Artothèque ?

2/3 Les missions

- temps de lecture approximatif de 7 minutes 7 min - Modifié le 30/01/2019 par Aurélie

Les artothèques sont souvent décrites comme étant aux œuvres d’art ce que les bibliothèques sont au livre. Claire Tangy, responsable de l’artothèque de Caen. Emprunter une œuvre d’art c’est aussi simple qu’emprunter un livre. Arman, Pierre Soulages, César ou Louise Bourgeois à portée de main et sans se ruiner : c’est possible ! Grâce aux artothèques, devenir un collectionneur est un jeu d’enfant !

artothèque de Lyon
artothèque de Lyon

« Je ne m’intéresse pas uniquement à l’art, je m’intéresse à la société dont l’art n’est qu’un aspect. Je m’intéresse au monde en tant que tout, un tout dont la société n’est qu’une partie. Je m’intéresse à l’univers dont le monde n’est qu’un fragment. Je m’intéresse en premier lieu à la création permanente dont l’univers n’est qu’un produit. »

Robert Filliou (1929-1987)

Missions

Les artothèques ont une double mission : le soutien et la diffusion de la création contemporaine, la mise à disposition sous forme de prêts de ces collections. Elles offrent aussi la possibilité de découvrir les œuvres d’art contemporain, mais plus encore de vivre avec elles dans l’intimité quotidienne d’un appartement, d’une maison ou d’un lieu de travail.

 

« L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art »

Robert Filliou

 

A ces missions premières, il faut ajouter un ensemble riche et varié d’actions allant de la production d’expositions à l’édition, en passant par la mise en place d’actions de sensibilisation et de formations.

La collection

L’art contemporain

Comment donner des entrées variées au public ? Comment éviter de simplifier ou déformer les intentions artistiques ? Comment représenter au mieux les courants des dernières décennies ?

Les principaux courants artistiques en France depuis les années 50 à nos jours se retrouvent dans les collections des artothèques. Ces dernières doivent constituer une collection cohérente dans le but de diffuser les diverses expressions de l’art contemporain.

Cependant, il est difficile d’embrasser toute la créativité, les tendances et les mouvements de « l’Art Contemporain », difficile aussi de donner une définition précise de l’art d’aujourd’hui.

 

« Cette ère [l’ère de la reproductibilité] c’est la nôtre. Celle de la photographie, de la vidéo, du numérique, de la profusion des supports et même, son contraire, l’absence de support, par l’affirmation du rien ou du vide »

Vanessa Schmitz-Grucker dans « l’arrtiste à l’œuvre – l’art contemporain en pratique » Ed. Eyrolles, 2013

 

Donnons tout de même quelques repères historiques autour desquels sont bâties les collections des artothèques.

Gestes et mouvements

Après la guerre, les artistes français poursuivent la voie abstraite qui avait été initiée en 1911 par Kandinsky : certains cherchent à manifester leurs émotions à travers des tableaux pleins d’énergie où le geste est visible. C’est l’abstraction lyrique ou gestuelle.

 

Artothèque de Lyon, un accrochage autour de l’Abstraction lyrique : Jean Miotte, Olivier Debré, Zao Wouki, Hans Hartung, Jean Messagier

Carrés et autres formes géométriques

D’autres organisent strictement le tableau avec des formes géométriques. Ils dosent les formes et les couleurs avec beaucoup de soin et invitent l’esprit à méditer : c’est l’art construit, l’art géométrique ou encore l’art concret.

 

Artothèque de Lyon, l’art construit : Guy de Rougemont, Jean Dewasne, Martina Kramer

La photographie contemporaine

Par ailleurs, à la même période, la photographie contemporaine conquiert peu à peu une reconnaissance artistique. Dans les années 1980, les artistes font de la photographie un nouveau mode d’expression en utilisant la couleur et le grand format.

Comme pour la peinture, les habitudes esthétiques sont remises en cause : on accepte le flou s’il apporte une force à l’image, on réutilise et transforme des images récupérées, on peint et gratte les négatifs, on prend en photo des sujets jugés autrefois peu nobles, comme des immeubles, des no man’s land ou des personnes dans leur lieu de vie.

Michel Poivert. La photographie contemporaine, Paris : Flammarion, 2010

Mots, idées, langage

« Il faut vivre avec son époque et savoir quels mots sont nécessaires pour exister, guérir et faire comprendre les choses. Tout change sans arrêt. Et c’est là que les clichés émergent. Les mots justes il y a dix ans sont devenus des lieux communs aujourd’hui. Alors il faut constamment réinventer le langage. »

John Baldessari

L’art se rapproche aussi de la philosophie, et les œuvres peuvent être faites de mots, ou d’idées : Art conceptuel, Fluxus.

 

Artothèque de Lyon, un accrochage autour de l’Art conceptuel : Peter Downsbrough, Roman Opalka, John Baldessari, Sol Lewitt

 

L’art se manifeste sous des formes inhabituelles : performances (l’artiste se met en scène devant le public), installations (des objets sont disposés dans l’espace)…

Les collections des artothèques jouent un rôle dans le paysage artistique même en étant limitées dans les supports (œuvres sur papier ou films). Elles permettent de montrer et de parler des divers langages artistiques dans leur l’amplitude chronologique.

Le multiple

Les collections des artothèques sont constituées en majeur partie de multiples.

Le multiple désigne une catégorie d’œuvres dont la technique permet une édition en plusieurs exemplaires toutefois signés et numérotés par l’artiste (lithographie, sérigraphie, gravure sur bois, photographie, livres, films ou jeux d’artistes…).

Par ailleurs, chaque artothèque donne une coloration à sa collection. Certaines se dotent d’œuvres uniques (dessins ou peintures à Saint Cloud), d’autres proposent des objets multiples (Villeurbanne), des films d’artistes (Lyon) ou encore développent un fonds d’illustrateurs (Saint-Priest) ou de livres d’artistes (Lyon). A Lyon comme à Grenoble, la photographie est très présente.

Des multiples sont aussi des œuvres originales

Le multiple n’est pas une reproduction mais bien une œuvre originale signée et numérotée. Pour Walter Benjamin l’œuvre d’art est par nature reproductible, L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. « (…) La reproductibilité permet de rendre l’œuvre multiple, de la rendre accessible, proche. Les techniques de reproduction confèrent à l’art une proximité, une immédiateté, une matérialité, inconcevables auparavant. » (Chantal Pontbriand).

Cependant, l’œuvre ne perd pas en qualité car elle est conçue ainsi par l’artiste.

L’artiste opère un certain nombre de choix : le format, les couleurs, la qualité de la peinture et même le type de papier ou de toile ont un sens précis pour lui.

Ces caractères matériels vont participer à notre appréciation de l’œuvre, même si on ne s’en rend pas compte tout de suite.

Dans les reproductions, beaucoup de ces paramètres disparaissent ou sont modifiés.

C’est parce qu’une œuvre d’art est faite des choix de l’artiste qu’il faut chercher à la voir « en vrai ». Pour cette raison, les artothèques proposent toujours des œuvres originales.

 

Médiation

L’artothèque propose un service de sensibilisation à l’art contemporain et un dispositif d’accueil spécialisé, pour offrir à ceux qui le souhaitent un échange, voire un peu d’analyse des œuvres. Tout en conservant l’esprit léger et informel de l’artothèque.

Présentation d’œuvres au Centre d’Accueil de Jour Moncey

 

A l’artothèque de Lyon lors des « Heures de la découverte », le public peut découvrir les nouveautés et revoir certaines œuvres choisies par un spécialiste qui ouvre la discussion. Ces formats s’adressent à un petit groupe (12 personnes maximum) ce qui facilite l’échange. Par ailleurs, toute personne souhaitant découvrir des œuvres patrimoniales non visibles en salle peut en faire la demande sans aucun justificatif.

 

Aide à la jeune création et exposition

Dans le cadre des artothèques, les artistes bénéficient de plusieurs avantages : la mise à disposition d’un lieu d’exposition, un espace de création (résidence d’artistes) et un lieu de rencontre (conférence, tables rondes). Parfois les artothèques permettent aux publics de voir les différentes phases d’évolution de l’œuvre d’art et rentrer directement en contact avec les artistes. Finalement, la mise en place d’un lieu de création au sein d’une artothèque facilite cette rencontre sans intermédiaire.

De 2012 à 2014 Zoé Benoit en résidence à l’artothèque de Lyon est venue « prendre le pouls » de la Bibliothèque de la Part-Dieu… Elle a réalisé des captations sonores et plastiques du lieu. Vous pouvez découvrir sa création interactive BIBLIOBIP.

 

Zoé Benoit, Lignes de cardiobips, BmL, 2012-2013

 

Depuis mai 2018, la photographe Jacqueline Salmon est en résidence à la Bibliothèque de la Part-Dieu.

« Mon projet est de réaliser des séries de portraits, par type d’usage : non pas des photographies d’identité même magnifiées, mais plutôt des séquences de comportements ou la position du corps du lecteur de journaux par exemple ou du chercheur ou du visiteur d’expositions, révèlent les différents usages de la bibliothèque. »

Jacqueline Salmon

Jacqueline Salmon, Bibliothèque municipale de la Part-Dieu, Lyon, 2018

Finalement, les artothèques ont pour missions de présenter des artistes ayant une démarche plastique ancrée dans la durée et dont la création doit s’inscrire dans l’histoire de l’art et le présent de la cité.

 

Le 27 février sur l’influx, rubrique Art, découvrez les publics des artothèques.

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