La PNL, c’est quoi ?

Une science, une technique de développement personnel ou une pseudoscience ?

- temps de lecture approximatif de 13 minutes 13 min - Modifié le 22/10/2022 par Y. E.

La Programmation Neurolinguistique figure encore parmi les références régulièrement invoquées lors de formations professionnelles. Elle est présentée comme un outil incontournable pour communiquer efficacement. Pourtant ses bases théoriques sont très discutables, et ses applications pratiques sont bien plus limitées que ses promesses pourraient le laisser entendre.

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Head Profile With Gears Human head profile silhouette with gears inside thinking Image de macrovector_official sur Freepik

Une méthode difficile à définir

Il n’existe pas vraiment de définition univoque de ce que recouvre la PNL. Toutefois, un certain nombre d’éléments reviennent dans les différentes définitions proposées par ses promoteurs. Une tentative de définition pourrait donc s’apparenter à ceci:

La PNL serait un ensemble coordonné de connaissances et de pratiques dans le domaine de la psychologie (ou parfois de manière plus générale les sciences humaines) fondées sur une démarche pragmatique de modélisation, en ce qui concerne la communication et le changement.

D’où vient le terme Programmation Neurolinguistique ?

Le mot « programmation » reprend la métaphore informatique courante depuis les débuts de la psychologie cognitive. Elle compare le cerveau humain à un ordinateur, sur lequel tourneraient des « programmes », c’est-à-dire des manières de penser, de ressentir, d’interagir avec les autres…

« Neuro » renvoie au fait que cet « ordinateur » a pour structure physique notre système nerveux.

« Linguistique » évoque le fait que le langage, au cours de notre socialisation, structurerait de manière déterminante notre pensée. En même temps il serait le moyen d’accès à ce que nous pensons, mais aussi à notre manière de penser.

Brève histoire de la PNL

La programmation neurolinguistique, ou PNL a été créée par John Grinder et Richard Bandler dans les années 70. Richard Bandler étudiait alors à l’université de Californie à Santa Cruz. C’est là qu’il rencontra John Grinder, enseignant en linguistique très influencé par les théories de Noam Chomsky, au cours d’un atelier de Gestalt thérapie.

Ils auraient observé que certains thérapeutes, parmi lesquels Fritz Perls, Virginia Satir, ou Milton Erickson, à niveau de connaissance égale et indépendamment du cadre théorique dans lequel ils opèrent, obtenaient des résultats supérieurs à la moyenne.

Bandler et Grinder entreprirent alors de modéliser les processus mis en œuvre par ces thérapeutes performants, partant du principe que la performance provenait de leur manière de pensée et d’agir, mais surtout de leur manière de communiquer. Leur postulat était qu’il suffisait de modéliser ce mode de communication et de le répliquer pour devenir performant. Cette tentative de modélisation de la performance allait devenir la Programmation neurolinguistique.

Depuis le champ des psychothérapies, elle se répandra ensuite dans une multitude de domaines d’applications : l’enseignement, le coaching, la pédagogie, la santé, le sport ou le management par exemple.

L’épistémologie de la PNL :

La PNL est née dans un contexte intellectuel, la côte ouest des États-Unis au début des années 70,  qui marque durablement cette méthode.

Parmi les influences importantes mobilisées par les inventeurs de la PNL ou leurs continuateurs,  on peut ainsi citer :

  • La pensée cybernétique de Norbert Wiener, notamment les concepts de rétroaction (feedback), de « boîte noire », et sa version vulgarisée selon laquelle « tout serait communication ».
  • La sémantique générale, promue par Alfred Korzybski, représentée par la phrase « la carte n’est pas le territoire ». Il s’agit d’envisager le fait que nos actions sont autant conditionnées par les représentations que nous avons des évènements que par les évènements eux-mêmes.
  • le constructivisme et les travaux de  l’école de Palo Alto, (Gregory Bateson, qui a mis les deux fondateurs de la PNL en contact avec Milton Erickson, Paul Watzlawick …). Il nous est impossible de connaître la réalité objective, nous ne faisons qu’en construire une représentation. La conséquence de ce paradigme est pour les PNListes qu’il est toujours possible de reculer nos limites en modifiant nos conceptions du monde. Ce faisant, elle nie le fait que le monde (social, physique…) peut parfois s’imposer à nous sans qu’il soit possible de dépasser ces limites.
  • Le mouvement du potentiel humain. Les trois premiers modèles de la PNL appartenaient à des écoles marquées par le mouvement du potentiel humain, une nébuleuse de groupes issus de la contre-culture des années 60. Ces groupes promouvaient des méthodes très différentes, des plus prosaïques aux plus mystiques, mais avaient pour point commun de rechercher une transformation de la conscience afin d’améliorer les capacités humaines. Ce mouvement est très lié à la pensée New Age.

Que promet la PNL ?

Selon la plupart de ses promoteurs, la PNL ne revendique pas le statut de théorie à proprement parler. Elle se définirait plutôt comme la modélisation de savoir-faire. La modélisation de ces savoir-faire permettrait de créer des modèles de comportements efficaces, sans chercher à comprendre pourquoi ceux-ci fonctionnent. Les praticiens de PNL les plus prudents affirment que la PNL ne contient pas de « formule magique », applicable quelle que soit la situation. Toutefois, les promesses faites par les zélateurs de la programmation neurolinguistiques sont très variables, depuis l’amélioration de la communication, jusqu’à un effet thérapeutique, en passant par un outil de changement personnel.

Comment ça marche ? (ou pas)

Un certain nombre de techniques reviennent régulièrement, quel que soit le domaine d’application de la PNL :

  • La synchronisation : Il s’agit de refléter à son interlocuteur sa propre image, en utilisant des paramètres verbaux, c’est-à-dire en reformulant régulièrement ses propos, mais surtout par des paramètres non-verbaux. Il s’agirait de refléter la posture, la gestuelle, les intonations de votre interlocuteur, afin de favoriser l’établissement d’une bonne communication.
  • L’analyse des mouvements oculaires : les mouvements oculaires de notre interlocuteur seraient un moyen de déterminer le mode de pensée qu’il utilise, essentiellement quand celui-ci cherche à retrouver un souvenir en mémoire. On pourrait ainsi savoir s’il est sur un mode visuel, kinesthésique ou de dialogue interne. Cet aspect de la PNL a donné lieu à l’idée populaire selon laquelle on pourrait détecter les mensonges de notre interlocuteur en observant la direction de son regard, idée réfutée par la recherche scientifique.
  • Les prédicats : le registre de langue utilisé serait un indice du mode de pensée de l’interlocuteur. Selon le type de métaphores utilisées, cela indiquerait une prédominance du mode visuel, auditif, kinesthésique… Il s’agirait alors de s’accorder à ce mode de pensée pour favoriser la communication
  • L’ancrage : il serait possible d’associer un stimulus sensoriel avec un état interne particulier. Ainsi, ce reportage montre l’utilisation de l’ancrage par Florent Manaudou dans le but d’améliorer ses performances. Nous verrons plus loin en quoi cette affirmation est criticable.

L’efficacité de ces techniques est parfois discutée et souvent réfutée par la recherche en psychologie. Mais les critiques adressées à la PNL ne s’arrêtent pas à son efficacité discutable, elles viennent également interroger ses fondements philosophiques, la vision du monde qu’elle promeut et les dérives auxquelles elle expose les personnes qui souhaitent se former à ces techniques.

En quoi c’est problématique ?

La PNL, si elle est omniprésente dans le champs de la communication, du coaching et du développement personnel, a toutefois soulevé de nombreuses critiques.

Un rapport douteux à la science

  • Un vocabulaire jargonnant qui renvoie en permanence aux savoirs scientifiques :

Bien que les praticiens se défendent généralement de revendiquer un statut scientifique pour la PNL, le positionnement de cette méthode entretient des relations souvent floues avec la recherche scientifique. Premièrement, le nom de la technique lui-même renvoie à l’imaginaire des neurosciences. Pourtant, aucun chercheur en neuroscience n’a participé à son élaboration.

Ensuite, les textes de PNL regorgent de références scientifiques, mais celles-ci restent souvent vagues, et sont généralement convoquées pour justifier des assertions qui ne dépassent guère le sens commun :

« Le développement des sciences humaines et des neurosciences a permis de mettre en évidence l’importance de la motivation d’une équipe pour atteindre ses objectifs avec succès » (comprendre et pratiquer la PNL, p.17)

Faut-il vraiment en appeler aux neurosciences pour découvrir cela ?

  • Des sources fausses ou dépassées :

Et lorsque les références se font plus précises, on s’aperçoit qu’elles renvoient souvent à des connaissances dépassées, voire jamais admises par la communauté scientifique.

Le cerveau:

Ainsi, l’ouvrage comprendre et pratiquer la PNL, de Josiane de saint Paul, l’une des principales introductrices de la PNL en France, contient un chapitre intitulé « connaissance du cerveau et pédagogie» (p. 131).

Elle y fait référence aux travaux concernant de Paul Mac Lean et sa théorie du « cerveau triunique ». Elle postule que le cerveau comporterait trois parties distinctes, les fameux cerveaux reptilien, limbiques et le néocortex. Chaque partie serait apparue à un stade différent de l’évolution des espèces, et prendrait en charge des fonctions spécifiques.

Or, cette théorie a été disqualifiée par les recherches en neurosciences depuis de nombreuses années, comme l’explique cet article de Cortex mag, le site de vulgarisation du laboratoire de neurosciences de l’université Lyon 1.

cerveau droit cerveau gauche ? Image de Freepik

Elle s’appuie également sur les travaux de Richard Sperry, qui a reçu le prix Nobel de médecine en 1981 pour ses recherches sur les hémisphères cérébraux. Toutefois, là encore, elle en propose une interprétation qui est globalement rejetée par la communauté scientifique. Comme l’explique cet autre article de Cortex mag, si le cerveau présente bien des zones localisées s’activant plus ou moins dans certaines situations, elles ne fonctionnent pas indépendamment, et certaines fonctions peuvent être effectuées en dehors des zones identifiées, par exemple chez les patients présentant des lésions ou des malformations, y compris dans certains cas extrêmes.

La communication non verbale:

La PNL véhicule également un grand nombre de croyances à propos de la communication non verbale, que ce soit concernant les mouvements oculaires ou l’importance des aspects non verbaux par rapport au contenu du message délivré. C’est le cliché selon lequel 7% seulement de la communication serait verbale (les mots à proprement parler), 38 % serait paraverbale ( l’intonation, timbre de voix), et 55% serait visuelle (posture, expressions du visage, langage corporel).

Le psychologue Nicolas Gauvrit consacrait en avril dernier un article dans le magazine Cerveau et Psycho (lien abonnés) aux affirmations concernant la direction du regard. Il constatait que si plusieurs études ont tenté de vérifier la corrélation entre direction du regard et mensonge, aucune n’a permis de mettre en évidence de corrélation entre ces facteurs.

Concernant la répartition 7-38-55% dans un message, ce n’est pas plus fiable. Les études à l’origines de cette affirmation  furent menées par le psychologue Albert Mehrabian. Mais elles étaient bien moins affirmatives, et d’une portée nettement moins générale. Albert Mehrabian lui-même s’est exprimé pour dénoncer les extrapolations excessives de ses résultats, comme l’explique Yves-Alexandre Thalmann dans le magazine cerveau et psycho.

De nombreuses personnes sont revenues aux sources, y compris dans le monde du coaching, pour tenter de tordre le cou à cette affirmation hasardeuse. On peut par exemple écouter le podcast que le consultant en organisations Vincent Musolino a consacré à cette question. Celui-ci se montre par ailleurs très critique de la PNL en général

  • Utilisation et amalgames de concepts scientifiques :

Outre le recours à des théories dépassées ou l’extrapolation de résultats, la PNL utilise parfois arbitrairement des résultats issus de la recherche,  sans soucis de cohérence.

Morgan David, docteur en science du comportement, développe le sujet dans une note de blog. Il revient sur l’exemple de Florent Manaudou et de l’ancrage, que l’on mentionnait plus haut, et montre en quoi cela est problématique:

Les critiques adressées à la PNL sont les mêmes que celles habituellement formulées envers les pseudosciences. On lui reproche d’utiliser des concepts scientifiques, de les amalgamer par des combinaisons qui ne sont ni logiques ni justifiées par la théorie ou l’expérience. Pour reprendre l’exemple de Manaudou : l’utilisation d’un mot-clé (langage) permet à l’athlète de se remémorer une performance (mémoire), ce qui génère une émotion et un sentiment positif (représentation/état mental). Et paf ! Par un tour de passe-passe injustifiable ça fait médaille d’or ! La PNL ne s’embête pas de circonvolutions superflues : « il suffit de le vouloir pour le pouvoir ! ».

Le plus gros reproche que l’on pourrait adresser à la PNL est de chercher des solutions à des problèmes dont la psychologie académique a depuis longtemps, et de manière fiable et démontrée, apporté des réponses. La PNL ignore délibérément la psychologie académique, et c’est un procédé plus que douteux pour une discipline qui prétend apporter un savoir et des techniques fonctionnelles. Le fonctionnel est dans le rationnel, la PNL est dans l’irrationnel.

Dans l’exemple de Manaudou, les psychologues mettraient certainement en avant la dimension psychologique de self-efficacy (efficacité personnelle), qui décrit la croyance personnelle en sa capacité à réaliser une tâche. C’est une variable prédictive de la performance dans beaucoup de domaines. Et elle a aussi le mérite, à l’inverse de la PNL, de faire l’économie de la combinaison d’un ensemble de concepts qui n’a de valeur qu’au niveau métaphorique… Mais la PNL ne se soucie pas toujours non plus d’être parcimonieuse.

Un positionnement éthique discutable

Outre les critiques concernant sa scientificité, elle est aussi pointée du doigt pour des raisons plus éthiques. En effet, ses sources intellectuelles en font le vecteur d’une certaine idéologie, qui semble à priori contradictoire avec ses promesses d’empowerment et d’émancipation.

Un outil au service du néolibéralisme?

La PNL tient pour acquise une des prémisses du mouvement du potentiel humain : chacun a en soi les ressources pour surmonter l’ensemble des problèmes auxquels il est confronté. Ce présupposé, au cœur de la pensée du développement personnel, fait reposer la responsabilité de la performance sur l’individu. Or, si cette affirmation cadre parfaitement avec l’idéologie managériale, elle laisse de côté tout un pan de la recherche en sciences sociales. Dans ce cadre de référence, on ne tient pas compte des relations de domination qui peuvent exister entre individus au sein d’un collectif de travail par exemple, où de l’effet de modes d’organisations structurellement déficientes. Si l’on réussit, c’est grâce à ses qualités propres, si l’on échoue, c’est le fait de notre insuffisance personnelle.

Dans un podcast de la série méta de choc, le psychologue Albert Moukheiber revient en détail sur les problématiques que soulèvent l’irruption des méthodes de développement personnel en entreprise.

Un outil de manipulation?

Philippe Breton, dans son ouvrage la parole manipulée, pointe le fait que les techniques de communication enseignées en PNL se situeraient plus du côté de la manipulation que de la saine communication, indépendamment des motivations de celui qui les emploie :

La PNL propose à ses adeptes d’atteindre progressivement des « niveaux de communication » auxquels « il est gratifiant de communiquer » et que « peu de gens atteignent ». Elle va inspirer de nombreux formateurs en « communication d’entreprise ». Ses principes, dont l’origine n’est pas toujours identifiée, font désormais partie de la culture de ceux qui ont la charge de communiquer, au sein de la vaste division du travail qui affecte les pratiques du convaincre au XXe siècle. Nombre de ces pratiques comportementales sont intensément manipulatoires. La plupart d’entre elles sont fondées sur l’idée que l’on peut modifier le comportement d’autrui et que ces transformations peuvent être obtenues sans intervention consciente de ceux sur qui elles sont utilisées. Là encore, nous rencontrons le thème du détour qu’opère le manipulateur, évitant ainsi la discussion et le raisonnement.

Le fait que de nombreuses techniques manipulatoires soient utilisées dans le champ de la psychothérapie nous aide à mieux comprendre le fait que leur usage peut relever des meilleures intentions du monde. Combien serait réducteur en effet d’identifier la manipulation de la parole au fait que son auteur et ses intentions seraient forcément du côté du « mal ». De nombreuses pratiques manipulatoires sont à l’œuvre au nom du bien d’autrui.

Toujours dans la série de podcasts Méta de Choc, vous pouvez retrouver le témoignage de Rémi Rivas, consultant en organisation, qui a suivi un séminaire de l’un des papes de la performance en entreprise et du coaching. Il mobilise la plupart des outils promus par la PNL, dans une optique clairement mercantile et manipulatoire. Son témoignage est assez glaçant.

Pour conclure :

Lorsque l’on parle de pseudoscience, on pense d’abord aux discours liés aux médecines alternatives ou au complotisme. Mais  notre environnement professionnel n’est pas épargné, loin de là. Il est également le lieu de transmission de nombreuses théories ou techniques qui sont parfois très loin d’avoir fait leurs preuves scientifiquement. Le recrutement, le management et le coaching sont des domaines particulièrement propices au développement de telles méthodes. Sous couvert d’amélioration des performances, elles sont le lieu de propagation d’affirmation non démontrées. Loin de leur objectif affiché, les idéologies qui les sous-tendent peuvent parfois, hélas, participer aux difficultés voire au mal-être psychologique et social.

Pour aller plus loin:

L’invention de la réalité : comment savons-nous ce que nous croyons savoir ? : contributions au constructivisme / dirigé par Paul Watzlawick

La cybernétique : information et régulation dans le vivant et la machine, Norbert Wiener

Une Carte n’est pas le territoire, Alfred Korzybski

A la recherche de l’école de Palo Alto, Jean-Jacques Wittezaele, Teresa Garcia

Thérapie du couple et de la famille : thérapie familiale, Virginia Satir

Manuel de gestalt-thérapie : la gestalt:un nouveau regard sur l’homme, Fritz Perls

La structure de la magie, Richard Bandler et John Grinder

Comprendre et pratiquer la PNL, Josiane de Saint-Paul , Hélène Blanchard, Françoise Ducreux et Antoni Girod

Derrière la magie : la programmation neuro-linguistique,  Alain Cayrol, Josiane de Saint Paul

Enquête sur le Business de la communication non verbale, Pascal Lardelier

La parole manipulée, Philippe Breton

Convaincre sans manipuler : apprendre à argumenter, Philippe Breton

Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois

Du bien-être au marché du malaise, Nicolas Marquis

Le changement personnel, histoire, mythes, réalités, dir. par Nicolas Marquis

Développement (im)personnel, Julia De Funès

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