Bande dessinée et censure : le cas Mouchot

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 26/05/2017 par Boxer

Si vous avez eu l’occasion de découvrir l’exposition consacrée à 77 ans de bandes dessinées à Lyon et en région (Vlan !), il ne vous aura sans doute pas échappé que la loi s’est très souvent invitée dans la création artistique sous sa forme la moins permissive : autrement dit la censure.

Fantax
Fantax

Précisément la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse impose un contrôle strict des formes et des contenus.

Permettez ici que nous relevions les termes précis de cette loi qui aura gravement amputé la liberté graphique des auteurs :

Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse

(version consolidée au 5 janvier 1988)

Article 1

Sont assujetties aux prescriptions de la présente loi toutes les publications périodiques ou non qui, par leur caractère, leur présentation ou leur objet, apparaissent comme principalement destinées aux enfants et adolescents.

Article 2

Modifié par Loi 54-1190 1954-11-29 art. 1 JORF 1er décembre 1954

Les publications visées à l’article 1er ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse, ou à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. Elles ne doivent comporter aucune publicité ou annonce pour des publications de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse.

Si nous examinons le champ lexical de cette loi, il rappelle par bien des aspects l’esprit maréchaliste qui  recouvrait alors la France de Vichy : cette « démoralisation de l’enfance » fait ainsi comme un écho au souci vichyssois de remettre au pas la jeunesse française.

Le sémillant, l’athlétique, le talentueux Pierre Mouchot (Chott étant son nom d’artiste) est le premier éditeur/auteur de bande dessinée lyonnais à subir les foudres de la Commission de surveillance qui juge son œuvre traumatisante pour la jeunesse.

La loi de 1949 conduit ainsi Mouchot à cesser préventivement la parution de Fantax, son titre-phare, son mythique héros de papier.

Au cours de ces années d’après-guerre, il va devoir affronter une série de procès engagés par les pouvoirs publics et l’Association Départementale des Associations Familiales du Rhône qui entend « faire un exemple ».

Pierre Mouchot  perdra au terme d’un marathon judiciaire de 7 ans qui aura commencé en 1954.

En 1961 il est condamné à un mois de prison ferme et 500 euros d’amende. On lui reproche encore d’avoir montré sous un jour favorable la violence et le banditisme.

Il sera certes amnistié en raison de ses états de service dans la Résistance, mais il restera très éprouvé par ces nombreuses épreuves judiciaires : l’auteur de Gus et Gaëtan, Fantax ou Big Bill le casseur décide alors de quitter le milieu de l’édition et se met au service des éditions Lug en qualité de lettreur et traducteur.

 

Indéniablement, l’affaire de Pierre Mouchot a profondément ébranlé le milieu des éditeurs français de presse pour la jeunesse (Lug et autres) qui préfèreront dès lors s’autocensurer plutôt que d’affronter les ciseaux de la censure.

 

L’exposition Vlan!  77 ans de bandes dessinées à Lyon et en région se tient jusqu’au 4 novembre 2017 à la bibliothèque de la Part Dieu.

 

 

 

 

 

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