas été sévèrement touchée, il est à craindre que la grippe qui sévira sous nos latitudes à la fin de l’automne proviendra de cette nouvelle souche virale.
Toutefois, nul ne peut affirmer aujourd’hui ce qu’il adviendra l’hiver prochain. Quel sera le scénario de la grippe A : celui de la grippe espagnole de 1918-20 (70 millions de morts dans le monde), celui de la grippe asiatique de 1957 (1 million de morts) ou de la grippe de Hong Kong de 1968 (18 000 morts en France) ?
Dans cette édition entièrement refondue et actualisée, les professeurs Bricaire, Derenne et Housset envisagent tous les cas de figure et en détaillent les conséquences sociales, économiques et surtout, politiques. Serons-nous protégés face à cette nouvelle menace sanitaire ? La France, qui est l’un des pays les mieux préparés au monde, saura-t-elle prendre ses responsabilités et permettra-t-elle de protéger les pays plus démunis ?

… mais qui a peur de la grippe A ?

Les risques d’amplification d’une nouvelle épidémie sont effectivement réels, que ce soit à cause de la concentration urbaine ou du développement des moyens contemporains de communication ou de diffusion.
Mais, plutôt que dûe à la maladie en elle-même, la réaction collective face à elle reflète les angoisses de nos sociétés contemporaines, ce que nous rappelle utilement Denis Duclos dans le Monde diplomatique n°666 (septembre 2009). De fait, l’intensité de la mobilisation sanitaire liée à l’exploitation médiatique de cette fameuse grippe peut engendrer des réactions anxiogènes de la part du grand public. Les discours d’affolement finissent par se transformer en théories du complot évoquant divers bioterrorismes, parfois d’origine étatique. Ainsi fleurit dans ce contexte l’hypothèse d’une purge démographique destinée à lutter contre la surpopulation, hypothèse qui, selon Denis Duclos, cache en son sein un désir inconscient attribué par ses auteurs à quelque tiers malfaisant.

Et pourtant, selon un sondage Ifop, effectué les 17 et 18 septembre auprès d’un échantillon de 975 personnes, le niveau d’inquiétude des Français a diminué depuis juillet : seuls 32 % d’entre eux s’avouent anxieux face à la pandémie (- 3 %), alors que les deux tiers (68 %) affirment ne pas ressentir de crainte particulière.

Et si la peur était avant tout d’ordre économique ?

Une étude de la banque Natixis estime actuellement le coût de la grippe A à 55 000 milliards de dollars en 2009, ce qui demeure marginal (0,002% du PIB mondial). Mais ces chiffres peuvent évidemment augmenter si la pandémie s’intensifie. Selon le cabinet britannique Oxford Economics, dans une étude publiée le 17 septembre, la pandémie pourrait repousser d’un à deux ans le redressement de l’économie mondiale.

Le risque économique est directement lié à la peur ressentie par la population ; une véritable inquiétude pourrait notamment accroître l’absentéisme des salariés et engendrer la constitution de stocks alimentaires. En outre, l’obligation faite aux entreprises de se préparer à un niveau d’alerte maximal a occasionné de lourds investissements (masques, produits désinfectants, outils pour le travail à distance). En ce qui concerne la Sécurité sociale, la pandémie grippale risque de creuser le déficit déjà aggravé par la crise économique.

Les entreprises risquant le plus de souffrir de la grippe A sont celles ayant affaire au grand public, c’est-à-dire les transports aériens, le tourisme, la grande distribution, les transports terrestres, les enceintes sportives, les salles de spectacle, les restaurants…

Source : numéro spécial du quotidien Le Monde publié le 23 octobre 2009

A lire :

La rumeur : histoire et fantasmes, Pascal Froissart, éditions Belin, 2002

Une analyse originale de la rumeur, que l’auteur classe parmi les fantasmagories auxquelles nous aimons croire. Une critique argumentée de la soi-disant « science de la rumeur ».

La société parano : théories du complot, menaces et incertitudes ,Véronique Campion-Vincent, éditions Payot, 2005


Les théories du complot sont la croyance à des complots fantasmés, qui n’existent pas, et en particulier à des complots planétaires. Cette paranoïa est typique de la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Un décryptage des sensiblilités contemporaines.

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