Sculptures sonores

Cymatique : quand le son crée des formes

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 12/03/2020 par GLITCH

Rendre visible l’impalpable. Le son est à l’origine du monde dans de nombreuses mythologies ou croyances. La vibration originelle, le son primordial auraient la propriété d’organiser la matière, de donner forme au monde, d’insuffler la vie et de relier les éléments entre eux. "Om" des religions orientales ou souffle immatériel de l’Esprit-saint, Qi taoïste ou pneuma.. La propagation de l’onde invisible inspire les récits fondateurs... et la recherche de formes sonores.

Figures de Chladni

Naturellement, les physiciens se sont aussi intéressés à la faculté qu’ont les sons d’organiser, de faire vibrer la matière. Il a fallu trouver des façons de rendre le son visible.
Notre découverte commence avec le physicien allemand Ernst Chladni (1756-1827). A l’aide d’un archet, il fait vibrer des plaques de métal recouvertes de sable ou de sel. Il voit apparaître alors des figures géométriques. Ces dessins évoluent en fonction de la fréquence vibratoire de la plaque. Ce sont les figures acoustiques de Chladni.

 

Voici recréée, avec un dispositif de vibration électrique, l’expérience de Chladni.

 

Des ondes-matière

Autre dispositif, autres figures sonores. August Kundt (1839-1894) met en évidence les propriétés plastiques des ondes stationnaires. Dans un tube à l’horizontale, rempli de grains légers (polystyrène..) sont diffusées des basses fréquences. La réflexion de l’onde dans le milieu qu’elle traverse va dessiner des figures stables dans la matière. La physique de la résonance révèle ainsi les points de stabilité (nœuds) et les zones d’amplitude (ventres) de la matière mise en vibration..

Photo Credit: University of Michigan Physics Demonstration Laboratory.

 

Le statisme des figures de Chladni fait place à une organisation mouvante de la matière, qui semble danser et se sculpter au gré des fluctuations de l’onde sonore..

 

 

Paysages vibrants

Hans Jenny (1904-1972) prolonge le travail de Chladni en utilisant l’électricité pour faire vibrer de manière continue les plaques. Il utilise pour cela de nombreux matériaux, poudres et fluides, parfois mélangés. Ce qui lui permet de varier et de multiplier les paramètres de résonance. Ses expériences donnent naissance à des figures raffinées, qui se métamorphosent au gré du son.

Il cherche à constituer un atlas des formes sonores et donne un nom à cette discipline : la cymatique. Jenny veut fonder une théorie de l’organisation de l’Univers par les vibrations.

Textures frissonnantes, archipels colorés et dessins organiques dessinent cette quête du son créateur. Paysages géométriques et abstraits, sculptures en mouvement qui matérialisent le son, et donnent naissance à un véritable art cymatique.

 

 

Au commencement serait le son..

Alexander Lauterwasser (né en 1951) reprend les travaux et théories des précédents. Il va beaucoup utiliser l’eau comme medium révélateur plastique des ondes sonores. Il utilise des oscillateurs à quartz, dont la précision et la stabilité raffinent encore les figures acoustiques.

 

Ses travaux conduisent la cymatique vers des horizons très.. spéculatifs. Comme Jenny, il poursuit une théorie générale des formes de la nature et de l’Univers à partir d’un modèle sonore. La ressemblance entre les figures cymatiques et certaines structures naturelles (plantes, squelettes..) l’amène vers une « sonogénèse » de l’Univers.. L’ordre du monde serait de nature sonore, vibratoire. C’est le son qui sculpterait et organiserait en continu la matière..

 

Place à la création

Entre science et ésotérisme, métaphysique et sonomorphie, nous voici loin de la musique. Pourtant les techniques mises en oeuvre par la cymatique permettent aussi d’entendre la musique avec les yeux, de lire la partition vibratoire d’une note ou d’une oeuvre..

Le cymascope utilise la très grande plasticité de l’eau pour transcrire la sinusoïdale des sons en mouvements physiques à la surface.
Regardez ci-dessous l’empreinte sonore des 12 notes de la gamme chromatique, jouées sur un piano, puis le son des voyelles..

 

Un champ de création plastique et sonore s’ouvre avec la technique du cymascope. Le musicien John Stanford utilise les procédés cymatiques, mais aussi nombre d’interfaces mécaniques sons/formes, comme les bobines de Tesla, le tube de Rubens ou un ferrofluide… Musique basique, effets mirifiques.

 

Dans un style bien plus abstrait et contemplatif, Ginger Leigh, alias Synthestruct
atteint à la perfection graphique dans l’art cymatique… Voici Soniforms, des sons électroniques, de l’eau, une caméra, et une écoute avec les yeux..

 

Enfin, depuis les relevés cymatiques jusqu’à l’exploration des liens troubles entre le son ambiant et notre sentiment de l’espace, se tient le travail d’Isabelle Sordage.
Des séries d’images comme Paysages purs ou Fibra-Frequency relèvent typiquement de l’empreinte sonore. Mais, au-delà de ces superbes « sonographies », Sordage construit des espaces à l’acoustique modifiée, qui désajustent l’oreille de son environnement, ou l’invitent à s’y repérer…
Une façon de prendre conscience de l’environnement sonore, qui modèle, perturbe ou oriente notre tenue dans l’espace. Une sorte de cymatique humaine qui révélerait comme l’oreille fait corps avec nous, comment le son modèle notre organisation spatiale…
Découvrir d’avantage son travail, sur France Culture.

 

Pour aller plus loin

-30 minutes de physique amusante, pleine de bidules marrants et d’explications pour comprendre les phénomènes de résonance

 

Les sons créateurs de formes, article très documenté.. de la physique à l’ésotérisme… sur tous les phénomènes de genèse des formes par les sons..

 

 

 

 

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