Martin Dupont “Just because” (1984) et “Hot paradox” (1987)

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - par Luke Warm

"Martin Dupont". La philosophie du groupe marseillais ne se retrouverait-elle pas dans le choix de ce nom : accoler les deux patronymes les plus usités en France pour se noyer dans la masse, rester confidentiel, à part.

Just because
Just because

Dans les années 80, ce trio mixte mais majoritairement féminin a trituré une pop synthétique sans équivalent dans un anonymat quasi complet.

A l’origine de Martin Dupont il y a Alain Séghir, jeune homme de bonne famille attiré par la musique : d’abord les chants religieux de la chorale de son école catholique puis le jazz et enfin le rock avec la découverte des Rolling Stones. Il triture une guitare puis une basse avant de découvrir les synthés et de commencer à composer dans sa chambre.

Alors étudiant en médecine, il rencontre Catherine Loy, encore lycéenne, qui deviendra la chanteuse du groupe et Brigitte Balian, jeune punk qui faisait déjà de la musique. Près de Marseille, dans une petite maison à la campagne, ils enregistrent en toute insouciance et en autoproduction un single puis un album “Just because“. Ils le font écouter à leur entourage, aux amis, aux copains du label marseillais Facteurs d’Ambiance qui le distribueront localement. Sous les radars des labels parisiens, sans manager, la musique reste pour eux une passion, pas un métier.

Plus rêche que la synth pop de Daho ou Elli & Jacno, la musique de Martin Dupont peut être rapprochée de Kas Product. Ils sont influencés autant par la cold wave de Joy Division, l’indus de Throbbing Gristle que la musique classique ou la musique traditionnelle russe, patrie d’origine du père d’Alain Séghir, tout en gardant l’énergie du punk.

Quelques premières parties (Siouxsie & the Banshees, Lounge Lizards, Lotus Eaters) et un deuxième album plus tard qui enrichit sa palette de l’apport de la clarinette (tantôt douce, tantôt stridente) de l’anglaise Beverley Jane Crew (qui a remplacé Catherine Loy). Cet album “Hot paradox” sera le dernier.

Tiraillé entre sa vie d’interne puis d’externe en médecine et la passion, un jour, sur un coup de tête, Alain vend tous ses synthés. C’est la fin de Martin Dupont et le début d’une brillante carrière de chirurgien.

Martin Dupont tombe ainsi dans l’oubli jusqu’en 2008 et la redécouverte de leur mélodies branlantes mais addictives grâce au label new-yorkais Minimal Wave de Veronica Vasicka (qui a aussi réhabilité les lyonnais de Deux, Soma Holiday ou In Aeternam Vale) et au premier volume “Des jeunes gens mödernes” qui met en avant leur titre Just because. L’année d’après, ce sera la réédition en CD de leurs albums sur Infrastition (et une intégrale en vinyle en 2018 sur Minimal Wave).

Martin Dupont est aujourd’hui reconnue comme une des formations françaises les plus singulières des années 80, se retrouvant même samplé par Madlib (For The Nasty) ou Tricky (Something In The Way), Kanye West se réappropriant même pour une production destinée à Theophilus London.

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