Musique stellaire

Le chant des étoiles

- Modifié le 26/02/2019 par Département Musique

«Les sons sont semblables aux étoiles, le soir. On pense que c’est un chaos, mais quand on commence à les étudier, on s’aperçoit qu’il s’agit d’une composition fantastique mais cohérente, avec ses constellations, ses planètes.» Karlheinz STOCKHAUSEN

Musique des sphères

Venue de l’Antiquité grecque, l’idée d’harmonie des sphères faisait peu ou prou correspondre la position des 7 planètes du système solaire alors observables aux 7 tons de la gamme naturelle ou aux 7 cordes de la lyre.

Plus précisément chez Pythagore, la distance entre les planètes correspondrait à l’espacement entre les tons de la gamme naturelle. Il y aurait un ton de distance de la Terre à la Lune, 1/2 ton de la Lune à Mercure, .. le tracé de chaque orbite figurant chaque corde de la grande lyre céleste.

schéma de la correspondance entre la position des planèts et celle des sons de la gamme

L’harmonie céleste de Pythagore, vue par T. Stanley (1701)

Cette correspondance des nombres, au ciel et sur Terre, a longtemps présidé à la définition même de la musique, entendue d’abord au Moyen-Âge comme étude des proportions numériques de l’univers et de son architecture divine. La musique jouée n’était que l’application prosaïque de cette science spéculative, un reflet sensible de cette harmonie idéale, et une quête de cette consonance universelle dans le chant.

→En savoir plus sur l’ars musica médiévale

Si l’on attend plus guère aujourd’hui que la musique nous révèle le code source de l’univers via la position des astres, les sons de l’espace, rêvés par le musicien ou captés et recréés par la technologie sont une source d’inspiration…

 

Musique pour astrorchestre

• Au commencement était le chaos… De la « soupe primitive » et de l’organisation des éléments qui tente de s’y faire jour, Jean-Féry Rebel brosse un tableau en musique intitulé Le Chaos dans le prologue de sa symphonie de danses Les Eléments (1737). Ou comment la mélodie s’extrait du bouillonnement des sons…

 

• Dans La Création (1798), Joseph Haydn dépeint en prélude une lente et nocturne Représentation du Chaos, suivie du chant des premiers vers de la Genèse… jusqu’à ce que la lumière éclate (vers 8’10 ») :

 

Gustav Holst personnifie d’après la mythologie les 7 astres du système solaire dans sa suite pour orchestre Les Planètes (1917), par exemple la chaotique et guerrière Mars.

 

Compositeur résolument cosmique, Karlheinz Stockhausen emploie régulièrement figures célestes et données astronomiques pour écrire sa musique. Dans sa mégalomanie inventive et ultra-structurée, il (re)donne forme à l’Univers, depuis les 12 mélodies des constellations de Tierkreis, jusqu’à la recréation du Monde dans son grand oeuvre Licht, sept opéras d’une durée totale de 29 heures. Citons encore Sirius, écrite pour être jouée dans un planétarium, et dont chacune des 7 parties

« est liée aux rythmes des constellations stellaires, aux saisons de l’année et aux temps du jour, aux éléments et aux différences existentielles des êtres humains ».
K. Stockhausen

Stockhausen a également composé une version psychélectronique de cette pièce, planante et étrange, futuriste !

 

 

Les sons muets de l’espace

Les étoiles chantent-elles ? C’est bien connu « dans l’espace, personne ne vous entend crier ». Pas d’air, pas de son. Mais si les corps célestes ne chantent pas, ils rayonnent sans arrêt. Leurs ondes radioélectriques, captées par les radiotélescopes, peuvent êtres transcrites en signal sonore. L’étude des fréquences stellaires a ainsi donné naissance à l’astérosismologie. Le site futura-sciences à consacré un beau et clair dossier à cette discipline dans « Le chant des étoiles, la nouvelle musique stellaire ».

 

Ecouter la voix des planètes de notre système solaire, Terre incluse.

 

La NASA propose une collection de sons « bruts » de l’espaces : étoiles, planètes ou phénomènes. C’est insolite et émouvant, beau et flippant.

 

Partant de cette possibilité de traduire en sons les signaux de l’espace, des musiciens se sont essayés à une « musique stellaire », qui articule à nos oreilles le chant silencieux de l’espace.

L’astrophysiciennne Sylvie Vauclair et le compositeur Claude-Samuel Levine ont imaginé ensemble une « nouvelle musique des sphères ». A partir des fréquences pures de 12 étoiles, transposées par les oscillateurs d’un synthétiseur…

 

… une œuvre a été composée pour synthétiseurs et thérémine, incluant ces sons sources. Pièce étonnante, à suivre ci-dessous sur cette vidéo qui déroule le programme du logiciel de composition :

 

Le musicien et designer sonore Louis Dandrel s’est également inspiré du rayonnement des étoiles. Capté par des radiotéléscopes puis converti en fréquence audible, le signal muet des planètes a donné lieu à une installation sonore. L’artiste en donne une présentation ici, et quelques extraits aux teintes acid-ambient sont écoutables .

 

Avec Le noir de l’étoile, Gérard Grisey a imaginé une oeuvre autour des variations de radiofréquences d’un pulsar. La vitesse de rotation fluctuante de ce corps céleste est le nerf de cette partition étrangement… pulsée, pour 6 percussionnistes, bande magnétique et signaux astronomiques. Battements et rafales d’une techno glaciaire et tribale que le musicien a choisi d’

« intégrer dans une oeuvre musicale sans les manipuler, les laisser exister simplement comme des points de repère au sein d’une musique qui en serait en quelque sorte l’écrin ou la scène, enfin utiliser leurs fréquences comme tempi et développer les idées de rotation, de périodicité, de ralentissement, d’accélération et de « glitches » que l’étude des pulsars suggère aux astronomes. »

 

→Un peu plus près des étoiles avec la série Le chant des astres sur France Culture, ou l’émission Le chant des étoiles sur France Info.

 

 

 

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