Power pop !

- temps de lecture approximatif de 21 minutes 21 min - Modifié le 21/06/2016 par Luke Warm

Littéralement, la power pop est de la pop music (très influencée sixties) aux mélodies accrocheuses et énergiques. Mais dans la power pop, accroches mélodiques et sons agressifs se retrouvent en équilibre, dans les mêmes proportions contrairement à la pop où la mélodie prédomine et au rock où la puissance prévaut. Sont conciliées puissance et harmonie : mélodies sixties et son musclé, harmonies vocales et guitares acérées, saturées et même hard rock, rejet de la virtuosité (peu de solos de guitare) et production dynamique autour de formations réduites,...


Première époque : 1965-1967

Tout commence, comme souvent, dans les années 60, avec les Beatles qui peuvent être considérés comme le premier groupe power pop (mais aussi psyché, baroque pop, hard…). Il suffit par exemple d’écouter “Paperback writer” sorti en 1966 pour retrouver le mariage de l’efficacité et de l’énergie chères à la power pop.
Mais néanmoins, ce sont les Who qui poseront les bases de la power-pop : des chansons à la fois courtes, catchy, accrocheuses, simples (aux chœurs pop) mais aussi explosives, révoltées à l’image de “I can’t explain” (1965). Le terme power pop aurait d’ailleurs été utilisé pour la première fois par Pete Townshend en 1967 pour décrire la musique de son groupe.
Même constat pour les Kinks et leurs premiers singles “All day and all of the night” et “You really got me“. La power-pop est alors un phénomène très britannique.
Mais la société très clivée de la fin des années 60 (révoltes étudiantes, luttes raciales, guerre du Vietnam) se révèle incompatible avec la power pop, cet entre-deux qui refuse de choisir entre le sérieux et revendicatif rock et l’insouciante, éphémère et commerciale pop. C’est la fin de la première vague power-pop (qui n’était encore pas reconnue comme genre à part entière), les groupes retournant jouer dans leur garage.

Innocente mais mortelle”, l’âge d’or de la power pop (1973-1975)

Au début des années 70, les glam rockers comme T.Rex, Sweet ou Slade sont les premiers à contrer la virtuosité et la complexité du rock progressif au profit d’une musique mélangeant hard rock et pop bubblegum sous un tas de paillettes et sur des platform boots. C’est un retour au rock’n’roll brut avec des titres courts aux guitares saturées mais aux chœurs et à l’excentricité pop. C’est aussi l’heure du rachat pour des artistes oubliés des années 60 comme Todd Rundgren échappé de son groupe Nazz, Emitt Rhodes ex-Merry-Go-Round ou Badfinger, longtemps considérés comme des clones des Beatles, jusqu’au suicide de Pete Ham en 1975, auteur-compositeur de leurs principaux hits.

Les Raspberries souffriront aussi de références trop évidentes au groupe de Liverpool malgré des paroles plutôt dignes des rivaux Rolling Stones. Eric Carmen, leader du groupe voulait jouer des pop-songs mélodiques avec des guitares qui craquent et des rythmes sauvages… de la power pop donc.


The Raspberries

 

Big Star : les losers magnifiques

Mais les années 70 seront a posteriori une décennie décisive pour la power-pop car elles accoucheront DU groupe ultime du genre, aussi vénéré aujourd’hui qu’ignoré à l’époque : Big Star.

Alex Chilton de Big Star, comme Eric Carmen des Raspberries, était un fan des Beatles des années 64-66. Pour lui, l’enfer en musique commence en 1967 (année de “Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band“) quand les artistes se mettent à expérimenter, à composer des chansons dépassant les 2’30 réglementaires. Son but dans Big Star est donc de retrouver l’esprit des mid-60s. Avant de mener Big Star, Alex Chilton était chanteur du groupe The Box Tops avant de rencontrer le guitariste Chris Bell et de former avec lui, dans leur ville de Memphis, Ice Water qui se rebaptisera ensuite Big Star.

 

Big Star est le groupe maudit par excellence. Leur 1er album “#1 record” sort en juin 1972 et est salué par la critique (Rolling Stone, Billboard…) grâce à des titres comme “In the Streets“, “Don’t lie to me” ou “When my baby’s beside me“. Mais cet album sort sur Ardent, sous-label du légendaire label de soul de Memphis Stax Records alors en grande difficulté financière et incapable de distribuer et promouvoir correctement “#1 record“. L’album fût donc un échec commercial (moins de 10 000 exemplaires furent vendus), les acheteurs potentiels ne trouvant même pas le disque dans les rayons des disquaires. Sans oublier que leur première tournée fût interrompue dans le Mississippi par l’arrestation de Chris Bell pour possession de marijuana ! Bad luck….

#1 Record

Miné par l’insuccès de ce premier album, le groupe se déchire : Chris Bell en vient aux mains avec les autres membres ; les désaccords avec l’autre leader, Alex Chilton, menant au départ du guitariste en novembre 1972. C’est la fin de Big Star, Alex Chilton envisageant alors une carrière solo.

Pourtant, quelques mois plus tard, le quatuor se réunit sous l’impulsion d’un agent local pour composer un deuxième album. Mais Chris Bell, miné par la dépression, la paranoïa et des problèmes de drogues, est à nouveau débarqué. Big Star sera désormais un trio. Le deuxième album “Radio city” sort en février 1974. Là encore, les critiques sont dithyrambiques, la postérité faisant même de “Radio city” l’album power pop ultime, porté par des titres comme “September gurls” (LE classique power pop repris plus tard par The Bangles, The Posies, Of Montreal, Yo La Tengo, The Replacements, Dum Dum Girls ou Superdrag) ou “Back of a car“. Mais encore une fois, l’album souffre d’une distribution déficiente, Columbia ayant repris le catalogue de Stax mais ne souhaitant pas s’investir dans ses sous-labels. L’album n’atteindra même pas les 20 000 ventes. Lassé, le bassiste Andy Hummel quitte le groupe et laisse les deux membres restant enregistrer un troisième album dès la fin de l’année 1974 qui ne sera même pas édité faute de label intéressé. Après une dernière session radio chaotique, le groupe se sépare dans l’indifférence quasi générale et dans l’anonymat (Google n’existait pas), seuls les rock critics et quelques initiés reconnaissant alors la véritable valeur du groupe de Memphis.

Radio City

Alex Chilton et Chris Bell tentent chacun de leur côté une carrière solo. Le fantastique single “I am the cosmos / You and yours sister” constituera la seule trace discographique de Chris Bell (avant un album posthume, I am the cosmos édité en 1992). Ce single sort sur Car Records quelques semaines avant son décès… dans un accident de voiture à l’âge de 27 ans (venant rejoindre le club des 27). De son côté, Alex Chilton travaillera avec des membres des dBs et de Television et produira les Cramps (l’album de 1980, Songs the Lord taught us). Beautiful losers….

Mais l’histoire de Big Star ne s’arrête pas là : en 1978, les 2 premiers albums avaient été réédités (en 1 seul volume), des copies illégales commençant à circuler en Grande-Bretagne et à capitaliser sur un culte naissant. John Fry, compagnon et producteur de toujours des studios Ardent, en profite pour convaincre un label indépendant, PVC, d’éditer les sessions du 3ème album sous le titre “Third“. Mais ce n’est qu’en 1992 que sort, sous le nom Third / Sisters lovers l’album officiel, aux arrangements de cordes inédits pour le groupe, et comme l’avaient imaginé à l’époque les membres restant de Big Star.

 

 

 

 

 

 

 


Entre-temps, dans les années 80, le groupe aura été réhabilité et redécouvert par le plus grand nombre grâce aux reprises de “Holocaust” et “Kangaroo” sur le premier album de This Mortal Coil et les hommages rendus par des groupes comme The Replacements qui les citent comme influence ou R.E.M. pour qui “Third” est l’égal de Revolver (The Beatles), Exile on main street (The Rolling Stones) ou Highway 61 revisited (Bob Dylan). Mais aussi surtout grâce à la reprise, en 1986, de September gurls par les Bangles sur leur multiplatiné album “Different light“. La légende Big Star commence alors… avec notamment un tournée de reformation en 1993 (avec seulement les deux membres responsables de “Third / Sister Lovers“) accompagnés par leurs héritiers The Posies, un nouvel album, In space en 2005 et un coffret anthologique, Keep an eye on the sky qui sort quelques mois avant la mort, suite à des problèmes cardiaques, d’Alex Chilton en mars 2010. En 2003 puis en 2012, Rolling Stone avait placé les 3 albums de Big Star dans ses 500 greatest albums of all time.


Big Star

 

Troisième époque : late 70s – early 80s


A partir de 1976, la power pop existe en tant que style et se développe au point de constituer une tendance, et bientôt un mouvement surtout aux Etats-Unis. Big Star et les Raspberries seront rétrospectivement reconnus comme les grands précurseurs du genre dont les héritiers de l’époque seraient :

  • Flamin’ Groovies, groupe de San Francisco d’abord influencé par les Stones avant un virage power pop avec leur album Shake some action au succès limité mais culte
  • les éphémères The Dwight Twilley Band dont le premier single, “I’m on fire“, connût un succès sans lendemain
  • les 4 premiers albums (1977-1979) de Cheap Trick souvent oubliés au profit de la balade commerciale 80s “The flame” alors qu’ils contiennent des hits power pop comme “Surrender
  • ou encore les plus obscurs Pezband, The Quick (managés par Kim Fowley, dont le chanteur formera plus tard The Rembrandts, auteurs du générique de la série Friends), The Rubinoos (leur titre “I wanna be your boyfriend” est surtout connu pour avoir été plagié par Avril Lavigne sur son titre “Girlfriend“)…

Et même dans le punk, mouvement qui pourtant rejetait tout héritage, la power pop pointe, en phagocytant l’énergie punk, à travers :

 

yellowpillsfan8

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais le phénomène power-pop de l’époque reste le groupe The Knack dont le succès colossal les desservit en terme d’image : trop commercial, trop marketé,… Pourtant ce succès, notamment du hit “My Sharona” (6 semaines n°1), entraîna un intérêt des labels pour les groupes power pop. Des groupes comme The Go Go’s ou The Bangles (sur l’album All over the place) en profitèrent ; les autres groupes qui émergent alors à la fin des années 70 et début des années 80 ne rencontrant souvent que des succès limités et sans lendemain :

  • The Records influencés par Badfinger et Big Star
  • The Nerves qui ne sortiront qu’un seul ep mais qui seront popularisés par la reprise de leur titre “Hanging on the telephone” par Blondie. Le batteur, Paul Collins, formera ensuite The Beat (ou The Paul Collins Beat) et le guitariste Peter Case, The Plimsouls. The Beat sortiront un premier album contenant des classiques power pop comme “Rock’n’roll girl” (repris par The Muffs dans les années 90 sur la compilation Freedom of choice) salués par la critique… comme leur deuxième album, The kids are the same, bide commercial retentissant qui mit fin à leur carrière. The Plimsouls ne rencontreront qu’un succès underground avec le titre A million miles away en 1983. Le troisième membre, Jack Lee, sortira, lui, un album solo jamais réédité en cd.

Sans réel succès commercial de masse, la power pop retourne dans l’underground malgré des tentatives marketing comme le groupe Candy, comète dont l’unique album a bénéficié de la participation du guitariste des Raspberries et de la production de Jimmy Lenner (producteur des mêmes Raspberries).

A noter, une compilation du nom du magazine sur la power-pop, “Yellow Pills : prefill“, qui regroupe des morceaux des années 1979 à 1982, sélectionnés par le fondateur du magazine, Jordan Oakes.

 

Quatrième époque : les années 90

Sous l’impulsion des college radio, canal primordial pour la musique indépendante, la power pop revient sur le devant de la scène au début des années 90, période d’un énième) renouveau du rock après une décennie de musique synthétique. Le succès de la power pop doit aussi à son ouverture aux autres styles de rock qui ont émergé depuis les années 70 : punk, new wave, indie rock, grunge…
Le succès, par exemple, du groupe Material Issue surprit tout le monde, et tout d’abord leur label qui tablait sur 70 000 exemplaires vendus. Leur album “International pop overthrow”, produit par le chanteur/guitariste des Shoes, dépassera les 300 000 ventes et donnera son nom à un festival power pop américain. La carrière du groupe s’arrêtera nette avec le suicide de leur chanteur en 1996 même si le succès les fuyait déjà depuis plusieurs années.


International Pop Overthrow

Autre succès éphémère : Jellyfish et leur single “The king is half-undressed“. Après 2 albums, le groupe de San Francisco se sépare et ses membres s’investissent dans des projets power pop, en solo pour Jason Falkner (avant de travailler avec Brendan Benson) ou dans d’autres groupes pour Roger Joseph Manning Jr (Imperial Drag), avant de se retrouver dans le projet TV Eyes (accompagnés de Brian Reitzell, ex-Redd Kross) pour un (très bon) album seulement sorti au Japon en 2006 (“Crash yer car“).

Mais les plus dignes héritiers des séminaux Big Star restent The Posies, ce groupe de Seattle qui profitera du phénomène local du grunge pour atteindre le succès notamment avec leur troisième album Frosting on the beater, sorti en 1993 et véritable classique power pop, et le hit “Dream all day” qui marie parfaitement les harmonies vocales très sixties et la puissance et l’énergie des guitares et d’une batterie rock. Le noyau dur du groupe, Ken Stringfellow et Jon Auer (auteurs-compositeurs de tous les titres des Posies) sera d’ailleurs choisi par Alex Chilton pour participer à une reformation de Big Star en 1993 qui conduira à un dernier album, In space (2005), co-écrit par les deux Posies.

 

 

 

 

 

Autre digne descendant de Big Star : les écossais de Teenage Fanclub et notamment leur album Bandwagonesque régulièrement élu album de l’année 1991 (l’année de sortie de Nevermind de Nirvana, Loveless de My Bloody Valentine, Out of time de R.E.M .,…. !) et parfois appelé Big Star’s 4th. Le groupe écossais rendra d’ailleurs hommage au groupe de Memphis en appelant leur album suivant “Thirteen” en référence à l’une des meilleures chansons de Big Star et en reprenant “Free again” d’Alex Chilton (extrait de l’album “Bach’s bottom“). Musicalement, l’hommage se révélera particulièrement éblouissant sur l’album Grand prix (1995).


 

 

 

La power-pop connaît alors un nouvel âge d’or avec des labels dédiés comme Not Lame (s’y côtoient compilations, rééditions et nouveaux noms comme Myracle Brah) stoppé en 2010 et des succès commerciaux avec des groupes comme : Weezer, dont le premier album produit par Ric Ocasek des Cars et vendu à plusieurs millions d‘exemplaires marie la valeur mélodique de Big Star à une fougue hard rock et une énergie punk ; Fountains of Wayne, Matthew Sweet (notamment l’album Girlfriend en 1991), les suédois The Wannadies, The Dandy Warhols, The Rentals (par un ex-Weezer qui réhabilite autour de synthés à paillettes et des basses phénoménales une certaine idée d’une power pop un peu couillonne), Velvet Crush (notamment l’album In the presence of greatness en 1991), Garageland avec Last exit to Garageland (1996), ou Nada Surf (Let go en 2002)….

Et maintenant…

Beaucoup de ces groupes sont encore en activité mais la relève existe déjà incarnée par des formations fortement influencées par Weezer (qui vient de sortir un nouvel album le mois dernier) : le japonais GRMLN, les américains de Vundabar, Herzog ou Tony Molina…

Power pop maniac (pour aller plus loin : à visiter, à écouter, à lire…)

Avant d’aller plus loin, si vous voulez aller vite, la compilation “Burning sounds : 20 killer power pop cuts !” résume l’histoire de la power pop en 20 titres des années 60 aux années 90.

Il existe beaucoup de sites internet de fans de power pop :

Des podcasts :

A lire :

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