Formes musicales à découvrir

Chaconne et passacaille

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par Civodul

Ces deux formes sont très proches au point que souvent on ne les distingue pas vraiment. Elles sont toute deux issues de la danse et appartiennent à la famille des pièces à ostinato, c'est-à-dire fondées sur la répétition obstinée d'une même cellule, d'un même thème, d'une même harmonie. Cette cellule fixe, qui se répète - souvent à la basse - tout au long de la pièce est agrémentée par diverses variations qui viennent s'y superposer.

chaconne
chaconne

Chaconnes et passacailles s’épanouissent dans l’Europe baroque  (17ème et 18è siècles) en tant que pièces instrumentales, généralement lentes et à trois temps. En France elles apparaissent au milieu du 17è siècle comme danses de cour et à ce titre figurent dans l’opéra à la française où elles forment le finale traditionnel des ouvrages lyriques de Lully jusqu’à Rameau. Mais on les retrouve également dans la musique vocale.

  • Pour illustrer le principe voici un exemple très parlant : la chaconne en fa mineur de Pachelbel. Le court motif obstiné de la basse [fa /mi bémol / ré bémol / do], figurant sur la troisième ligne, et l’harmonie correspondante seront répétés inlassablement durant toute la durée de la longue – et admirable – pièce, même si par moments la basse disparait en tant que telle. Pachelbel fait preuve d’une magnifique inventivité pour varier et orner le thème :

  • Ou encore dans la grande passacaille en sol mineur de Haendel. Ici c’est une succession d’accords [sol mineur / do mineur / fa majeur / si bémol majeur … ] qui forme l’ossature de quatre mesures sur laquelle vont se greffer les superbes variations imaginées par Haendel. Chaque système de 4 mesures représente une nouvelle variation. Ecouter l’interprétation ébouriffante, et assez libre, d’Eric Heidsieck :

  • Une passacaille vocale de Stefano Landi : passaglia della vita (bisogna morire), pathétique et envoûtante.

 

  • La chaconne pour violon seul de la partita n° 2, BWV 1004 de Johann Sebastian Bach :

  • La passacaille pour clavecin en sol mineur de Louis Couperin :

 

La forme « obstinée », lancinante et hypnotique,  se prête à merveille au concept – très baroque – du lamento, de la déploration.

  • Par exemple ces variations doloristes (et ici érotiquement illustrées) sur un thème de Giovanni Felice Sances (1600-1679) : Usurpator tiranno

Dans l’opéra King Arthur, Henry Purcell exploite merveilleusement les possibilités de la formule : orchestre, choeur, solo de ténor puis duo avec la soprano :

How happy the lover :

On pourrait poursuivre à l’envi la liste des beautés du genre.

Dans nos collections :

  • Chaconne : Blow, Muffat, Lully, Corelli …
  • La Folia :  Marais, Ortiz … par Jordi Savall

Au delà de la période baroque qui fut l’apogée de la chaconne et de la passacaille, le procédé – si efficace et d’un potentiel si riche, demeure, éternellement jeune et inépuisable …

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *