A REDECOUVRIR

Patatras ! ; Rigodon ; Chant… / Marc Monnet (1986)

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 19/09/2019 par GLITCH

Marc Monnet est un compositeur inattendu. Souvent pleine d’ironie et de verve theâtrale, sa musique explore aussi, et parfois en même temps d’âpres tréfonds. Elle sait prendre l’auditeur dans un porte-à-faux sonore plein de tension, d’inattendu et de mystère. Parcours en trois disques.

Bibilolo (achevée en 2000) est sans doute son oeuvre la plus jouée. Grand Prix Lycéen des Compositeurs 2003, elle sera reprise à Lyon pour la biennale Musique en scène 2020, dans une mise en scène d’Arno Fabre.
Voilà que 6 percussionnistes outillés d’objets en tout genre plongent les oreilles dans le chaudron de l’enfance. En 14 chapitres, Bibilolo feuillette un grimoire ludique, relié avec des sons de machines électroniques des années 70. Des pièces à l’inventivité débridée, bordéliques ou concentrées, comme un coffre à jouets sonores où des enfants rêvent et s’amusent.

 

A contrario semble-t-il de cette veine le recueil des Pièces rompues (1996) expose une série d’œuvres denses, d’une noirceur éclatante, pleines de tensions et ruptures.

Par exemple le quatuor à cordes Close, qui procède par de brefs et violents contrastes, venant trouer le presque silence. Ou bien encore ces Chants ténus, au climat aérien et sombre, tendu et délicat. Les cordes frémissent, bourdonnent, échappent un frisson que viennent subitement mordre les cuivres aux abois…

 

Mais c’est peut-être sur le premier enregistrement de Marc Monnet, sans titre et paru en 1986, que se révèle le plus évidemment cet art du théâtre sonore, qui mêle le jeu et la tragédie

Pieds-de-nez et accidents s’écoutent au miroir d’une musique sombre et dépouillée. Le jeu, le chant se déploient sur un terrain instable, toujours menacé. La farce et le drame s’étreignent dans une musique inquiète, aussi belle qu’indécidable.

Le programme commence par Patatras ! Sous ce titre-catastrophe se déroule un symposium austère et grinçant, entre clarinette, basson et cordes. On imagine de hauts échassiers qui s’ébrouent et devisent, mais dont le discours serait perturbé par des glissades, hésitations, emportements. Une pièce à la fois espiègle et troublée.

Suit Rigodon, pièce virtuose pour 4 cors, construite sur de longs appels ou de graves ruminements, entrecoupés de babil.
Puis Chant, pour violoncelle, solo lyrique et tendu, dont les traits sont déstabilisés par des glissandi, micro-intervalles, des sauts dans le grave ou des trémolos.
Enfin, voici Ténèbres, premier quatuor à cordes de Monnet. Musique bruissante, comme un frisson panique d’étoiles qui s’évaporent vers le grave, une nuit qui scintille et qui s’alarme.

Sans pathos ni grands effets, sans rhétorique ni sous-texte, la musique de Monnet manie les contraires et l’ambiguïté dans un langage économe, parfois brutal, et gorgé de subtilité. Musique instable et pourtant immédiate, accessible. Un plaisir sonore qui se partage avec une certaine inquiétude de l’écoute.

Les oeuvres de Marc Monnet au catalogue de la BML

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *