Artothèque ?

3/3 Les publics

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 30/01/2019 par Tori

Les artothèques sont souvent décrites comme étant aux œuvres d’art ce que les bibliothèques sont au livre. Claire Tangy, responsable de l’artothèque de Caen. Emprunter une œuvre d’art c’est aussi simple qu’emprunter un livre. Arman, Pierre Soulages, César ou Louise Bourgeois à portée de main et sans se ruiner : c’est possible ! Grâce aux artothèques, devenir un collectionneur est un jeu d’enfant !

Artothèque, Bibliothèque de la Part-Dieu

« L’art, c’est le plus court chemin de l’homme à l’homme. » André Malraux

Les publics des artothèques sont variés (curieux, amateurs, connaisseurs…) et ont des attentes diverses. Les emprunteurs particuliers choisissent souvent au coup de cœur pour agrémenter leur intérieur. Les écoles montent des projets en lien avec le programme et organisent des expositions pédagogiques. Les structures sociales (réinsertion, aide à la personne…) cherchent à établir du lien et tisser un dialogue grâce aux œuvres d’art.

Les artothèques cherchent à répondre au plus juste à toutes les demandes.

Les emprunteurs collectifs ont à leur disposition plus d’une cinquantaine d’expositions clé en main.

Reserve, la bibliothèque de la Part-Dieu de Lyon, des expositions clés en main pour les collectivités, entreprises, associations, écoles…

 

Selon une étude réalisée en 1989 par Corinne Guerci « Les artothèques : une forme d’action culturelle contemporaine », le public, minoritaire par rapport à l’ensemble de la population française, (…) est avant tout jeune, cultivé, souvent hautement diplômé, essentiellement composé de cadres supérieurs et de cadres moyens, et familiarisé avec de nombreuses autres pratiques culturelles.

Ce constat, certes un peu ancien (30 ans), fait écho à l’étude d’Olivier Donnat sur les pratiques culturelles des français. Néanmoins, les artothèques s’efforcent d’élargir leurs publics et de permettre au plus grand nombre de rencontrer intimement l’art contemporain.

Ce n’est pas un travail aisé et cela demande une implication sur le long terme, car la majeure partie des emprunteurs sont des non-connaisseurs et les demandes formulées ne correspondent pas toujours à la réalité du marché de l’art, ni aux axes d’acquisition. « Avez-vous un Dali ? » ou encore « Peut-on trouver des impressionnistes ? » sont des questions assez fréquentes. C’est en se familiarisant avec les œuvres que le public apprend à connaître l’art contemporain.

D’autres emprunteurs témoignent qu’ils choisissent leurs œuvres autant pour eux que pour leur entourage, curieux de découvrir leur sélection. Ainsi, ils deviennent à leur tour des « passeurs » d’art contemporain.

Un membre de l’association  Gem les Amis du Pas , fervent utilisateur de l’artothèque depuis des années, donne son point de vue : « Nous travaillons avec notre imagination et nos échanges sont très démocratique. C’est pour nous un lieu de rencontre : les moments passés sont très forts et les échanges autour des tableaux permettent de créer de la sociabilité ».

Emprunter, c’est l’occasion d’échanger des points de vue, d’exprimer des perceptions et des émotions entre toutes les personnes vivant sous le même toit.

Finalement chaque emprunteur est aussi collectionneur. Parfois, il décide de franchir le pas et d’acheter. En général, il demande conseil à l’artothèque où il emprunte.

 

Pourquoi emprunter des œuvres d’art ?

Pour un particulier, vivre pendant plusieurs mois avec une œuvre chez soi permet de s’en imprégner, d’aiguiser son regard et de donner l’occasion de découvrir de nouveaux langages artistiques.

Pour l’entreprise, c’est une façon d’offrir une rencontre avec l’art actuel, dans les bureaux, à l’accueil, à la cafeteria…

A l’école, au collège, au lycée, les enseignants apprécient de montrer dans la classe des œuvres importantes de l’histoire de l’art, mais aussi de découvrir les artistes de la génération actuelle.

Ils utilisent les œuvres en fonction de leur projet : lecture d’image, décryptage des moyens plastiques, découverte de démarches, de courants, d’artistes…

Visite d’une classe primaire à l’artothèque de Lyon

Le jeune public

L’artothèque développe un volet d’actions de sensibilisation ludique à l’art contemporain à destination des enfants à partir de 2 ans sur des temps scolaires et périscolaires, à travers le conte, la musique, la danse, le mime, le jeu.

 

L’art même dans la rue ! Présentation d’oeuvres de l’artothèque aux enfants du quartier Mermoz.

 

Mais comment retenir leur attention? En favorisant une situation d’échange et d’expression. Pour les plus jeunes, c’est en créant une ambiance rassurante, une conception théâtrale et une fabulation adaptée. Pour les plus grands, les jeux, les énigmes, les enquêtes autour des œuvres les rendent acteurs de leurs découvertes.

Contrairement aux musées, à l’artothèque, les œuvres ne sont pas accrochées aux murs et les enfants peuvent les toucher, les manipuler.

Des rencontres thématiques à partir des collections sont aussi proposées aux familles.

Présentation pour les enfants des œuvres d’Olivier Mosset à la bibliothèque de La Croix-Rousse, Lyon

L’artothèque des enfants

A Annecy « La Petite Galerie » et à Poitiers « Les P’tits cadres », les enfants ont leur propre artothèque. La collection est représentative de la création contemporaine le mobilier est adapté, les œuvres de petit format et les cadres sont colorés.

L’esprit de la collection repose sur la narration (certaines séries sont conçues comme des carnets de voyage), sur l’écriture (des alphabets créés par des artistes), sur le jeu et les objets de la vie quotidienne des enfants. La collection met également l’accent sur le jeu des formes, les variations des couleurs et des lignes.

Les enfants n’ont pas besoin de l’autorisation parentale pour emprunter.

Pouvoir s’approprier, momentanément mais régulièrement, une œuvre dans leur intimité, sans l’intervention des adultes, les responsabilise par rapport à leur choix personnel et, à terme, contribue à réduire les distances qui existent actuellement entre le public et l’art contemporain. En outre, ce rapport à l’œuvre leur permet d’accéder, même inconsciemment, à une éducation du regard, de développer leur sens critique et de s’ouvrir à des formes d’expression variées et à des cultures diverses.

 

Grace aux artothèques, l’art descend des cimaises pour rejoindre vos foyers. Pour appréhender, éprouver l’art contemporain, vous pouvez découvrir 200 œuvres en 2 ou 3 heures au musée ou vous familiariser, vous imprégner au quotidien de quelques œuvres accrochées dans votre salon ou votre chambre. Les deux démarches sont bien différentes et pourtant complémentaires.

 

Pour aller plus loin

 

Voir les modalités de prêt d’œuvres à l’artothèque de la Bibliothèque de la Part-dieu, Lyon.

Claire TANGY Les artothèques des collections à valeur d’usage BBF, 2002, pp.46-49

Les artothèques, des outils novateurs au service de l’art et des publics, Caen : ADRA, 2002

Christelle PETIT Les artothèques en Rhône-Alpes : enjeux du type d’implantation, Mémoire d’étude / Janvier 2010

Ana GARAY STINUS L’intégration des fonds de la Fondation Nationale de la Photographie dans la Bibliothèque municipale de Lyon, Rapport de stage, 2010

Martine MAUVIAUX Les artothèques Bibliothèque municipale de Lyon, Maison du livre de l’image et du son de Villeurbanne, Rapport de stage, 1998

Annie CHEVREFILS DESBIOLLES Etude l’artothèque comme média, décembre 2016

 

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