A redécouvrir

J’suis heureux / Jacques Debronckart

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 01/02/2020 par GLITCH

Qui connaît encore le fantaisiste, corrosif et tragique Jacques Debronckart (1934-1983) ? Pianiste, auteur, compositeur, chanteur, il a illuminé la chanson « rive gauche » des années 60 et 70. Comme beaucoup de jeunes pousses de l’époque, il a d’abord écrit pour d’autres. Cora Vaucaire, Nana Mouskouri, Juliette Gréco, Georges Moustaki, Les Frères Jacques… Une trentaine d’artistes ont interprété ses textes. Il fut également pianiste de Boby Lapointe, Pia Colombo, Maurice Fanon et d’autres gloires passées de la chanson « à texte ».

LP (1969)
LP (1969)

Il fu également auteur de musiques de scènes et comédies musicales. Et dut attendre 1964 pour pouvoir chanter ses propres chansons et sortir quelques 45T.
Mais très vite, sa maison de disque (Philips), grince. On lui refuse certains titres, comme La religion.

Tu sais tous les prêtres ne donnent pas le baptême
Il y en a qui hurlent “garde à vous”
D’autres “prolétaires unissez-vous”
Mais regarde-les de près ce sont tous les mêmes

Sa chanson Les mutins de 1917 est interdite dès sa sortie. Elle ne passera sur les ondes qu’en 1998.
Malgré tout, Jacques Debronckart trouve son public, entre révolte et satire. J’suis heureux, portrait féroce du bonheur consumériste est consacré en 1969 par le Grand Prix de l’Académie du Disque. De 1969 à 1982, il sort 5 albums, tourne en Europe, chante à Bobino, puis à l’Olympia. Il meurt à 49 ans, en 1983.

Pilier discret de la scène chansonnière de son temps, Debronckart a forgé un répertoire caméléon. On passe de la légèreté mordante au désespoir, mais toujours le verbe dense et clair.

Il y a bien sûr le chanteur engagé de la rive gauche. Un libertaire et anticlérical, qui chante la soudaine prise du pouvoir par les exploités dans Un homme est debout :

Cent mille hommes, cent mille femmes font plier grilles,
les bousculent les gardes mobiles…
Ils envahissent le palais. Oh hisse !
Tout reste à faire On s’en fout ! On est enfin… chez nous !

On sent parfois l’espérance vibrante de Ferrat (La jeunesse d’aujourd’hui). Ou le style de Ferré, comme dans Viens chez moi y a du feu… Chanson qui tient de Jolie môme, et dont Ferré glissera le titre dans les paroles du sublime Tu ne dis jamais rien.

Mais Debronckart trempe aussi sa causticité et sa tendresse dans la variété, des rythmes de valse enlevée et triste (Pitié pour le chanteur), un bal country (1, 2, 3) ou un piano bastringue (Oh mes copains). Son J’suis heureux martelé fait penser Au.. suivant ! de Brel. Ses litanies comiques évoquent Ouvrard, Lapointe ou Vian (Docteur j’ai peur, Klepto..). On rit, on serre les dents devant l’obscénité délirante de La complainte du PDG,  ou la veulerie lamentable de Mon cher député..
Et puis la colère et l’ironie cèdent au désespoir. C’est la comptine glaçante d’enfants devenus orphelins (Mon petit frère et mi), le vertige de vivre d’On ne devient rien ou d’Ecoutez, vous n’mécoutez pas..

Alors ce n’est que ça la vie, ce fatras, ce brouillamini ?
J’croyais qu’on répèterait moi
Mais non, on joue directement
Personne ne connaît la pièce on improvise les mots, les gestes
Alors c’est mauvais forcément
Est-ce que c’est normal d’avoir peur ?
Est-ce qu’ils ont peur aussi les autres d’être seuls,
D’être pris en faute, de mourir d’un arrêt du cœur

 

Aucun de ses 5 albums n’a été réédité en CD. Seules 2 anthologies (épuisées) ont paru, dont J’suis heureux, conservée à la BM de Lyon.
Voir dans le catalogue

Mais la mémoire de Debronckart vit encore. Cyril Mokaiesh reprend 2 de ses titres en 2015 dans Naufragés..  Rémo Gary vient de publier Voix de cailloux , un disque d’inédits. Occasions rares de découvrir un autre “Grand Jacques”.

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