A REDÉCOUVRIR

Geografia amorosa / Stefano Scodanibbio (2000)

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 21/12/2019 par GLITCH

Ah la contrebasse ! La « grand-mère » ! Débonnaire et chaleureux instrument, gros matou qui tricote au fond d’un big band ou vrombit aux tréfonds de l’orchestre. On ne l’écoute pas vraiment, elle charpente en sourdine. Elle rythme et colore la musique sans qu’on s’en aperçoive. Elle a une pièce de théâtre à son nom, elle paye sa place dans les trains parce qu’elle encombre. Tsoin tsoin. Voilà, c’est la contrebasse.

scodanibbio
scodanibbio

Si l’on veut dépasser ces clichés, écouter le bel instrument en pleine lumière, il faut s’aventurer un peu. Passer par le répertoire confidentiel de la musique classique, qui lui réserve quelques belles pièces, surtout des concertos. S’immerger dans les subtiles évolutions de la contrebasse jazz, du be-bop aux musiques improvisées.. Comme le propose ce beau dossier de la Philharmonie.

Et s’arrêter sur Stefano Scodanibbio (1956-2012). Musicien à la technique prodigieuse, il a su renouveler et élargir l’espace sonore de la contrebasse. Nombre de compositeurs lui ont confié des créations, parfois impensables jusque là. Et lui-même n’a cessé d’écrire, pour la contrebasse mais pas seulement.

Paru en 2000, Geografia Amorosa rassemble 6 pièces et cycles pour contrebasse seule. Seule… c’est à voir, tant la palette sonore et l’imaginaire du compositeur-musicien sont impressionnants.

D’abord, il y a le son. Une contrebasse qui occupe tout l’espace, et dont on découvre la richesse sonore, portée vers des confins inouïs. On plonge dans le chatoiement des harmoniques, que Scodanibbio va chercher tout en haut… Un scintillement infime, à bout de crin, qui finit par dégringoler le long des cordes, ou durcir dans un son flûté (Sei studi).
La virtuosité ne réside pas seulement dans la technique. Elle est aussi dans la plasticité de l’instrument, dont le musicien tire des timbres inédits. Sous les doigts et l’archet, bois et métal se font percussion, son de synthèse, voix, oiseau, arc-en-ciel ou.. autre chose.

Et puis il y a ces compositions, tirées d’une telle intimité avec l’instrument que l’on avait rien entendu de tel. Des pièces-paysages qui prennent le temps, ne saturent jamais l’oreille malgré leur richesse. Ou des études qui cherchent des territoires sonores et expressifs nouveaux, révélant les prodigieux moyens de la contrebasse.

Marche bancale  joue de la contrebasse comme d’un ensemble. Une ligne de basse, une voix, qui parfois se divise en 2 pour chanter la mélodie, un bourdonnement qui se rapproche et s’éloigne… tout cela en même temps. Mais rien de forcé, beaucoup de douceur dans cette vibration composée dont les plans se rapprochent, s’éclaircissent, se dilatent et s’éloignent…

Stefano Scodanibbio : Marche bancale


La pièce-titre Geografia amorosa est une danse sur la pointe des doigts, bondissante et feutrée. Plus loin, Alisei sonne comme un drone complexe, un bourdon d’harmoniques qui créent leur propre mélodie. Ainsi va cet album, aventureux, méditatif et passionné.

En s’adonnant à la contrebasse, Scodanibbio confie avoir voulu « aider un instrument à enfin retrouver sa propre voix, après n’avoir connu que les balbutiements qui ne sont pas les siens ou les sévices sadiques de la fameuse avant-garde. »

Une démarche poussée plus loin encore, dans Oltracuidansa (2011). Extrait :

 

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *