Polychoralité

A tous choeurs

- Modifié le 07/12/2018 par Département Musique

La fin du XVIème siècle voit émerger un style choral particulier : le choeur ne forme plus, comme au début de la Renaissance, une seule masse sonore mais les chanteurs sont répartis en plusieurs chœurs distincts, créant un effet de stéréophonie. La basilique San Marco à Venise, avec ses deux tribunes se faisant face, est le creuset de cette nouvelle manière qui inspirera de nombreux compositeurs et contribuera à préfigurer le genre concertant de la période baroque.

Basilique Saint-Marc de Venise

L’âge d’or de la polychoralité vénitienne se situe dans les années 1580-1590 mais la tradition subsiste bien au-delà et s’exporte même aux mondes musicaux anglais et germanique.
Giovanni Gabrieli (1557-1612) est un des principaux représentants de ce style. Plusieurs de ses pièces sont ainsi écrites de façon que l’on entende successivement les deux chœurs. Le dialogue peut également s’instaurer entre un groupe d’instrumentistes d’une part et un groupe de chanteurs d’autre part.

 

  • O magnum mysterium, motet à double choeur d’Andrea Gabrieli (oncle de Giovanni)

Voici quelques autres exemples d’œuvres utilisant ces effets spatiaux de façon saisissante :

 

  • Messe si Deus pro nobis d’Orazio Benevolo (1605-1672) interprétée par 8 choeurs à 4 voix, accompagnés de seize continuistes. Dans la version d’Hervé Niquet en concert les choeurs sont répartis dans la nef, le public étant au milieu.

 

 

  • Une légende improbable veut que le célèbre motet à 40 voix  « Spem in allium » ait été un cadeau du compositeur anglais  Thomas Tallis (1515-1685) à sa souveraine Elisabeth Ière d’Angleterre  pour son 40ème  anniversaire (40 voix pour 40 ans). Les 40 voix distribuées en 10 fois 4 voix chez Striggio sont réparties chez Tallis en 8 fois 5 voix (soprano-alto-ténor-baryton-basse), soit une coloration d’ensemble théoriquement plus grave. Voici une version de cette grandiose tapisserie : les amateurs d’esthétique vidéo psychédélico-combinatoire pourront s’amuser à démêler  l’enchevêtrement des 40 lignes figurant les 40 voix :

 

La période baroque est également friande de ces grands effectifs polyphoniqes qui permettent des effets spectaculaires et expressifs.

  • Les Psaumes de David (Psalmen Davids) constituent un recueil de 26 œuvres de musique sacrée, sur des traductions en allemand tirées le plus souvent du Livre des Psaumes, pour chœurs et instruments, composé par Heinrich Schütz  en 1619. Chaque psaume nécessite au moins 8 voix et deux groupes d’instruments, et certains exigent jusqu’à 4 chœurs, ce qui permet l’élaboration d’une polyphonie particulièrement complexe et d’un riche dialogue entre les différents choeurs :

 

  • Dans son oratorio « Israël in Egypt«  Georg Friedrich Haendel (1685-1759) décrit le servitude d’Israël. Le (double) choeur est l’élément central qui évoque les dix plaies envoyées – selon la Bible – au récalcitrant et impie Pharaon.

Choeur de la grêle :

 

 

Plus près de notre époque le double choeur n’a rien perdu de ses attraits, des compositeurs contemporains y ont recours pour des raisons expressives, le plus souvent dans le domaine de la musique sacrée.

Quelques références supplémentaires issues de nos collections :

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