Printemps arabe

De nouveaux espoirs pour la démocratie

- temps de lecture approximatif de 24 minutes 24 min - Modifié le 29/06/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

Partis de Tunisie en décembre 2010, les mouvements révolutionnaires se sont propagés au cours du printemps 2011 à un grand nombre de pays du bassin méditerranéen et du Moyen Orient, d'Egypte au Yemen, en passant par la Lybie et la Syrie.

Manifestation à Bayda (Libye)
Manifestation à Bayda (Libye) © wikipédia

Même si cette « contagion » révolutionnaire est partout portée par la jeunesse et animée des mêmes idéaux politiques de liberté et de dignité, elle a rencontré des fortunes diverses selon les pays : si Ben Ali a quitté le pouvoir en Tunisie dès le 14 janvier, si l’Egypte prépare des élections législatives et présidentielles pour cet automne, la Syrie, elle, connaît une répression sanglante et la situation en Lybie reste encore confuse. De nombreux livres de spécialistes de la région, ou de témoins directs, ont parus depuis le début de cette onde de choc. Mais bien d’autres, publiés avant janvier 2011, décrivaient des mouvements de protestation de moindre ampleur et surtout un terrain social, économique, politique, propice à un embrasement. Nous proposons quelques pistes de lecture parmi le bouillonnement des opinions sur ce sujet brûlant, tout d’abord sur chaque pays mais encore sur les aspects communs à ces mouvements réunis sous l’appellation « révolutions arabes » ou « printemps arabe ». Il nous semblait important à cette occasion, de revenir sur la longue histoire des révolutions dans le monde arabe mais aussi sur l’expérience démocratique, trop souvent oubliée, de ces pays du sud de la Méditerranée.

1. Le printemps arabe : points de vues par pays


Le 89 arabe : réflexions sur les révolutions en cours, de Benjamin Stora, Stock.
Un échange passionnant entre l’historien Benjamin Stora, natif de Constantine, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 13, et le journaliste Edwy Plenel. Grâce aux points de vues mêlés du chercheur, spécialiste du monde arabe, et du journaliste, témoin et interprète des faits d’actualité, s’éclairent les événements du printemps 2011.


Le choc des révolutions arabes, de Mathieu Guidère, Autrement.
Ne pas lire les révolutions arabes au prisme de celles que l’Europe a connues, c’est ce que conseille Mathieu Guidère, qui enseigne à l’université de Toulouse : selon lui, les grilles de lecture européennes ne peuvent permettre de comprendre les événements en cours dans le monde arabe.

En Tunisie…

Dictateurs en sursis. Une voie démocratique pour le monde arabe, entretien de Moncef Marzouki avec Vincent Geisser, Editions de l’Atelier.
Moncef Marzouki, opposant politique au régime Ben Ali, est désormais rentré en Tunisie pour tenter de reconstruire son pays. Il pariait dès 2009 sur la capacité des jeunes Tunisiens à se débarrasser du régime, sans passer par les partis d’opposition traditionnels. Cet entretien avec le politologue Vincent Geisser permet de mieux comprendre les enjeux de cette étape de l’après Ben-Ali : forces en présence en Tunisie et dans le monde arabe, rôle des dirigeants arabes, modes de gouvernance, rôle des partis et intellectuels de « gauche », attitude des différentes couches de la population. Pour lui, les spécificités de la culture arabo-musulmane ne s’opposent pas, au contraire, au besoin de liberté et de démocratie.

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La révolution tunisienne : dix jours qui ébranlèrent le monde arabe, , d’Olivier Piot, Les petits matins.
Journal heure par heure d’un des premiers journalistes étrangers partis pour la Tunisie. Sous couvert d’une identité d’enseignant, il réussit à rencontrer des défenseurs des droits de l’homme, des étudiants, des militants, de simples citoyens, des syndicalistes de l’UGTT. Un témoignage très pédagogique.

Tunisian Girl : blogueuse pour un printemps arabe, Lina Ben Mhenni, Indigène.
Cest la première révolution de l’histoire accomplie par une génération de jeunes gens qui s’organisent avec des ordinateurs, des blogs, des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, Flickr… La jeune Lina Ben Mhenni, aux commandes de son blog Tunisian Girl, est l’une des actrices de cette guerre menée contre le président Ben Ali. Guerre virtuelle, où s’affrontent cyberactivistes, cyberpirates, cyberflics, mais avec de vrais morts, de vraies arrestations, de vraies immolations, jusqu’à ce jour du 14 janvier 2011 où le dictateur, qui a bénéficié de la complaisance du monde occidental, quitte enfin le pouvoir. Ce petit livre témoigne du rôle indéniable de la génération Facebook pour la conquête de la liberté, sans violence, sans torture, sans censure et sans chef.

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En Egypte…

L’Egypte au présent : inventaire d’une société avant révolution, sous la direction de Vincent Battesti et François Ireton, Sindbad.
Quarante chercheurs de tous horizons dressent un bilan de l’Egypte d’aujourd’hui, juste après la révolution qui a chassé Hosni Moubarak du pouvoir, et éclairent les évolutions qui ont conduit à ébranler un pays pilier du monde arabe, notamment des réformes économiques inégalitaires, l’immobilisme politique de Moubarak, une situation démographique tendue.

L’Egypte de Tahrir : anatomie d’une révolution , Claude Guibal et Tangi Salaün, Seuil.
Correspondante pour Libération et Radio France, Claude Guibal, en compagnie de Tangi Salaün, fait revivre les dix-huit jours qui ont conduit à la chute de Moubarak : à la rencontre des Egyptiens, partageant leur vie quotidienne et leurs espoirs, les deux reporters racontent la révolution égyptienne, qui commença le 25 janvier 2011, jour de la fête de la police dans le pays.

Egypte, histoire, société, culture, de Joseph Confavreux, La Découverte.
Ecrit avant les révolutions de janvier 2011, ce petit livre très synthétique donne toutes les clés pour comprendre les tiraillements, les mutations et les espoirs de ce pays. Il en aborde tout ses aspects : histoire, société, mœurs, economie, politique, religion, culture… Une lecture introductive indispensable.

En Libye…

Au coeur de la Libye de Kadhafi, de Patrick Haimzadeh, Lattes.
Les frappes de l’OTAN sur la Libye n’ont toujours pas réussi à déloger le colonel Kadhafi du pouvoir, qu’il détient depuis le coup d’état qu’il mena en 1969. Patrick Haimzadeh, ancien diplomate français en Lybie, analyse les raisons de cette ténacité, aussi bien militaire que politique, alors que la guerre civile fait rage dans le pays, et montre comment le dirigeant libyen essaie de diviser l’opposition par tous les moyens.

Anatomie d’un tyran, d’Alexandre Najjar, Actes Sud.
Alexandre Najjar, avocat et romancier, grand connaisseur du monde arabe, nous livre un portrait impitoyable du dictateur lybien qui commence ainsi :
Au panthéon des dictateurs ubuesques et sanguinaires figure désormais, aux premières loges, le colonel Mouammar Kadhafi qui, depuis plus de quarante ans, achète le silence des démocraties occidentales avec le pétrole de son pays et amuse la galerie avec son accoutrement folklorique, ses tentes, sa garde féminine très rapprochée, sa progéniture dégénérée et se raisonnements fumeux destinés à faire diversion pour masquer les crimes de son régime.

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En Syrie…

donati

L’exception syrienne, de Caroline Donati, La Découverte, 2009.
On se penche souvent sur le cas de la diplomatie syrienne, mais beaucoup moins sur les énigmes internes de son régime. Dix ans après l’arrivée au pouvoir de l’héritier d’Hafez El Assad, le livre de Caroline Donati analyse en profondeur les mutations du « système Assad » depuis les années 70, ainsi que celles de la société. L’ouverture économique accélérée sous Bachar a fragilisé les équilibres internes et le pays est confronté à des défis multiples, notamment le réveil religieux des sunnites, la tentation autonomiste des Kurdes, et la marginalisation du parti Baas.

Quand la Syrie s’éveillera, de Richard Labévière, Talal el-Atrache ; préface d’Alain Chouet, Perrin.
Ce livre est né d’une longue enquête de terrain et fait le point sur le royaume syrien depuis le règne de Hafez El Assad jusqu’à aujourd’hui. Terre de paradoxe, la Syrie permet le divorce aux femmes, mais autorise aussi leur répudiation ; l’Islam n’est pas religion d’état et le droit pénal islamique n’y est pas appliqué.

Casablanca 20 mars 2011
Au Maroc…

Le Maroc de Mohammed VI : la transition inachevée, de Pierre Vermeren, La Découverte.
Historien spécialiste du Maroc, Pierre Vermeren, qui a déjà publié Le Maroc en transition en 2001, présente un bilan du long règne de Hassan II et montre le très fort espoir de changement né dans la population à l’avènement de Mohammed VI en 1999 : si la pays a effectivement changé du point de vue économique, une vraie transition politique se fait encore attendre.


2. Le printemps arabe : points communs

Les mouvements révolutionnaires qui se sont étendus en quelques semaines de la Tunisie au Yemen, en passant par l’Egypte et la Libye, se sont déclenchés dans des contextes politiques différents, mais tous les observateurs ont pu constater des points communs, des similitudes dans les causes de ces mouvements de révolte et dans les objectifs poursuivis par les manifestants.

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Les révolutions arabes sont avant tout animées par un élan moral pour retrouver un pouvoir politique digne et respectable, sans corruption ni favoritisme. Après des décennies de corruption et d’oppression, soutenus plus ou moins explicitement par les grandes démocraties occidentales, les pouvoirs politiques des pays touchés par les révoltes sont discrédités et massivement rejetés par les peuples, qui attendent désormais le respect des libertés humaines.
Exemple caractéristique du soutien occidental, le régime de Ben Ali a été soutenu par les différents gouvernements français, qui mettaient en avant sa réussite économique et l’évolution du droit des femmes, négligeant le pillage de l’économie par le clan Ben Ali et l’absence de démocratie.

degage

Le besoin de liberté et de dignité a été le moteur des révolutions arabes, comme le rappellent les éditeurs en exergue au livre Dégage, consacré à la révolution tunisienne : « Nous avions oublié le goût de la liberté. Nous avions oublié que la dignité est essentielle à l’homme. Pour elles, des Tunisiens se sont battus et sont morts. Nous garderons toujours présent dans notre esprit leur sacrifice, et nous veillerons à conserver jalousement notre statut d’hommes et de femmes libres et égaux. »

La Tunisie de Ben Ali : miracle ou mirage ?, de Florence Beaugé, Ed. du Cygne, 2010.
Florence Beaugé est journaliste au Monde, elle a enquêté en Tunisie jusqu’en 2009, date à laquelle elle a été expulsée du pays. Son livre, publié avant le début des émeutes, met en évidence la corruption organisée par le clan Ben Ali au profit des membres de la famille, mais aussi l’absence totale de démocratie, illustrée par des élections en forme de plébiscite pour le président.

Tunis et Paris, les liaisons dangereuses, de Nicolas Beau et Arnaud Muller, J.-C. Gawsewitch.
Là encore, l’exemple tunisien est probablement l’un des plus éloquents. Auteur de plusieurs livres sur le régime Ben Ali, y compris sur Leïla Trabelsi, la femme du dictateur tunisien, Nicolas Beau montre les dessous pas très nets des relations entre la France et la Tunisie et met en évidence l’aveuglement volontaire des démocraties occidentales à l’égard de régimes dictatoriaux, au prétexte de lutter contre le terrorisme islamiste.

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L’évolution démographique actuelle des pays arabes a été soulignée comme un facteur caractéristique des révoltes arabes. Youssef Courbage et Emmanuel Todd, tous deux directeurs de recherche à l’INED, dans leur livre Le rendez-vous des civilisations, ont mis en évidence le phénomène de transition démographique qu’ont connu de nombreux pays arabes (Tunisie, Maros, Algérie, Egypte). Cette évolution se traduit par l’effondrement de la fécondité et par la généralisation de l’instruction, tant pour les garçons que pour les filles, et y compris pour l’accès aux études supérieures. Il s’ensuit d’autres modes de vie, en particulier à lintérieur de la cellule familiale, et d’autres types de relations entre individus, entre époux, entre parents et enfants.

A lire : Youssef Courbage, « La démographie peut-elle tout expliquer ? », dans D’où viennent les révolutions arabes ?, Les collections de L’Histoire, n° 52 : La démographie n’est pas qu’un banal indicateur de l’état des lieux d’un pays, d’une région. Elle est surtout un révélateur des mentalités, plongeant au plus profond dans l’ordre de l’intime.
Le processus universel qui mène de la révolution culturelle à la transition démographique, puis à la révolution politique, ne pouvait s’arrêter aux portes du monde arabe. Il a démarré en Europe au XVIIè siècle, s’est propagé au monde entier. Le monde arabe connaît depuis quatre décennies les mêmes transformations culturelles, démographiques et anthropologiques que l’Europe.
Du même auteur, pour aller plus loin : « Le temps de la jeunesse arabe », dans Le Monde diplomatique, juin 2011.

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Contrairement aux thèses développées par Samuel Huntington dans son essai Le choc des civilisations, le poids des jeunes dans la société ne s’est pas traduit par une montée du fondamentalisme religieux ni du terrorisme, mais bien par un besoin accru de libertés, d’autonomie et de travail.
Dans un contexte de crise économique, une grande partie de la jeunesse arabe, souvent surdiplômée, se trouve contrainte au chômage ou à des emplois précaires.
Sans perspectives d’avenir, face à un état, comme en Tunisie, peu concerné par ce type de problème, les jeunes ont laissé exprimer leur révolte.
Jean-François Daguzan, « De la crise économique à la révolution politique ? », dans Maghreb Machrek, n° 206, hiver 2010-2011.
Jean-François Daguzan, rédacteur en chef de la rue Maghreb Machrek, montre dans cet article à quel point la crise économique a été le révélateur de toutes les fragilités des régimes autoritaires arabes. Incapables de véritables réformes économiques qui aillent au-delà de la réussite touristique, la Tunisie, l’Egypte, la Lybie n’ont pas réussi à se placer dans le vaste mouvement de mondialisation économique, et depuis de nombreuses années, certains pays arabes connaissent des émeutes du pain, parfois violentes comme au Maroc en 2007. Pour J.-F. Daguzan, la crise économique est le facteur clé du mouvement de révolte (ou de révolution) du monde arabe. Il est celui qui a pu faire éclater une colère qui n’aurait pu vraisemblablement exploser que beaucoup plus tard.

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Allah n’y est pour rien : sur les révolutions arabes et quelques autres, d’Emmanuel Todd, Le Publieur.
A la suite de son précédent livre, Le rendez-vous des civilisations, le célèbre démographe revient sur le lien entre l’Islam et la « modernité », au moment où s’intensifie la contestation politique dans les pays arabes : Loin d’être vouées à l’intégrisme et aux dictatures, comme le répète à longueur de temps la vulgate politico-médiatique, les populations arabes sont entrées de plain-pied dans la modernité, où elles ont rejoint, sans que personne n’y prenne garde, les populations dites « occidentales ».


3. Des bouleversements annoncés ?

Comment ne pas mettre en rapport le sentiment de surprise qui a accompagné ces mouvements avec les préjugés profondément ancrés en Occident sur la culture orientale ? Que n’a-t-on lu ou entendu sur l’exception du monde arabe, l’autoritarisme qui serait quasiment inscrit dans leur code génétique… Henry Laurens nous rappelle la vieille thématique du XVIIIè siècle sur le despotisme oriental : Montesquieu donnait au despotisme une origine climatique, certains orientalistes invoquaient plus volontiers l’Islam… Et pourtant, il est évident qu’il n’existe pas une société musulmane unique et identique à travers les siècles et les pays. Les expériences sont diverses dans le temps et dans l’espace. Quelques pistes pour s’y retrouver…

Une histoire longue et diversifiée

D’innombrables révolutions ont secoué l’histoire de l’Islam : guerres de religion entre musulmans (comme chez les chrétiens), mouvements contre l’injustice, soulèvements populaires, à l’époque moderne, révoltes contre les pouvoirs centraux. En réalité, avant l’intrusion de l’Occident colonial et de ses modes d’organisation étatiques à la fin du XVIIIè siècle, il existait bien un « Ancien Régime » avec ses groupes, ses corporations, ses tribus qui défendent leurs libertés, leurs droits et leurs privilèges spécifiques.

Histoire du Moyen-Orient. De l’Antiquité à nos jours, de Georges Corm, La Découverte.
Il s’agit pour l’auteur de donner au lecteur les éléments d’une connaissance « profane » de cette région du monde, connaissance qui ne soit pas prisonnière du marqueur religieux comme seul déterminant des périodes historiques et leurs caractéristiques.
Bien d’autres facteurs sont tout aussi déterminants, sinon plus : les milieux géographiques, l’évolution de la démographie, la constitution des grands ensembles linguistiques et culturels à travers les nombreuses invasions qu’a connues le Moyen-Orient tout au long de son histoire, les facteurs économiques, la richesse énergétique et l’évolution des techniques…

Occident-Maghreb : 13 siècles d’histoire, par Ernest Weibel, Ellipses.
Une histoire des relations entre peuples d’Occident et du Maghreb dans la longue durée qui dégage les constantes du dialogue comme du choc des civilisations. De l’invasion arabe en Espagne en 711 jusqu’à nos jours, l’Occident (Portugal, Espagne, France et Italie) et le Grand Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie et Libye) ont connu des relations complexes et tourmentées. Ce livre analyse, en Méditerranée occidentale, les rapports enchevêtrés, tantôt conflictuels, tantôt pacifiques, entre Occidentaux et Arabes, marqués par un profond clivage lié à la religion.

Histoire de l’Empire ottoman, par Robert Mantran, Fayard.
Un ouvrage écrit par neuf spécialistes de l’époque ottomane, dont Irène Beldiceanu avec un article sur « Osman et Orkhân, les débuts », ou encore Jean-Louis Bacqué-Grammont sur « L’apogée de l’empire (1512-1606). »
Des vidéos

Le Dessous des cartes :Deux émissions sur le développement puis la disparition de l’empire ottoman
Histoire de l’empire ottoman : première partie
Histoire de l’empire ottoman : deuxième partie

Deux revues

geohistoire
L’épopée de l’Islam . De Mahomet aux révolutions arabes d’aujourd’hui , Geohistoire Hors série, mai-juin 2011

D’où viennent les révolutions arabes : 150 ans de combats politiques, Les collections de l’Histoire, N° 52, Juillet 2011. On trouvera dans ce numéro une chronologie détaillée des événements.

Et l’histoire en cartes :


Atlas géostratégique du Proche et du Moyen-Orient, par Pierre VALLAUD, Xavier BARON, Ed. Perrin

Les courants réformateurs

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L’Age libéral de l’Empire ottoman aboutit en 1876 à la promulgation de la Constitution ottomane, mais elle était en germe depuis 1850. La Tunisie (déjà ?) avait montré la voie avec la première constitution en 1861. Bousculés par l’arrivée des armées de Bonaparte en Egypte en 1798, les dignitaires de l’Empire ottoman ont théorisé le retard de civilisation qui se trouvait à l’origine de leur défaite. Ils ont ainsi imaginé la « Nahda », mouvement de modernisation culturelle arabe, tandis que le sultan, poussé par les Européens, mettait en place les « Tanzimat », réformes politiques destinées à donner les mêmes droits à tous les citoyens de l’Empire, qu’ils soient musulmans ou non. Et à contrôler le pouvoir du sultan et de ses ministres.
Ces deux mouvements ont produits de grands textes, que ce soient les Réformes nécessaires aux États musulmans : essai formant la première partie de l’ouvrage politique et statistique intitulé « la plus sûre direction pour connaître l’état des nations, par le général KHEREDINE, P. Dupont, traduit de l’arabe sous la direction de l’auteur ou L’or de Paris de Tahtawi (bientôt disponible à la bibliothèque). Tahtawi est un imam envoyé par Mehmet Ali en France à la fin des années 1820 afin d’y observer le régime politique et social.

Modernités islamiques : actes du colloque organisé à Alep à l’occasion du centenaire de la disparition de l’imam Muhammad Abduh, 9-10 novembre 2005, par l’ Institut français du Proche-Orient ; publication coordonnée par Maher al-Charif et Sabrina Mervin, IFPO, Direction scientifique des études médiévales, modernes et arabes
Estimant que l’Islam peut constituer une base adéquate à une société moderne, l’imam Abduh (1849-1905) prônait la réforme sociale pour réformer le concept même de religion. Favorable à l’échange culturel entre musulmans et Européens, il rencontra notamment H. Spencer et L. Tolstoï. Ce recueil d’études concentrées sur les raisons de l’échec de ce projet de réforme intellectuelle et religieuse, est publié en français et en arabe.

Courants d’idées en islam : du sixième au vingtième siècle, Albert Nader, Médiaspaul.
L’auteur veut montrer le dynamisme intellectuel de l’islam depuis son apparition au XIe siècle : débats d’idées, oppositions de partis au sein de l’Islam, penseurs cherchant à démontrer la nécessité d’un apport de la raison et de la réflexion philosophique dans l’interprétation théologique, etc.
Ce bouillonnement intellectuel a irrigué les « renaissances arabes », les partis politiques modernes et les luttes pour les indépendances.


Abdulhamid II, le sultan-calife, 1876-1909, de François Georgeon, Fayard.
Biographie du dernier grand sultan ottoman entre 1876 et 1909. L’exercice de son pouvoir fut marqué par des massacres d’Arméniens entre 1894 et 1896, la révolution des Jeunes-Turcs en 1908, la montée des nationalismes et une recrudescence autoritaire du pouvoir central qui contribuera à l’implosion de l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale.

Vers les indépendances

benoist mechin

Lawrence d’Arabie ou le rêve fracassé, de Jacques Benoist-Méchin, Perrin.
Thomas Edward Lawrence (1888-1935) a été tour à tour archéologue, explorateur, agent secret, combattant, stratège, diplomate, écrivain et poète ; ces activités n’ont été que les manifestations extérieures et successives d’une même obsession, d’un rêve éveillé. Un rêve de bâtisseur d’empire qui a poussé l’auteur des Sept Piliers de la sagesse sur les routes de l’Orient, d’Oxford au Caire et de Djiddah à Damas.

La décennie qui ébranla le Moyen-Orient : 1914-1923, de Nadine Picaudou, Complexe.
A considérer le Moyen-Orient d’aujourd’hui, le sentiment prévaut que son destin s’est joué entre 1914 et 1923, entre l’éclatement de la Grande Guerre et l’adieu à Istambul du dernier sultan ottoman….

Mustafa Kemal Atatürk ,Andrew MANGO, traduction de Nicole TAIB, CODA
Andrew Mango est turc, né à Istanbul en 1926. Cinq ans lui furent nécessaires pour écrire cette biographie de Kemal Atatürk devenue une référence, après toute une vie de recherches utilisant de nombreuses sources turques inédites et une documentation colossale. L’auteur dresserun passionnant portrait, complexe, nuancé et exhaustif du fondateur de la Turquie moderne.

Nationalisme arabe, arabisme et islamisme

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Les révolutions arabes des années 1950/1960 disqualifient l’âge libéral mais elles accomplissent l’indépendance et les transformations économiques et sociales.

Le nationalisme arabe, par Olivier CARRE, Fayard
C’est l’évolution de la pensée nationaliste arabe que retrace ce livre, depuis la naissance du Baas, à la la fois philosophie et parti politique, jusqu’à l’effervescence de l’islamisme.


Le Grand Jeu .Orient arabe et rivalités internationales, par Henry Laurens, Armand Colin.
L’Orient arabe au XXe siècle est le lieu de tous les conflits.
Depuis 1945, les problèmes de la décolonisation, la question des Lieux Saints des trois religions monothéistes, la contradiction entre la volonté d’établir un Etat juif en Palestine et la résistance des populations arabes à cette entreprise, la possession du canal de Suez, les dissensions libanaises et la domination des plus importantes réserves pétrolières du monde sont les enjeux des rivalités des puissances dans le cadre de la lutte pour le Moyen-Orient, poursuite du  » Grand Jeu  » commencé au XIXe siècle.
L’affirmation du nationalisme arabe et de son concurrent l’islamisme exprime la volonté d’indépendance des peuples de cette région. Mais pour réaliser leurs objectifs politiques contradictoires, les Etats font perpétuellement appel aux puissances extérieures afin d’obtenir des aides financières, de l’armement, voire des interventions militaires. Cette histoire peut paraître confuse tant les retournements de situation sont multiples. Pourtant chaque série d’événements, chaque conjoncture politique a sa propre logique. La description des événements démontre la cohérence profonde de tout ce qui s’est passé depuis 1945 et les dangers, pour l’avenir pacifique du monde, liés à l’absence d’un règlement juste et durable des conflits de l’Orient arabe.


4. Universalisme et démocratie

« Et le message universalisable des révolutions arabes ne serait-il pas, tout simplement, un retour aux sources de la promesse démocratique, non seulement chez eux, mais aussi chez nous ? » Edwy Plenel

Confluences Méditerranée, revue N° 77 Printemps 2011, L’Harmattan
A noter tout particulièrement deux articles :
+La Révolution arabe de 2011. A la recherche du sens perdu…
+L’orientalisme et les révolutions tunisienne et égyptienne. Pourquoi ne l’ont-ils pas aimé la révolution ?

Le site de la revue
Et le lien avec les articles de la revue dans la base de données CAIRN

On consultera aussi un article de Pierre Rosanvallon, dans « la Vie des idées », article intitulé L’universalisme démocratique : histoire et problèmes

Vient de paraître le dernier numéro de la revue Lignes, N°36
Monde arabe : rêves, révoltes, révolutions
« Ecrivains ou militants, universitaires ou journalistes, elles et ils témoignent, chacune et chacun à sa manière, des réussites et des échecs, des avancées et des stagnations, des difficultés et des gains, des libérations et des délibérations variés qui composent le tissu même des évènements, tissu dont les motifs ne sont pas les mêmes du Machrek au Maghreb. Ils dessinent ainsi, loin des panoramas, une espèce d’image (invisible) dans le tapis, une carte du monde, avec ses creux et ses reliefs, ses déserts et ses cultures, se horizons et ses limites. Ils le fons aussi dans des registres profondément distincts car la prose philosophique ne saurait l’emporter sur le récit, la critique sur la poésie. En un mot, rein ne pourrait justifier qu’on privilégiât la théorie plutôt que la littérature, ou qu’on négligeât la théorie plutôt que la littérature, ou qu’on négligeât l’art parce qu’on lui préfère la politique. » Extrait de la présentation du numéro.

A écouter ou visionner :

Une conférence à l’Université Lyon 2

Une émission de la Fabrique de l’histoire

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En écho à la conférence donnée à la bibliothèque de la Part-Dieu par Mohammed Chérif Ferjani fin mai 2011, un nouveau rendez-vous est proposé par la BML le 8 octobre pour comprendre les mouvements de révolte qui secouent le monde arabe depuis le début de l’année 2011.

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