Pratique, omniprésent mais écologiquement non viable ?

Il était une fois le plastique

- temps de lecture approximatif de 8 minutes 8 min - Modifié le 18/02/2022 par S&T

Matière résistante et facile à produire, les matières plastiques ont provoqué une véritable révolution industrielle au XIXème siècle. Symbole d'une société en plein essor, il est à l'origine de nombreuses innovations mais pâtit aujourd'hui d'une image peu flatteuse. Pourquoi un tel désamour? Quels sont les dangers écologiques engendrés par le plastique ? Quelles solutions avons-nous pour réduire nos déchets plastiques ?

Bouteille plastique
Bouteille plastique Pixabay

La création d’un produit révolutionnaire

Au XIXème, pour parer à l’épuisement de certaines matières premières naturelles (ivoire, latex, soie), les scientifiques et industriels recherchent activement des alternatives. Après la Parkesine et le celluloïd, le chimiste américain d’origine belge Léo Hendrik Baekeland découvre en 1909 la Bakélite.

Première matière plastique produite de manière industrielle à partir de matériaux synthétiques, elle inaugure l’ère du plastique. Légère, résistante à la chaleur et à de nombreux produits chimiques, la bakélite est également un excellent isolant électrique. Cette nouvelle résine est aussi à l’époque le premier plastique thermodurcissable, une propriété exploitée pour de nombreuses applications industrielles. Cette découverte a permis la fabrication de nombreux objets tels que les téléphones et les jouets…Grâce à son aspect laqué, elle devient aussi la matière idéale pour la conception d’électroménagers.

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Utilisé tout d’abord pour remplacer les matières naturelles telles que le bois, le plastique va rapidement apparaître sous de nombreuses formes (PVC, silicone). Le silicone et le caoutchouc synthétique sont ainsi inventés pour répondre aux besoins de l’armée lors des deux guerres mondiales. Ces deux événements auront pour conséquence de provoquer un développement rapide de la chimie de synthèse tant au niveau industriel qu’au niveau technologique. Le plastique a ensuite rapidement envahi nos vies de façon plus ou moins visibles. Ce matériau léger mais robuste, peu couteux et malléable à l’envi, propose aux industriels de nombreuses possibilités.  Il a donc rapidement remplacé tous les autres matériaux (verre, carton, bois, métal) notamment dans le secteur de l’emballage, de la construction et du bâtiment. Il s’agit du troisième matériau le plus fabriqué au monde derrière le ciment et l’acier.

Or désormais, sa solidité est devenue son principal défaut. De sa fabrication à la fin de sa vie (souvent prématurée) son impact environnemental est colossal.

Le plastique, héritage du pétrole

Comme le rappelle Matthieu Combe dans son ouvrage Survivre au péril Plastique, le terme plastique est utilisé dans l’industrie pour désigner des matières à base de polymères, naturels ou artificiels. Aujourd’hui la plupart des monomères entrant dans la fabrication des plastiques sont des dérivés d’hydrocarbures fossiles : pétrole, charbon ou gaz naturel. En Europe, la filière utilise le pétrole comme matière première.

 

On parle du plastique mais « il existe en réalité plusieurs dizaines de familles de plastiques différents appelées “résines”. Les 5 plus  grands en termes de volumes sont le polyéthylène (PE), le polypropylène (PP), le polystyrène (PS), le polychlorure de vinyle  (PVC) et le polyéthylène téréphtalate (PET) »

 

Les plastiques sont presque exclusivement fabriqués à partir des énergies fossiles : moins de 1% de la production mondiale concerne des plastiques biosourcés. De plus, un objet plastique biosourcé n’est pas nécessairement “biodégradable”. Ainsi, outre les problèmes de gaz à effet de serre provoqué par la fabrication de plastique nous sommes face à une menace plus insidieuse : le plastique a tout envahi !!!!

 

 

 

La naissance du “tout jetable”

Afin de lutter contre le gaspillage et la pollution de l’environnement, les produits en plastique à usage unique sont progressivement interdits depuis le 1er janvier 2020. L’objectif du gouvernement français est désormais de sortir du plastique jetable d’ici à 2040.

Durant les Trente glorieuses, le discours des industriels et des institutions était bien différent. Le Français ancien collecteur de récipients vides avec l’utilisation des bouteilles en verres consignées devient rapidement un expert du “jeter après usage”. “A la bouteille d’hier qu’il fallait récupérer, laver, au prix d’une manutention coûteuse, succède aujourd’hui la bouteille que l’on jette, purement et simplement.” 

 

Malgré les quelques réserves qu’il suscitait, le plastique est rapidement devenu un produit incontournable facilitant le quotidien de l’homme et de la femme “moderne”.  La recherche de la simplicité et les nouveaux produits proposés à l’époque suscitent un engouement sans précédent pour le plastique. Il révolutionne le monde du design, de la mode et permet aux industriels de proposer des objets tendances à bas prix. Il devient le symbole d’une société de consommation en plein essor.  

 

 

Hélas, aujourd’hui on retrouve des déchets plastiques partout sur la Terre, de l’Arctique à l’Antarctique et même sur l’Everest. Ces déchets sont présents dans l’eau, les sous sols et dans l’air. La pollution plastique à la surface des océans n’est que la partie émergée de l’iceberg. Pourtant, le terme “pollution plastique” apparaît pour la première fois dans les années 70.

Dans son ouvrage, Océan Plastique, Nelly Pons expose sans langue de bois la situation des océans. ” En moins de 75 ans, nous avons rejeté dans la nature l’équivalent du poids de 83 millions de Concorde, 47 millions de baleines bleues ou encore 650 000 tours Eiffel de matières plastiques qui, pour une grande majorité, ont terminé leur course folle dans l’océan.”

En 2050, si nous ne faisons rien, nous aurons à faire face à plus de 12 milliards de tonnes de déchets plastiques, soit trois fois plus qu’aujourd’hui. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) rappelle que la priorité est de limiter la production de biens à usage unique ou de courte durée de vie.

 

 

 

Le danger invisible des microplastiques.

Il a été démontré que les microplastiques peuvent se fragmenter pour atteindre la taille de nanoplastiques, les chercheurs n’ont aucune idée de l’étendue de cette pollution. Tous les plastiques n’ont pas la même densité et donc le même comportement en milieu marin. Fragmentés en débris de taille inférieure à 5mm, ces particules microscopiques disséminées dans les océans sont impossibles à récupérer. Elles résistent au milieu marin des centaines d’années et se retrouvent souvent dans des zones où stagne le zooplancton. Des microplastiques ont également été retrouvés dans les Alpes et les Pyrénées transportés par le vent, la neige et la pluie.

Ainsi, de nombreuses espèces animales accumulent ces petits éclats dans leurs tissus (moules, crabes, corail…). L’homme, quant à lui, peut ingérer ces débris en mangeant des coquillages, mollusques mais également en utilisant certains produits cosmétiques ou en buvant de l’eau dans des bouteilles en plastique.

“Les effets délétères des déchets plastiques sur l’environnement ne sont pas le seul problème grave causé par les plastiques. L’utilisation même du plastique peut déjà entraîner des effets fatals pour la santé.” Au printemps 2013, l’Organisme Mondiale de la Santé (OMS) a classé les substances chimiques à effet hormonal issues des plastiques parmi celles constituants “une menace globale.” Un être humain ingérerait près de 5 grammes de particules plastique chaque semaine, soit l’équivalent d’une carte de crédit.

 

Réduire sa consommation de plastique, la seule solution ?

En 2018, seuls 29 % des emballages plastiques étaient recyclés en France.  “Un objectif 100 % recyclage » est « impossible à atteindre » dans l’immédiat et ne répond pas à l’urgence de la situation.” comme le souligne Nathalie Gontard, directrice de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) en 2020. En effet, certains plastiques ne sont tout simplement pas recyclables dans les conditions actuelles et certains plastiques n’ont pas de filière de collecte dédiée.

Alors que pouvons nous faire ? Agir individuellement n’est pas si simple, mais de nombreuses initiatives tournées vers le zéro déchet se démocratisent. En effet, c’est dans les années 90 que les premières communautés zéro déchet commencent à se structurer avec l’apparition de Zero Waste International Alliance. Plus tard en 2014, se crée l’association Zéro Waste France et peu après des groupes locaux comme Zéro Déchet Lyon. “Cette association organisent des marathons où les bénévoles passent dans les commerces de proximité pour proposer aux commerçants d’apposer sur leur vitrine un autocollant indiquant qu’ils acceptent les contenants réutilisables de leurs clients. Fin 2018, 138 commerces lyonnais étaient référencés.” Source : Atlas du plastique

 

31 jours pour progresser dans ma transition écologique

 

 

 

 

 

 

Par ailleurs, de nombreuses entreprises tentent d’innover afin de remplacer le plastique de leurs produits : 

“Le danois Lego a annoncé, mardi 15 septembre, remplacer ses sachets en plastique transparent par un équivalent en papier opaque. L’initiative sera expérimentée en 2021. La généralisation des matières renouvelables ou recyclées dans ses emballages à usage unique est prévue pour 2025.  […]

Comme alternative [au plastique], l’entreprise mise depuis quelques années sur un polyéthylène issu de canne à sucre. Introduit pour l’instant en faible quantité dans sa production, ce bioplastique est présent dans 80 des 3600 éléments vendus, essentiellement des arbres, des feuilles et des buissons. Demain, sa part sera plus importante, assure l’entreprise qui vise à rendre ses produits 100% durables d’ici 2030. Au cours des trois prochaines années, le groupe compte, par exemple, étendre l’utilisation du bio-polyéthylène à d’autres accessoires, comme les cheveux de ses figurines. Le recours au plastique recyclé est une autre piste envisagée. La recherche est à l’œuvre pour y parvenir.”

 

L’utopie d’un monde sans plastique

Depuis des années, le monde de la recherche s’active pour trouver des produits de substitution au plastique.  Récemment, un plastique recyclable à base de sucre intéresse la recherche et proposera peut-être dans l’avenir un substitut écologique et durable.

De nos jours, les matières plastiques sont utilisées dans tous les domaines. C’est pourquoi, remplacer 100% du plastique utilisé n’est pas encore possible pour deux raisons principales :

  • Le plastique reste un matériau extrêmement modulable. En effet, contrairement au verre, celui-ci peut-être façonné sans compromettre sa résistance ; 
  • Les alternatives actuelles sont très énergivores. Le verre, bien que 100% recyclable, possède un cycle de fabrication énergivore donc polluant

 

 

Pour en savoir plus :

 

Les plastiqueurs [Livre] : enquête sur ces industriels qui nous empoisonnent / Dorothée Moisan

Le paradoxe plastique / ADEME

Zéro déchet [Livre] : le manuel d’écologie quotidienne

31 jours pour progresser dans ma transition écologique [Livre] / Cyrielle Blazy, Isabelle Servant

Atlas du plastique  / La Fabrique écologique

Vivre sans plastique [Livre] : des outils écologiques à notre portée / Chantal Plamondon et Jay Sinha 

 

 

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