Des témoignages sur la maladie en bande dessinée

- temps de lecture approximatif de 16 minutes 16 min - Modifié le 04/07/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

La bande dessinée se décline en différents genres et l'autobiographie en est un. A partir des années 70, ce type de récit, par l'intermédiaire d'auteurs comme Crumb, se développe considérablement. Les témoignages sur la souffrance et le vécu d'une maladie représentent une part non négligeable de ce genre.

L’inscription de la bande dessinée dans le genre autobiographique constitue ces dernières années une des évolutions remarquables de cet art, ainsi en témoigne une abondante production abordant les multiples modalités du récit de soi et plus particulièrement les récits sur l’expérience de la maladie. La maladie est une matière narrative inépuisable et terriblement efficace dans la fiction, mais la grande nouveauté de ces dernières années est que la BD s’est à son tour appropriée le phénomène. La bande dessinée relève d’une construction riche et complexe, elle sait ainsi profiter de la richesse du texte et des possibilités narratives de l’image. La force de l’image montre ce que l’écrit ne fait que suggérer. Elle apparaît comme le moyen le plus juste de faire transparaître le vécu. De nombreux auteurs vont relevés le défi et nous faire partager leur vie, non pas comme sujet humoristique, à la Crumb, mais comme témoignage humain d’une expérience personnelle et universelle, celui du vécu de la maladie. Ils nous parlent de leur souffrance, de leur espoir de guérison et de la place que tient l’écriture dans ce voyage au bout d’eux-mêmes. Ils révèlent leur besoin de témoigner et de partager avec les lecteurs l’épreuve de la maladie, les rapports avec le corps médical, leur entourage.http://www.linflux.com/wp-content/uploads/2013/12/Fables_psychiatriques_image_grand_format-1.jpg

Rappel historique sur la BD Autobiographique

Le genre Autobiographique en bande dessinée est apparu dans les années 70, notamment aux États-Unis avec l’Underground américain, mais ne s’impose massivement que dans les années 90. Robert Crumb ou Clay S. Wilson font de leurs propres conditions de vie le sujet de leurs BD afin d’obtenir un récit plus personnel et plus engagé.
En France, ce sont essentiellement les dessinateurs des éditions l’Association qui rendent la bande dessinée autobiographique populaire avec en première ligne David B et sa série en six volumes :



L’ascension du Haut Mal : l’intégrale, par David B.
(6 tomes)

Le Haut-Mal c’est le nom qu’on donnait à l’épilepsie au Moyen Âge. L’Ascension du Haut-Mal est un récit autobiographique relatant l’histoire d’une famille au milieu des années soixante dont le fils aîné est atteint par cette maladie à l’âge de sept ans. C’est le regard que porte le petit frère, sur le bouleversement que ses crises entraînent dans la famille. Le dessin de David B. va au-delà du vécu et décrit l’imaginaire dans lequel l’auteur trouve refuge.
Un récit riche qui interpelle le lecteur, le brusque et le dérange. On va naviguer en permanence entre le présent, les souvenirs de l’auteur et son monde onirique omniprésent.

http://pointsdactu.bm-lyon.fr/IMG/gif/L_ascension_du_Haut_Mal_image_grand_format.gifCela donne lieu à des visuels magnifiques tout au long de la série et permet régulièrement de donner un sens plus profond aux mots parfois insuffisants pour décrire avec justesse une émotion.

Au fil des années, le récit autobiographique en bande dessinée est devenu un genre de plus en plus apprécié et primé lors de festivals :
L’Ascension du Haut Mal (plusieurs titres sélectionnés et primés : Alph’art du meilleur scénario en 1998, nommés pour le prix du meilleur album du Festival d’Angoulême en 2004, prix international de la ville de Genève en 2003),
La Parenthèse (prix Révélation au festival d’Angoulême en 2011),
Little Joséphine (prix Œcuménique au festival d’Angoulême en 2013),
Des fourmis dans les jambes (prix Paroles de Patients en 2012),
Hypocondrie(s) (prix Coup de cœur Quai des Bulles en 2012).

Genre littéraire nouveau, les auteurs sont des patients qui témoignent de leurs expériences de la maladie.
Non seulement on dévoile ses pensées, ses sentiments, mais on peut également se mettre à nu dans le sens littéral du terme et ainsi se donner à voir en tant que chair. Cette démarche peut-être assimilée à une sorte de « reality-show » dans lequel les limites de l’intime sont repoussées au maximum.

Face à la Maladie : une bibliographie sélective

Pour diverses raisons, certaines maladies sont plus particulièrement chargées de peurs et de fantasmes : le cancer, le sida, la perte des facultés mentales liée à la vieillesse. Ce thème central de l’histoire touche au genre de l’intime. Indépendamment de son évolution, avec ses conséquences physiques (transformations, dégradations, handicaps …), la bande dessinée s’intéresse plutôt aux questionnements qu’entraîne la maladie.
Les auteurs dessinent des vies qui continuent malgré la peur, la souffrance et parfois même avec la mort en toile de fond. Car malgré la cruauté du diagnostic, la vie reprend très rapidement le dessus, la maladie n’est plus uniquement ce dont on meurt mais ce avec quoi on vit.

La Santé Mentale



Fables psychiatriques, par Darryl Cunningham

Les maladies mentales intriguent, fascinent ou rebutent, et sont souvent l’objet d’incompréhension. Darryl Cunningham, qui a travaillé plusieurs années dans une unité pour malades difficiles et a lui-même connu des épisodes dépressifs, en a fait l’expérience. Ayant tenu un journal alors qu’il était aide-soignant, il en a tiré ces Fables psychiatriques. Trouble bipolaire, schizophrénie, dépression et démence sont notamment présentés dans cet ouvrage honnête et précis, à travers les histoires de patients que l’auteur a accompagnés à l’hôpital ou par l’évocation de célébrités ayant souffert de ce type de troubles.
À la fois témoignage et exposé sur les troubles mentaux, Fables psychiatriques vise à rétablir la vérité sur ces maladies, sur ceux qui en souffrent et ceux qui tentent de les soigner.


Hypocondrie(s), par Terreur Graphique

La vie quotidienne de Sam et ses obsessions de la maladie, sa jalousie et son imaginaire torturé sont mis en scène dans dix tableaux se déroulant avant et après sa rupture avec Rachel.



Chute libre : carnets du gouffre, par Mademoiselle Caroline

Caroline plonge dans la dépression après la naissance de son premier enfant. Elle est happée par cette maladie qui s’invite à trois reprises dans sa vie. Du protocole médicamenteux à la rechute, elle apporte un témoignage pour déculpabiliser ceux qui sont tombés dedans et donner des clés de compréhension à l’entourage. Certains dessins ont été réalisés sur le vif à l’époque de sa maladie.


Journal d’une bipolaire, par Emilie et Patrice Guillon et Sébastien Samson

Aidée de son père scénariste, Camille, atteinte de troubles bipolaires, raconte sa longue descente en enfer et ses tentatives pour mener une vie normale. Cette maladie psychiatrique, souvent méconnue, est caractérisée par des hauts et des bas vertigineux, les personnes atteintes passent de l’euphorie à la dépression très grave sur de courtes périodes. Camille oscille entre fatigue chronique, moments d’euphorie intense, idées noires et tentatives de suicide… Multipliant les expérimentations diverses, tombant dans l’excès (d’alcool, d’aventures d’un soir), elle enchaîne les rechutes plus ou moins graves et fait de fréquents séjours en centres psychiatriques.

Une case en moins : la dépression, Michel-Ange et moi, par Ellen Forney

Diagnostiquée bipolaire chronique à l’âge de 30 ans, l’auteure traverse des périodes d’euphorie créatrice et des moments de profonde dépression. Elle retrace ici ce parcours, entre séances de psychothérapie et exercice de la bande dessinée, comme une autre forme de thérapie.

 

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L’effet kiss pas cool, par Leslie Plée

La vie n’est pas un long fleuve tranquille, surtout quand les angoisses hantent le quotidien. La narratrice retrace ainsi son parcours, partant de la prime enfance jusqu’à sa vie d’adulte, contant au lecteur ses pérégrinations face à ses questionnements, ses peurs et ses hantises.
Leslie Plée passe en revue tout ce qu’elle craint, s’en détache et le narre avec beaucoup d’humour.
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Le château des Ruisseaux, par Frédéric Poincelet et Vincent Bernière

Le Château des Ruisseaux est un centre de traitement des addictions. Cet endroit, volontairement isolé des grands centres urbains, rassemble des patients toxicomanes. Jean et Marie participent en même temps à cette cure : abstinence, discussions de groupe et auto-analyses sont au rendez-vous. Le Château des ruisseaux n’est ni moralisateur, ni accusateur, ni même angélique. Il montre, avec simplicité, des personnes qui, pour différentes raisons (souvent une rupture au moment de l’adolescence), ont touché le fond. Et qui tentent de donner un coup de talon pour remonter, avant de se noyer définitivement. On partage tout au long du volume cet espoir, qui demeure hélas mince, puisqu’on apprend à la fin que seule une petite minorité de ces âmes perdues s’en sortira vraiment.

 

 

Les Maladies Chroniques


La Parenthèse, par Elodie Durand

Judith a 20 ans et va se retrouver face à la maladie. Cela commence avec des petits malaises avec pertes de mémoire. Au début, la maladie se nomme épilepsie, mais celle-ci n’est que le symptôme d’une autre maladie : une tumeur. Et pour conséquence de nombreux effets secondaires : le premier est la perte de mémoire, il y aura ensuite les pertes d’équilibres, puis du sommeil intense… Sa vie, ainsi que celle de ses proches, va être bouleversée.
Elodie Durand a utilisé son deuxième prénom pour raconter sa propre histoire, un témoignage fort et poignant. Dix ans après, elle nous dévoile tout en douceur et tout en pudeur cette « parenthèse » de sa vie.
Le dessin en noir et blanc en traits fins ou en crayonnés ; des croquis réalisés pendant les périodes de crises sont également inclus et permettent de mieux comprendre les différents états d’angoisse, de peur, de solitude et de vide dans lesquels se trouve plongé Judith.
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3 Grammes, par Jisue Shin

Jisue Shin, graphiste coréenne a 26 ans et l’avenir devant elle. Mais un jour, elle remarque que son ventre a inexplicablement grossi. Après une série d’examen, le diagnostic tombe : cancer des ovaires.
3 grammes ce n’est rien au fond : une plume, quelques grains de sucre. Mais pour Jisue Shin c’est le poids d’une tumeur, d’une épreuve, d’un changement de vie.
Son album est un carnet de voyage intime dans le monde à la fois inconnu et commun de cette maladie, la douceur du trait donne au récit légèreté et fluidité. L’incursion ponctuelle de la couleur et des modifications de style graphique rythment le livre et suscite l’émotion.



Cancer and the city, par Marisa Acocella Marchetto

A 43 ans, l’auteure illustratrice est au top de sa carrière et de sa vie amoureuse. Elle mène à Manhattan la vie branchée d’une héroïne de Sex and the City. Soudain tout bascule : elle apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein.
Avec un graphisme décapant, entre rires et larmes, elle raconte son combat contre la maladie. Son livre est vivant, surprenant, souvent drôle et poignant à la fois. Marisa n’oublie jamais son humour, sa féminité, sa créativité.

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Une chance sur un million, par Cristina Duran et Miguel A. Giner Bou

Dans un récit autobiographique à deux mains, les parents de Laïa racontent leur lutte pour la survie de leur petite fille. Atteinte d’une thrombose, son cerveau est gravement touché à sa naissance et la laisse entre la vie et la mort. Sauvée in extremis, elle est prise en charge par l’hôpital et par ses parents qui deviennent, dans la douleur, les habitués du service de néonatalogie. Vivre une expérience aussi extrême change à jamais l’existence. C’est ce que les auteurs, qui l’ont vécu dans leur chair, nous racontent ici avec naturel et simplicité.
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Papa est un peu fatigué, par Ville Ranta

Extrait des carnets autobiographiques de l’auteur. A partir de l’été 2003, sa femme reprenant ses études, il doit s’occuper seul de leur fille Fiinu qui commence à manifester des symptômes préoccupants (somnolence, déshydratation, etc.). En 2004, Fiinu est diagnostiquée diabétique ce qui choque violemment ses parents et en particulier Ville qui est confronté quotidiennement à la maladie.

Mince alors !, par Carole Lay

L’illustratrice raconte comment elle a fait face à son problème de surpoids et a changé de façon durable ses habitudes alimentaires et son mode de vie. Elle décrit ses différents régimes, son rapport à la nourriture, sa découvertes des mystères du métabolisme humain.

 

Les Maladies Neurodégénératives


Little Joséphine, par Raphaël Sarfati et Valérie Villieu

Joséphine, 83 ans, vit seule dans son appartement. La mémoire lui échappe. Placée sous tutelle, elle est soignée par une infirmière à domicile, qui n’est en fait censée que lui donner les médicaments. Pourtant, c‘est une relation d’une toute autre nature qui va se nouer entre les deux femmes. « Joséphine fait partie de ces rencontres importantes au cours d’une vie d’infirmière. J’ai eu la chance de la rencontrer, elle, qui se disait la fille d’Arsène Lupin ! L’humour était notre langage, notre terrain de jeu et notre lien. On peut vraiment partager et vivre des choses formidables avec des personnes malades. »
L’illustrateur a choisi de bousculer ses planches, de jongler avec les lignes pour illustrer les différents états de la maladie. Le décor s’envole, les personnages glissent hors du cadre, la réalité croise le fer avec de régulières phases d’incohérence.
Au-delà de l’émotion suscitée, c’est un récit d’engagement qui rend hommage à la ténacité des soignants.

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Des fourmis dans les jambes, par Arnaud Gautelier et Renaud Pennelle

A 33 ans, Alex Gaultier, ancien directeur artistique dans la pub, est atteint de sclérose en plaque depuis 13 ans. Entre visites à l’hôpital et chimiothérapies, la maladie ne lui offre aucun répit. Les douleurs fulgurantes en pleine nuit, l’inadaptation de Paris pour les handicapés en fauteuil ou à béquilles, les incivilités et le regard des autres lui gâchent la vie. Aussi, quand sa femme entrevoit un emploi à Nantes, le couple décide de partir y vivre. Pour Alex, pur parisien, la surprise est grande. Les gens y sont aimables et polis, les trottoirs propres et la plage à proximité. Une nouvelle thérapie est même envisagée…
Un des grands points forts de cette BD est de ne rien édulcorer. Le scénariste n’hésite pas à parler des doutes, des répercussions sur la vie de couple, des difficultés financières face aux dépenses médicales ou de l’inadaptation de la société.


Les Maladies Inflammatoires



La cordée du Mont Rose, par Olivier Balez

Cette bande dessinée retrace le parcours d’Eric, atteint de la Maladie de Crohn et l’aventure humaine à laquelle il va participer avec un groupe de patients : une expédition vers le sommet du Mont Blanc. A travers cette ascension, un voile est levé sur le combat quotidien contre les Maladies Chroniques de l’Intestin, maladies peu connues mais particulièrement douloureuses et handicapantes. Les difficultés de la vie sont appréhendées comme les étapes d’une ascension alpine. A chaque épreuve, il faut se remotiver, reprendre courage, voir dans la pointe suivante un défi relevé, et finalement, une satisfaction, un encouragement. Le récit aux couleurs vives et lumineuses est bien construit, entrecoupant les récits d’alpinisme et l’histoire du combat d’Eric depuis son enfance. Un regard juste sur la maladie et le dépassement de soi.

Les Maladies Virales

Monsters, par Ken Dahl

Imaginez ne plus jamais pouvoir embrasser quelqu’un sur les lèvres. Que vous ne pourrez plus jamais embrasser vos enfants, sortir avec quelqu’un dans une soirée, partager de la nourriture …sans transmettre une maladie horrible et incurable ? Ken doit se rendre à l’évidence : il a transmis l’herpès à sa compagne. Ce virus dont il ne connaît rien va rapidement détruire son couple et modifier profondément la perception de son propre corps. Une autobiographie décapante centrée sur l’herpès et la modification de vie sociale qui en résulte.


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